État et collectivités

En 2045, l'État aura lâché prise pour le bonheur des citoyens

04 juin 2015 • Agnès Verdier-Molinié

thumbs-up.jpg
Cette tribune a été publiée pour les 30 ans du Figaro Eco, à lire aussi sur la version en ligne du Figaro.

An de grâce 2045: après trente ans d'omniprésence dans l'économie, la France a enfin organisé le reflux de l'État «control freak» tel qu'on le connaissait. Cette révolution est le fruit d'une politique mise en place dès 2018, lorsqu'il a été décidé de stopper la fuite en avant des dépenses publiques. Le vote d'un budget en déficit est prohibé en période de croissance et chaque euro dépensé est évalué systématiquement par la Cour des comptes pour le Parlement. L'âge de la retraite est aujourd'hui à 67 ans (je vais bientôt les fêter) et tous les régimes ont été fusionnés en un seul avec des droits à pension calculés de la même manière pour tous pour la retraite obligatoire.

L'État et les collectivités ont arrêté les embauches et augmenté le temps de travail des agents publics. Les primes automatiques ont été supprimées, remplacées par une prime versée uniquement aux agents qui (hors maternité) n'ont pas été absents un seul jour dans l'année et proportionnellement aux gains d'efficience dégagés.

Le nombre d'élus a été réduit à 55.430 au lieu de 600.000: 480 à l'Assemblée, 150 au Sénat (10 par régions et DOM), 5.000 maires de supercommunes et 48.600 adjoints aux maires, 1.200 conseillers régionaux… Dans le même élan, le nombre de mandats syndicaux a fondu de 100.000 à 20.000. Le nombre d'agents publics, de 5,4 millions en 2013, est maintenant de 4,2 millions et, pourtant, toutes les enquêtes d'opinion montrent que les Français sont beaucoup plus satisfaits de leurs services publics.

La réforme la plus plébiscitée par les Français a été celle des aides sociales. Un référendum a été organisé et ils ont voté à 77% pour un cumul mensuel maximum de 1.300 euros par foyer et pour qu'un euro du travail soit imposé de la même manière qu'un euro d'aide.

Les établissements scolaires désormais autonomes

L'État a définitivement décentralisé la mission d'éducation aux régions et aux 5.000 super-communes issues de la fusion des communes et des intercommunalités. Les établissements scolaires sont désormais autonomes. Les parents ont plus de choix car le financement se fait par un forfait versé à chaque établissement en fonction du nombre d'élèves et ils ont la possibilité d'influencer à la marge les programmes.

Les RTT ne sont plus qu'un souvenir. Le temps de travail se décide au niveau de l'entreprise. Pour faire grève, les agents doivent être plus de 75% à le décider et ne peuvent interrompre leur travail que si la revendication n'est pas politique.

Dans les grandes entreprises publiques, le changement aussi est total. La SNCF a été introduite en Bourse et ses lignes accueillent des concurrents pour la plus grande joie des voyageurs.

Désormais chaque Français dispose d'une armoire électronique sécurisée pour ses documents personnels (livret de famille, actes de propriété, déclarations fiscales, dossier médical, dossiers sociaux, etc.), stockables et conservables à volonté, accessibles grâce à la nouvelle carte d'identité électronique biométrique e-ID qui cumule les avantages de la carte actuelle mais également ceux de la carte Vitale et du permis de conduire. Elle sert désormais à tous les rapports des citoyens avec l'administration, généralement sans contact et via son téléphone, sa tablette ou son ordinateur portable.

La plupart des procédures sont réalisées à distance, de façon sécurisée. La réponse des services publics est quasi immédiate, sans déplacement physique des individus, ce qui facilite l'accessibilité des services publics vers les publics les plus âgés ou les plus fragiles.

L'État du XXIe siècle a trouvé son créneau : celui de l'accompagnement et du lâcher prise. L'effet sur le taux de chômage a été immédiat : stable autour de 7%. La nouvelle devise de l'État est «au service des citoyens et des entreprises».

Toutes les propositions pour réformer la France d'ici 2045 sont à retrouver, détaillées, dans les annexes "Les 15 objectifs à atteindre pour éviter le mur" du dernier livre d'Agnès Verdier-Molinié, directeur de la Fondation iFRAP : On va dans le mur... il faut agir d'urgence ! publié aux éditions Albin Michel.

 

Commentaires

  • Par Antonella CACCIA • Posté le 06/06/2015 à 14:37 Malheureusement il n'y a aucun politique pour engager des telles réformes, l'intérêt des français peu leur importe. Etre ré-élu voilà le plus important des projets.

    L'avenir de nos enfants ? Pour beaucoup c'est "Après nous le déluge".

    Si un jour cet article devient réalité, j'espère avoir encore toute ma tète pour m'en réjouir.
  • Par Rioult • Posté le 05/06/2015 à 12:01 Qui aura le courage d'initier de telles réformes des 2017? Trouvez nous un candidat sain et crédible très vite!
  • Par Hervé RAVEL-CHAPUIS • Posté le 05/06/2015 à 10:58 De grosses réformes sont à prévoir dans cette France transformée .. Mais qui aura le courage d'une telle réforme dans un pays où la Politique est avant tout l'ambition d'un parcours personnel, calculateur ? Entreprendre de telles réformes en 2018 signifie que nous avons trouvé la Personne providentielle pour 2017 ... Personnellement je ne la vois pas dans notre horizon politique ! Avoir autant de courage politique qui amènera à remettre en cause des acquis et privilège de certains (service public, syndicats ...) sans pour autant amener la moitié de la France dans la rue pendant que l'autre continue à travailler en silence, relève de l'exploit d'un homme ou femme d'état.
  • Par CHAVANNE • Posté le 05/06/2015 à 00:06 Lorsqu'en 1987, j'ai annoncé en assemblée de Chambre de commerce que les lois de décentralisation étaient ''la pire des catastrophes économiques que la France ait connu depuis la guerre de 100 ans'' je suis passé pour un fou. Et pourtant, déjà à cette époque, il était possible de mesurer la multiplication exponentielle des effectifs du service public décentralisé ; on pouvait entrevoir la baisse drastique de l'efficacité de ses services, pris au piège de la complexité des rouages, aliénés aux hiérarques mis en place.

    Question : est-ce que l'échéance ci-dessus exprimées de 2045 pourra voir effectivement, l’avènement d'une prise de conscience tellement forte, qu'elle aboutisse à des remises en question drastiques de notre système administratif au service des citoyens, tout entier tourné vers l'efficacité économique ?

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.