Éducation et culture

Le sénateur Carle limite la suppression de postes dans l'enseignement privé

Entretien avec le Sénateur Jean-Claude Carle

22 décembre 2010 • Agnès Verdier-Molinié

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Fondation iFRAPMonsieur le Sénateur, vous avez fait adopter un amendement au projet de budget 2011 visant à alléger de 250 les suppressions de postes d'enseignants dans les écoles privées. Cela vous a d'ailleurs été fort reproché par le magazine Marianne. Pourquoi avez-vous soutenu cet amendement ?

Sénateur Jean-Claude Carle - D'emblée je me pose la question de la place à donner aux excès des commentaires idéologiques de Marianne, d'autant qu'ils sont en partie erronés. J'ai déposé cet amendement car, sinon, entre 70 et 100 établissements privés auraient dû fermer et le libre choix des parents pour l'établissement dans lequel ils souhaitent mettre leurs enfants aurait été remis en question. Je suis personnellement très attaché à cette liberté constitutionnelle d'autant plus que l'enseignement privé sous contrat fait partie intégrante de l'éducation nationale.

J'ai également soutenu cet amendement car cette année on demande selon moi des efforts plus importants au privé qu'au public.

Jean-Claude Carle

Elu sénateur de la Haute-Savoie depuis 1995, Jean-Claude Carle a été rapporteur sur le budget de l'enseignement scolaire dans le cadre du projet de loi de finances pour 2011. Il s'est fait remarquer notamment en 2009 par son combat en faveur de l'enseignement privé, en faisant adopter une proposition de loi tendant à garantir la parité de financement entre les écoles primaires publiques et privées sous contrat d'association lorsqu'elles accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence.

Si l'enseignement privé doit, comme l'enseignement public, participer à l'effort engagé à juste titre par le gouvernement pour réduire les effectifs de la fonction publique, cet effort doit être proportionnel au poids respectif de chacun. Ça n'était pas cette année le cas dans les arbitrages budgétaires initiaux.

En 2011, le public doit réduire ses effectifs de 13.767 postes et le privé devait en perdre 1.633, un effort supplémentaire de 17% demandé à ce dernier par rapport à 2010. De plus, sur les 13.767 postes d'enseignants du public, 5.600 sont des régularisations comptables, donc virtuelles, de surnombre dans l'enseignement primaire dues à de mauvaises prévisions de départs en retraite. Donc il faut comparer ce qui est comparable : 8.167 postes réels dans le public et 1.633 dans le privé. J'ajouterai que le privé n'a que des postes "devant élèves" et ne dispose ni de surnombre, ni de titulaires sur zones de remplacement.

D'où mon amendement demandant simplement que le juste équilibre soit appliqué et c'est pourquoi j'ai fait voter que 250 postes soient réintégrés dans le privé. Mais je m'inscris en faux contre ceux qui disent que j'ai pris 250 postes au secteur public pour les ajouter au secteur privé. Bien au contraire, les 4 millions d'Euros que cela représente ont été prélevés sur les crédits de l'administration centrale, ligne dotée de plus de 2 Milliards d'Euros !!! J'ai rétabli l'équité pour le privé par rapport au public ! J'aurais déposé un amendement de même nature si la situation avait été inversée !

Fondation iFRAPPensez-vous que de plus en plus nombreux sont les parents qui désirent scolariser leurs enfants dans des écoles privées ?

Sénateur Jean-Claude Carle - Pourquoi de plus en plus de parents veulent-ils mettre leurs enfants dans des écoles privées ? C'est la seule question que devraient se poser les thuriféraires du "laïcisme". Je crois tout simplement que les parents y trouvent un meilleur accueil, de meilleurs résultats et une meilleure implication des familles.

En plus de cela, contrairement aux idées reçues, 12% des élèves du privé sont boursiers. Le privé souhaiterait ouvrir des classes dans les quartiers difficiles mais ces ouvertures leur sont parfois refusées pour des raisons idéologiques. Cela me semble dommage car la question n'est plus aujourd'hui d'opposer public et privé mais de renforcer les complémentarités pour rendre plus performant notre système éducatif.

Peut-être pouvons-nous aussi nous poser la question de savoir pourquoi tant de parents mettent leurs enfants dans des officines pour leur soutien scolaire ? Nous sommes entrés dans une sélection par l'argent à cause d'un système éducatif qui ne réussit qu'à ceux qui savent : les enfants d'enseignants, ou à ceux qui ont : les plus riches… Selon les statistiques, un fils d'ouvrier a 17 fois moins de chances d'intégrer une grande école qu'un fils d'enseignant.

C'est le grand défi de notre école de rétablir l'égalité des chances aujourd'hui remise en cause.

J'en veux pour preuve, les résultats de l'enquête PISA où la France, pays de l'OCDE qui dépense le plus d'argent par élève, ne parvient pas à lutter, loin s'en faut vu son classement très, très moyen, avec des pays aussi différents que Singapour, la Corée du Sud, la Finlande, voire l'Allemagne. Ce que confirme également le rapport de la Cour des comptes. De quoi souligner les effets néfastes du pédagogisme qui, pour avoir érigé la lutte contre les inégalités dans l'accès au savoir en dogme, les a accrues !

