État et collectivités

Charles Gave, "L'Etat est mort, vive l'Etat"

Dette publique : ces économistes qui sonnent l'alarme

10 novembre 2010 • Bertrand Nouel

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L'économiste Charles Gave vient dans son dernier livre, L'Etat est mort, vive l'Etat, [1] nous prédire une crise financière et sociale inéluctable du fait de l'explosion de la dette publique. Ce qui rend sa démarche intéressante est l'enchaînement logique qu'il tente de démontrer, graphiques à l'appui, à partir du rôle néfaste de l'Etat dans l'économie.

L'auteur nous propose en effet pour commencer une batterie de statistiques impressionnante, s'étalant sur plusieurs décennies, sur les rapports existant entre les développements respectifs du secteur capitaliste et du secteur étatique (qu'il appelle « communiste »), le taux de croissance et la dette publique. C'est ainsi que :

- entre 1978 et 2010 la croissance du secteur public a été en France deux fois plus élevée que celle du secteur privé ;

- sur la même période, mais plus encore depuis 2002, la courbe de décroissance du PNB reflète la courbe du ratio du secteur privé par rapport au secteur public ;

- quand le secteur public augmente d'un point, le ratio dette publique sur PNB augmente de quatre points.

- la courbe de hausse du chômage reflète enfin celle de la hausse du ratio secteur public sur secteur privé.

La citation : « Si les politiques parviennent à distribuer un pouvoir d'achat non gagné en empruntant de quoi effectuer ces transferts, alors ils seront réélus. Hélas pour eux, et tant mieux pour nous, nous arrivons à la fin de ce processus, ce qui est « la » bonne nouvelle… Les marchés sont en train de retirer la clé de la cave aux alcooliques qui nous gouvernent ».

Charles Gave

La conclusion est facile à tirer : « plus la part de l'État dans l'économie est forte, plus la croissance est faible. Plus la croissance est faible, plus le taux de chômage monte. Plus le taux de chômage monte, plus les dépenses de l'État augmentent. Et plus la croissance est faible…Un cercle vicieux dans toute son horreur… »

Pour Charles Gave, le système français est un « social-clientélisme », dont le but est d'accaparer le pouvoir « afin de distribuer des avantages non gagnés à ses propres troupes » (avantages qui ne peuvent être financés que par l'emprunt), ce qu'il distingue de la social-démocratie (à la suédoise par exemple), où le dialogue s'instaure entre des parties prenantes égales ayant des intérêts communs à terme.

L'auteur nous prédit une panique financière d'ici à 2017. La France paie en ce moment des intérêts très faibles sur sa dette, ce qui masque le problème, mais dans environ sept ans elle devra refinancer la dette de 2009/2010 plus les déficits nouveaux, avec le risque que le marché ne puisse plus absorber la demande, aboutissant donc à une très forte tension sur les taux. Et la France est exposée car sa dette est détenue à plus de 60% par l'étranger (à la différence du Japon), et l'absence de monnaie nationale, remplacée par l'euro, ne permet au pays ni de jouer sur l'inflation ni de dévaluer. Tout peut alors aller très vite, dès lors que « la musique s'arrête ».

Charles Gave pense cependant que nous ne connaîtrons pas la crise financière et la faillite que l'Argentine a connues, mais une crise sociale à la suédoise où les réformes devront se faire, à chaud toutefois et dans la douleur. Ce qui signifie selon lui une redéfinition des missions de l'Etat, recentré sur le régalien, et des réformes qui pèseront sur « les pauvres et les rentiers ». Pour les premiers ce sera la hausse de la TVA et pour les seconds celle des impôts sur l'immobilier.


Cette fois, c'est différent

L'analyse de Charles Gave rejoint celle de K. Rogoff et de C. Reinhart, co-auteurs d'un best–seller de la littérature économique récente américaine tout récemment traduit en français sous le titre de « Cette fois, c'est différent ». Ces économistes font l'historique de huit siècles de folie financière pour démontrer que les crises se sont succédé sans désemparer les unes aux autres, chacun croyant à tort que « c'est différent » à chaque fois. Sans vouloir faire de hasardeuses prédictions, ils pensent que l'économie souffrira pendant plusieurs années d'une anémie persistante, avant de reprendre le cours de la croissance. Ils estiment de façon générale, ce que Charles Gave reprend à son compte, qu'au-delà d'une dette publique correspondant à 90% du PIB, tout déficit supplémentaire se traduit par une contraction de la croissance. Cette réflexion, appliquée à la France dont les dépenses publiques sont déjà lourdes et la dette atteint déjà quasiment 90%, signifie que le pays n'a pas d'autre choix que de mettre fin à la dérive financière, sachant que tout pays a un plafond de dette et que croire le contraire serait retomber dans le travers de penser que « cette fois c'est différent ».

