État et collectivités

Chiffres-clés de la crise financière

14 octobre 2008 • Bernard Zimmern

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Le Nikkei, le grand journal économique japonais, publie dans son numéro hebdomadaire en anglais du 6 octobre, quelques chiffres éclairants sur la crise mondiale.

Fin août, d'après ses diverses sources, la valeur totale de la capitalisation boursière mondiale était tombée de 63 trillions (son pic en Octobre 2007) à 49 trillions. Rappelons que le PIB américain est de l'ordre de 12 trillions et que le PIB mondial était de l'ordre de 48 trillions en 2006.

Fin septembre, cette chute s'était aggravée à 21 trillions, soit environ un tiers du total de la capitalisation mondiale. Et la chute s'est aggravée dramatiquement début octobre.

Les chutes de capitalisation boursière fin septembre par rapport à octobre 2007 étaient de 61,5% en Chine, 46,3% en Russie, 42,5% à Hong-Kong. La France et le Japon étaient plutôt épargnés avec des chutes de 32,4% et 32,7%.

On mesure l'importance des banques américaines d'investissement dans la crise et les conséquences d'un dépôt de bilan si l'on réalise que, d'après Nomura, le grand broker japonais [1], les capitaux sous contrôle des 5 plus grandes banques d'investissement américaines comme Golden Sachs étaient passés de 10% du PNB américain dans les années 1990 à 30% en 2007.

Il est clair que cette crise trouve son point de départ dans les excès du crédit hypothécaire aux USA, amplifiés par la transformation incontrôlée en titres de créances aux risques mal évalués et sans aucun traçage de ces actifs rendant quasiment impossible de savoir quels actifs bancaires sont sains.

Mais ce phénomène a été amplifié par le développement effréné de la spéculation à la marge. La spéculation est absolument indispensable au bon fonctionnement des échanges commerciaux internationaux et a permis de réduire considérablement les coûts payés par les entreprises pour se couvrir contre les variations de cours, dont les risques de change.

Mais comme tout bien, l'excès, entraîné par la réduction des marges et le maintien de taux d'intérêts bas, a conduit à une bulle qui est en train de se dégonfler, les chutes des titres entraînant la nécessité pour beaucoup de fonds comme les « hedge funds » [2] de liquider leurs positions à tout prix et donc une accélération des baisses.

Et si les mesures qui viennent d'être prises pour garantir la solvabilité des systèmes bancaires vont vraisemblablement maintenir la confiance des déposants et relancer les crédits interbancaires, il n'est pas sûr qu'elles arrêtent la chute du soufflet spéculatif.

On a une bonne mesure de cet emballement spéculatif en constatant qu'entre le deuxième trimestre 2006 et le premier trimestre 2008, le nombre d'intervenants sur le marché des opérations d'arbitrage sur devises travaillant sur marge dans le seul Japon était passé de 150 à 450 et les montants avaient simultanément triplé atteignant de l'ordre de 2 trillions de $.

La crise passée, trouver les moyens et les règles permettant de conserver la spéculation mais dans des limites qui évitent une répétition de cet effet boule-de-neige et de façon coordonnée au plan international, risque d'être le challenge le plus difficile.

[1] broker : courtier, agissant comme un intermédiaire entre un vendeur et acheteur

[2] hedge funds : fonds de couverture, utilisant différents outils financiers afin de se couvrir contre les risques des marchés boursiers et obtenir des performances supérieures et décorrélées de leur évolution

Commentaires

  • Par phildab • Posté le 15/10/2008 à 18:00 Cher Monsieur Zimmern

    Pour que le libéralisme fonctionne équitablement, il faut qu'il soit encadré comme vous le dites justement par un minimum de règles.

    Le problème est de déterminer qui a autorité pour fixer ces règles et pour ensuite les faire respecter.

    Il apparaît à l'évidence que dans le cadre de la mondialisation, les états n'ont ni la compétence ni l'autorité suffisante pour faire respecter ces règles vis-à-vis de sociétés supranationales dont les ressources dépassent souvent largement celles des états nationaux et dont le domaine d'action se joue des frontières.

    Alors, comment faire ? Créer des "machins" du type FMI ou Banque Mondiale ? Leurs recommandations ne se sont pas toujours révélées judicieuses dans le passé, et quelle autorité ont-elles vraiment ?

    Jusqu'à présent je n'ai pas entendu un économiste ou un homme politique faire des propositions réalistes sur ce sujet!!!!!!

    bien à vous
  • Par PPM • Posté le 15/10/2008 à 15:07 Merci et bravo pur ces agrégats de synthèse qui complètent opportunément ceux dont nous disposions déjà.

