État et collectivités

Défendre l'esprit d'entreprise !

17 décembre 2014 • Léonidas Kalogeropoulos

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Plus de 8 Français sur 10 reconnaissent dans l'esprit d'entreprise une valeur positive [1]. En valorisant ce moteur déterminant de la création de richesses comme le point cardinal de l'organisation d'une société prospère, il est possible de consolider le socle idéologique consensuel à partir duquel toutes les réformes dont la France a besoin pourront être conduites.


C'est essentiel, parce que tant que l'opinion publique ne comprendra pas la direction vers laquelle on veut l'emmener — et qui ne peut se résumer à la baisse de la dépense publique ou à la réduction des déficits — les responsables politiques eux-mêmes n'oseront pas avancer, et ils seront freinés par les résistances venant de toutes parts.

Pourtant, en réalité, sondage après sondage, on voit bien que la société civile est bien plus en avance que ses leaders politiques, sauf que ces derniers peinent à synthétiser clairement cette « idéologie ambiante » qui est plus prometteuse que jamais.

Or, le mot « Libéralisme » ne parvient pas à rendre compte de ce consensus sous-jacent.

Défendre des réformes « libérales », c'est, dans le vocable de gauche, franchir le Rubicon au-delà duquel on passe à droite en perdant son âme et ses valeurs.

Le mot « Libéralisme » apparaît pour beaucoup comme l'allié des banquiers voraces qui ont plongé l'économie mondiale dans le désastre des subprimes par une quête irrésistible du profit immédiat, sans règles et sans contrôle. La vision « libérale » de l'économie serait l'alibi de tous les évadés fiscaux et le paravent peu glorieux des exploiteurs sans scrupules prêts à faire travailler sans vergogne un lumpenprolétariat que l'on espérait révolu.

En somme, le libéralisme serait synonyme du mal économique.

Pourtant, bien entendu, aucun libéral un tant soit peu réfléchi ne prône la jungle économique, caricature brandie par ceux qui ne réalisent pas qu'en l'enserrant dans un écheveau toujours plus dense de règles et de contrôles, on finit par étouffer l'économie.

Tous ceux qui se réclament du Libéralisme savent bien depuis les lois anti-trust de la fin du XIXe siècle que sans régulation, les mouvements économiques spontanés tendent, loin de l'idéal de la « main invisible », à favoriser les acteurs les plus puissants, étouffant la concurrence et freinant les innovations au profit de phénomènes de rentes qui n'ont rien à voir avec les vertus entrepreneuriales.

Ainsi, il y a des excès de règles qui étouffent l'esprit d'entreprise : il faut alors « libéraliser » l'économie ; mais il y a aussi des situations où la liberté absolue favorise les monopoles, et il faut alors réguler l'économie pour préserver les conditions dans lesquelles l'esprit d'entreprise parviendra encore à s'exprimer.

Dans les deux cas, en soulageant l'économie de règles excessives ou au contraire en imposant des régulations nécessaires, la finalité est la même : réunir les conditions d'éclosion et d'épanouissement de l'esprit d'entreprise, qu'il s'agit dans tous les cas d'encourager.

Ainsi, plutôt que de défendre le « Libéralisme », qui n'est qu'un instrument ponctuellement nécessaire, il est préférable de s'entendre sur la défense de l'esprit d'entreprise, qui constitue la finalité des réformes autour desquelles 8 Français sur 10 sont prêts à se retrouver, au-delà des sensibilités politiques traditionnelles.

L'autre vertu de la notion d'esprit d'entreprise, comme référent « idéologique » pour tracer le chemin des réformes nécessaires, est d'englober dans ce concept l'engagement de tous les acteurs économiques qui concourent activement à l'enrichissement de la Nation. Parce que l'esprit d'entreprise peut caractériser tout autant les salariés, les fonctionnaires, les élus, les chômeurs …, et c'est bien cela qu'il s'agit de parvenir à encourager dans tous les registres de la vie économique et sociale, et non pas seulement les entrepreneurs, qui sont en quelque sorte l'avant-garde de ce dynamisme, mais qui n'en sont pas les seuls rouages.

À cette aune, c'est une kyrielle de réformes fondamentales dont la nécessité est mise à jour, aux yeux de tous : favoriser l'actionnariat salarié pour encourager un engagement dans l'entreprise qui transcende la seule question du temps de travail ; réformer le statut de la Fonction publique, pour que la responsabilité et l'engagement l'emportent partout sur une organisation figée ; tout accompagnement social doit également être regardé sous ce prisme, comme le moyen de remettre le pied à l'étrier pour retrouver son autonomie.

C'est finalement la notion même du mérite républicain qui se précise sous des contours nouveaux à la lumière du concept d'esprit d'entreprise, et non pas la seule dimension – certes essentielle, mais réductrice – de l'entrepreneur, à laquelle le libéralisme est attaché.

Cette vision globale de la société qu'apporte la défense de l'esprit d'entreprise comme axe d'analyse des réformes nécessaires est de nature à rassembler les Français pour surmonter tous les obstacles sur la voie d'un redressement de notre pays qui a soif de retrouver sa fierté et sa capacité à faire rayonner dans le monde l'esprit de conquête qui a marqué son Histoire.

Retrouvez le dernier ouvrage de Leonidas Kalogeropoulos, Liberté, égalité, fraternité et esprit d'entreprise, aux éditions Cent Mille Milliards.

[1] Sondage exclusif de Opinion Way pour Médiation & Arguments – « L'esprit d'entreprise et les Français », réalisé sur un échantillon de 1.024 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogées les 18 et 19 décembre 2013.

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