De telles lectures incitent à penser que la France a des atouts dont ne disposent pas les pays comme ceux de l'Europe du Sud, devrait « passer entre les gouttes » comme le pense K. Rogoff, mais en même temps la France a de plus grandes difficultés pour admettre la nécessité de réformes douloureuses.

Il semble bien a priori que le scénario décrit par Charles Gave se mette en route, avec un désarroi social se généralisant, des augmentations de TVA en débat en France (la TVA sociale) et touchant déjà nos voisins, et la mise à contribution des revenus du patrimoine avec la hausse de la CSG sur ces revenus, et en particulier sur les plus-values immobilières, ajoutée à la montée des taxes locales. Nous n'en serions alors qu'au début d'une rigueur sociale douloureuse, seule condition pour éviter une vraie crise financière plus dommageable encore. Ne voit-on pas d'ailleurs les prémices d'un consensus politique, avec la gauche responsable (François Hollande) stigmatisant la « hotte du Père Noël » des promesses de Benoît Hamon ?

[1] François Bourin Editeur.

Commentaires

  • Par darwin • Posté le 15/11/2010 à 11:38 Oui, des veaux, mais décérébrés...

    Même si nous n'y croyons pas, nous suivons les promesses flateuses des penchants les plus vils de l'humanité.

    "La solidarité va nous sauver ... on va prendre aux riches pour donner aux pauvres...Il suffit de créer de l'emploi pour faire baisser le chômage... Les méchants patrons qui ne créent pas d'emplois et payent mal leur salariés sont la cause de nos misères...il faut défendre les acquis... relancer la consommation ..."

    Voilà ce qui plaît, ce qui flatte l'oreille, ce qui rassure, ce qui déresponsabilise, ce qui abreuve des veaux qui ne voient pas que la vache nouricière va crever de les nourrir.

    Pourtant rien n'est acquis, notre seule force est celle d'être debout face à la difficulté plutôt que couchés en revendiquant des acquis. Il nous faudrait vénérer l'entreprise qui nous abreuve plutôt que la fustiger pour ses prétendus méfaits. Il nous faudrait aduler ces riches contribuables qui travaillent un jour sur deux pour nous garantir notre sécurité sociale ou l'éducation de nos enfants plutôt que les diaboliser. Il nous faudrait porter comme un seul homme (au moins pendant 5 ans) celui que l'on a élu démocratiquement pour qu'il soit fort face au monde et que notre pays s'en porte mieux.

    Nous n'en prenons pas le chemin. C'est le problème de la cangrenne; ça fait pas trés mal tout de suite; ça s'installe et ça gagne et avnat la fin il faut couper en haut du membre et c'est bien plus traumatisant. En arrivera t'on là ?
  • Par Thierry FOURGEAUD • Posté le 13/11/2010 à 11:24 Nous sommes déjà dans le mur mais avons repris de l'élan...! l'élection présidentielle de 2007 constituait une FORMIDABLE occasion de remettre notre Pays sur le chemin du bon sens....!!? et nos compatriotes auraient accepté des réformes profondes à la condition qu'elles soient mises en oeuvre IMMÉDIATEMENT APRÈS; c'est la raison pour laquelle la majorité d"entre eux a élu Nicolas Sarkozy...!
    RIEN n'a été fait sur le fond...!? les français vont comprendre - trop tard comme d'habitude - les conséquences de plus de 30 ans d'incompétences et d'irresponsabilités...!
    J'actualise les chiffres de ma lettre ouverte à Monsieur le Président de la République du 4 Juillet 2007, complétée par celle du 19 Mai 2008 (publiée sur google (Thierry FOURGEAUD) par l'Institut Montaigne dans la rubrique