Ça n'est pas en opposant le public au privé que l'on améliorera la situation mais au contraire en conjuguant leurs efforts !

Commentaires

  • Par BROSSIER Dominique • Posté le 22/12/2010 à 22:53 Madame,

    Comme tout homme politique parlant de l'organisation du service public de l'éducation en France, le sénateur Carle ne peut s'empêcher de rappeler qu'il est pour la liberté de l'enseignement. Dans l'état de nos finances publiques et des possibilités financières de nos concitoyens, ce principe est devenu complètement irréaliste. Notons tout de suite que s'il revient aux pouvoirs publics d'organiser ce service public, on ne voit pas pourquoi, concrètement, celui-ci ne pourrait pas être assuré par des structures privées. Aussi regardons plutôt la situation telle qu'elle est réellement: pour des raisons historiques ce service public de l'éducation est actuellement assuré en France pour 20% par des structures privées, le plus souvent dépendant du réseau de l'enseignement catholique mais aussi pour chacune d'entre elles sous contrat d'association direct avec l'Etat; les fonctionnaires de l'Education nationale assurent les 80%. Dans les faits, la grande majorité de ces structures privées sous contrat d'association fonctionnent comme des lycées "publics" avec aumônerie. Le "caractère propre" inscrit dans la loi Debré de 1959 se traduit aujourd'hui par la relative autonomie dont bénéficient chacune de ces structures privées favorisant leur réussite; si cette autonomie pouvait être organisée pour les lycées "publics", il n'y a pas de raison que les résultats n'y seraient pas identiques. Ajoutons que les professeurs de ces lycées privés sous contrat d'association sont depuis 2005 des agents publics dont le statut est quasiment identique à celui des fonctionnaires.

    Il faut donc optimiser l'existant, qu'il soit "public" ou privé". Le sénateur Carle a donc raison quand il dit que "la question n'est plus aujourd'hui d'opposer public et privé, mais de renforcer les complémentarités pour rendre plus performant notre système éducatif".

    Ceci étant dit, on constate tout à fait autre chose sur le terrain et c'est désespérant. Exemple : à Beaupréau en zone rurale dans le Maine et Loire, alors que le Rectorat et le Préfet de Région sont contre, ne constatant aucune pression démographique, alors qu'un lycée privé sous contrat d'association avec l'Etat depuis 40 ans assure seul le service public de l'Education à la satisfaction générale puisqu'il est classé, sans sélection et sans redoublement exagéré, comme l'un des 1ers de France tous lycées confondus, alors que ce lycée privé a depuis 20 ans le souci constant de respecter les principes de notre République et particulièrement les obligations qu'impose la laïcité, la Région des Pays de la Loire, sans concertation, a pourtant décidé la construction d'un lycée public affichant comme seul argument qu'il faut "rééquilibrer l'offre de formation en faveur du public afin de permettre un véritable choix des familles et des jeunes". Il en résultera diverses conséquences: 40 à 50 millions d'euros d'argent public vont être investis pour des raisons idéologiques complètemen dépassées, des bâtiments de la structure privée, récemment rénovés avec des subventions publiques, vont être désaffectés sans usage envisageable, l'établissement privé assurant sous contrat le service public sera sans doute contraint de déposer son bilan puisque les élèves et les familles qui seront orientés à faire le choix du nouveau lycée public viendront en grande partie de la structure privée actuelle, rendant impossible son compte d'exploitation...

    J'arrête là et je vous admire d'être continuellement pugnace alors qu'il y a tellement de dysfonctionnements et d'incohérences.

    Bonnes fêtes de fin d'année.
  • Par Etienne ROGER • Posté le 22/12/2010 à 21:17 La France dépense moins par élèves que des pays qui nous devancent dans le raport PISA tels que l'Australie, le Japon, la Norvège, la Belgique, les Pays Bas, la Suisse, les Etats unis, ... La Finlande dépense d'ailleurs plus que la France par élève en primaire. Ce qui ressort du rapport c'est que les politiques conduites depuis 2000 ont entrainées une augmentation de l'échec scolaire et ont amplifié l'influence de l'origine socio-culturelle des parents. Par ailleurs, la répartition socio-culturelle dans le privé est également différente de celle du publique. Le sénateur pose de bonnes questions, comment améliorer l'enseignement ? Mais il donne une mauvaise réponse en ne suggérant pas une révision de la politique budgétaire actuelle. En particulier, il faut faire un effort important au niveau de l'enseignement en maternelle et en primaire. Par contre les comparaisons internationales semblent montrer qu'il y a des possibilités de réduire les dépenses dans le secondaire. Le problème est que l'on part d'une situation acquise. L'effort sur la maternelle et le primaire n'aurait de résultat que dans une dizaine d'année sur les résultats du PISA. En attendant, il faut aussi essayer de "rattraper" les élèves actuels.

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