    Sans développements inutiles, il se produit la crise évoquée avec appréhension déjà en 2000 dans mon essai :le Grand Espoir du XXIème siècle, où je mettais en balance les échanges commerciaux mondiaux annuels, 2 trillions § environ qui ne représentaient à l'époque que 3 jours de spéculations sur les marchés financiers, dangereuse spéculation écrivais-je et déconnexion totale entre les économies virtuelle et réelle : "tout se paie et tout ce qui doit arriver finit toujours par arriver", disait déjà notre Prix Nobel M. ALLAIS il y a 15 ans.

    Pour finir et paraphraser Clémenceau : "la finance est une chose bien trop sérieuse pour être laissée aux financiers", même si, pour paraphraser Churchill cette fois : "le capitalisme est le pire des systèmes à l'exception de tous les autres hormis ses dérapages..."

    Bien cordialement.
  • Par Bernard Zimmern • Posté le 15/10/2008 à 11:19 1,5 million était le nombre de ménages concernés en 2007. Il s'y ajoute 2,5 à 3 millions (depuis juillet 2008) et plus depuis.
  • Par LEMBO • Posté le 15/10/2008 à 11:19 Le point de départ, sous forme d'excès du marché hypothécaire US est quasiment anecdotique : si l'on prend 1,5 million de ménages américains qui ont acheté une maison à 200 000 $, laquelle après éviction des propriétaires sera revendue aux enchères à 100 000 $, ça ne fait QUE 150 milliards de $. Prise par plus d'une centaine de banques et étalée sur 6 trimestres comptables, cette perte bilancielle est invisible. Même en multipliant les chiffres par 2, donc avec 3 millions de ménages américains en faillite - c'est beaucoup - ça reste anecdotique.
    De même la titrisation (qui nous a quand même valu une quinzaine d'années de croissance!) et la fabrication de produits financiers structurés (qui opacifient le contenu) n'auraient fait que répartir les pertes sur un nombre encore plus grand d'intervenants, les rendant totalement invisibles... si certains spéculateurs n'avaient re-concentré dans les mêmes mains les produits douteux à fort rendement.
    En fait, ce n'est pas tant la spéculation dont vous soulignez à juste titre qu'elle est nécessaire au développement des échanges et pas seulement internationaux, mais dans l'effet de levier qui a été utilisé dans des proportions diaboliques. Avec un simple levier de 30 - ce qui s'est vu et même au-delà - on investit 10$, on en emprunte 300 à 3% qui coûtent 9$ et on place donc 310 à 6% qui rapportent 18,6$, soit un bénéfice ramené à la mise initiale de 86% ! Avec la baisse des taux aux USA, beaucoup ont joué et, ce faisant, ont re-concentré un risque connu depuis 1995 et auparavant statistiquement encadré et diffus. De quelques millions d'épargnants le risque s'est fixé sur quelques dizaines de banques.
    La suite n'est que la conjugaison "explosive" de deux mécanismes systémiques et instables qui s'auto-entretiennent et s'auto-aggravent, aboutissant à un effet multiplicateur des pertes : d'une part la hausse des taux qui entraîne des ventes forcées et une baisse de l'immobilier qui rattrape de proche en proche des emprunteurs fragiles; d'autre part les règles dites de Bale II qui forcent les banques à vendre d'autres actifs pour combler leurs pertes et respecter leurs ratios prudentiels, et font baisser d'autres marchés où opèrent d'autres spéculateurs utilisant aussi l'effet de levier qui vendent à leur tour...
    Il est illusoire de prétendre réguler le marché de l'immobilier ou de vouloir bouleverser de manière significative les ratios bancaires prudentiels. Le seul dénominateur commun reste l'EMPRUNT. Et quoi qu'on veuille reprocher à Messieurs GREENSPAN ou BERNANKE, ce ne sont pas les banques centrales qui prêtent aux fonds spéculatifs.
    Tous ceux qui ont déjà rempli un questionnaire pour obtenir un prêt personnel ou pour leur petite entreprise, seront étonnés de savoir que le même banquier qui leur demande leur taux de cholestérol ou leur préférence sexuelle, ait pu prêter des centaines de millions à une autre banque ou à un fonds - émanation d'une autre banque - dans le but avoué de spéculer et sans demander de garantie !
    A mon sens, plus qu'une régulation internationale - le rêve impossible de tout socialiste français - c'est au niveau des directions des banques et des commissariats aux comptes qu'un ensemble coordonné de bonnes pratiques devrait voir le jour car ce sont les pertes des banques prêteuses et non celles de l'investisseur final qui ont déclenché cette crise financière.
    Finalement, que les actionnaires qui, dans l'espoir d'une meilleure rentabilité n'ont pas exercé leur contrôle sur les directions des banques, soient complètement dilués, voire même expropriés par des augmentations de capital de dernier recours est tout à fait moral.

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