    " Dépenses publiques : un vrai contrôleur … pour un vrai contrôle !", à l'époque.
    Si les recettes de la France en 2010 sont de 270 milliards d'euros et les dépenses de 420 milliards d'euros, le déficit budgétaire annuel 2010 sera de 150 milliards d'Euros.
    La dette de la France est de 1600 milliards d'euros à ce jour... !? sans tenir compte des "bombes à retardement" comme les retraites et les autres régimes déficitaires... très nombreux...! dont la retraite des fonctionnaires....!! (fin 1980, la dette était de

    60 milliards, "équivalent euros")....!!!!
    Pour rembourser cette dette sur 30 ans....- capital + intérêts à 4% l'an - (taux irréaliste sur une telle période) la charge annuelle représente 92,5 milliards d'euros...! (74,48 milliards d'euros sur 50 ans).
    Sachant que le déficit budgétaire ANNUEL de la FRANCE est de 110 milliards environ - SANS les intérêts de la dette - il faudrait que l'état réduise immédiatement ses dépenses publiques ANNUELLES de 110 + 92,5 =

    202,50 milliards d'euros.....!!!!!! ET NE SURTOUT PAS AUGMENTER LES PRÉLÈVEMENTS (nous sommes déjà les champions)....!
    VOUS N'AUREZ PAS PLUS d'1 à 1,50 % PAR AN DE CROISSANCE PENDANT DES ANNÉES, compte tenu de ce que j'expose dans ce texte.
    Sur 100, l'état doit et peut gérer avec 30 et laisser 70 au secteur privé.. (à ce jour, sur 100 l'état gère TRÈS MAL avec 80 et le secteur privé doit se contenter de 20...! il meurt à petit feu...); je parle des miettes laissées aux PME PMI et non des multinationales qui sont, en plus, subventionnées...?!
    Si une telle mesure - très difficile j'en conviens - était adoptée, il n'y aurait quasiment plus de chômeurs en France et la croissance repartirait... malgré l'incompétence de la grande majorité de nos banquiers.
    Une méthode: le COURAGE..et l'HONNETETÉ !!! en expliquant à nos compatriotes, au lieu de MENTIR EN PERMANENCE sur la situation réelle de l'économie pour des raisons électorales....
    Le Général de GAULLE et G. POMPIDOU doivent tourner à 8000 t/minutes dans leurs tombes....
    Notre Premier Ministre vient de chiffrer à 45 milliards d'euros l'effort de réduction des dépenses publiques d'ici à 2013, sauf erreur.
    L'Allemagne a présenté pour sa part le 7 juin 2010 un plan d'austérité qui prévoit des économies d'un montant global de 80 milliards d'euros d'ici à 2014.
    Il faudrait que l'on m'explique comment la France va économiser 45 milliards d'euros d'ici à 2013 en continuant à augmenter tous les jours ses dépenses publiques ????!!.
    Nous sommes sur la voie d'une véritable implosion du système mais nos dirigeants préfèrent regarder leur nombril, au lieu de penser à l'avenir de la FRANCE...?????!.
    Bien à vous
    P.S.: "Il n'est nation au monde qui fasse autant pour sa perte que la nation française."

    Charles-Quint
    Thierry FOURGEAUD

    --

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  • Par phg • Posté le 11/11/2010 à 11:32 Et qui va lire ce livre essentiel? Et s'en inspirer pour l'orientation de l'action politique? Son étouffement dans l'indifférence est son sort le plus probable, comme tant d'autres avertissements. Je parie, sans aucun risque de perdre mon pari, qu'aucune "personnalité" politique n'osera fût-ce le citer
  • Par Bertrand Nouel • Posté le 10/11/2010 à 23:10 Le pire n'est jamais certain. Le marché reste l'observateur le plus objectif des risques de "faillite" des emprunteurs, en l'occurrence des Etats. Or les CDS (produit d'assurance des prêteurs contre une défaillance) sur les dettes souveraines montrent que les réformes récemment introduites en France bénéficient d'une certaine crédibilité, malgré la tension de cette semaine sur la dette irlandaise. L'Allemagne est à environ 40 points de base, la France à 80 (ce qui signifie un risque de défaillance de seulement 4%), pendant que l'Espagne est aux alentours de 300, l'Irlande à plus de 600 et la Grèce à 800 (= 40% de risque de défaillance).

    Certes tout peut rapidement changer comme le dit Charles Gave, qui dit seulement que la situation de la France est "un peu" inquiétante.

    Voilà pourquoi il paraît justifié de penser que l'ajustement aura lieu, mais qu'il sera socialement très douloureux. BN.

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