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Société civile n°06 - En novembre 2000 par CE

Fonction publique et administrations
Éducation, Recherche et Culture
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Ecole privée / Ecole publique

Le choix des familles

L’école publique en France : plus d’argent, plus d’idéologie et plus de bureaucratie

Depuis 25 ans, les effectifs de l’Education nationale n’ont cessé d’augmenter : de 571.082 enseignants, on est passé, aujourd’hui, à 906.657 professeurs pour 14.659.000 élèves, soit un enseignant pour 16 élèves (loin des chiffres des syndicats qui se plaignent du manque de professeurs). En même temps, le budget consacré à l’éducation de nos enfants s’élève à plus de 620 Mds de francs par an (7.4% du PIB) situant la France dans le peloton de tête des pays qui dépensent le plus. Mais ces dépenses élevées servent aussi à l’entretien de toute une armée de fonctionnaires qui ne font pas partie du corps professoral : sur 1.418.744 fonctionnaires (6.2% de la population active) répertoriés par l’Education nationale, 512.087 représentent le personnel non-enseignant, c’est-à-dire environ 40% du total.

Cet article date de novembre 2000. Pour lire un article plus récent sur ce sujet, voir : "10 idées fausses sur l’enseignement public/privé" (janvier 2011).

Même si les fonctionnaires (4000) du ministère ne sont pas excessivement nombreux, le bombardement bureaucratique exercé auprès des Académies est impressionnant : plus de trente circulaires par mois, une par jour ! Si les dépenses pour l’éducation ont augmenté par 1.88 depuis 1975, le nombre d’élèves a augmenté par 1.1 et celui des enseignants par 1.64. Un calcul simple nous donne les coûts suivants :
- en 1975, un élève coûtait 21.400 francs par an
- en 1999, un élève coûte 35.900 francs par an, ce qui représente environ 7800 francs par Français et par an. Ce ne sont donc pas les moyens qui manquent. Alors, pourquoi presque 20% des élèves (statistiques 1999) préfèrent-ils fréquenter l’école privée ?

Il y a d’abord le problème de l’insécurité (115.000 faits de violence en 1998), un seuil de tolérance d’étrangers par classe largement dépassé (plus de 10% et, dans certaines écoles, jusqu’à 35%), ensuite le dysfonctionnement d’un système qui interdit le redoublement et qui prône le nivellement par le bas.

Résultats :
- 40% d’illettrés
- 10% des Bac+3 sont au chômage
- 60% des jeunes diplômés ne trouvent pas de travail après l’obtention de leur diplôme

Concernant les enseignants, la situation n’est guère brillante. Le niveau de certains d’entre eux est catastrophique (on peut obtenir le CAPES avec une moyenne de 3/20) et les enseignants débutants doivent faire leurs armes dans les établissements "à risque", tandis que les enseignants les plus chevronnés se retrouvent en fin carrière dans les établissements les plus "faciles". D’après des statistiques officieuses, les "mauvais professeurs" représentent 15% de l’effectif, mais plus de 40% des instances syndicales ! Un enseignant de l’école publique qui ne fait pas son travail ou qui est souvent absent (un absentéisme qui s’élève à 12%) est intouchable : le proviseur ne peut pas le licencier ou intervenir sur ses promotions.

Car ceux qui dirigent l’école publique, les vrais patrons sont les syndicats. Ils sont partout : dans les conseils d’administration des 75.490 établissements, dans les dizaines d’associations et d’organismes d’ "observation", dans les commissions paritaires, etc. Ils surveillent, contrôlent et ont leur mot à dire sur tout. D’où l’impossibilité de s’attaquer au système. Une situation inadmissible qui a poussé Claude Allègre à la démission et qui coûte chaque année quelques milliers d’élèves à l’école publique.

La revanche de l’école privée

En 1999, sur 100 enfants entrant en 6ème, 25 ont demandé une dérogation qui a été accordée à 13 d’entre eux. Sur les 12 qui n’ont pas réussi à l’obtenir, 8 sont allés dans le privé (statistiques du ministère de l’Education nationale). Ces statistiques sont significatives : l’engouement pour le privé est là. Et ce ne sont pas seulement les plus riches qui veulent le faire, mais de plus en plus, les familles à revenu moyen ou même à bas revenu. Contrairement à un cliché largement répandu, le privé est très diversifié. Avec 5620 écoles (13.8% du primaire), 2904 collèges et lycées (20.5% du secondaire), l’école privée propose de nombreux choix aux enfants et non pas des ghettos pour riches. Il y a 79 établissements avec des classes préparatoires aux grandes écoles mais aussi 529 lycées professionnels et 309 lycées techniques qui ne sont pas fréquentés par des "riches". D’ailleurs, d’après une enquête publiée dans "Le Monde" au mois de juin 2000, les classes bourgeoises préfèrent mettre leurs enfants dans les grands lycées publics qui sont de bons tremplins pour accéder aux classes préparatoires des grandes écoles. Ce sont surtout les milieux moyens et défavorisés qui se tournent vers l’enseignement privé pour essayer de trouver un encadrement adapté pour des enfants dont les parents n’ont pas de quoi payer des cours particuliers. Une étude réalisée par l’Université de Caen (ignorée par le ministère) montre que l’école privée fait mieux réussir …les classes populaires. Les résultats de cette étude ont été confirmés par une recherche réalisée par la même université portant sur les motifs du choix des établissements. Ce qui vient en tête (plus de 66%), pour les familles, c’est la compétence des enseignants, leur disponibilité, et la réussite de l’enfant. Les raisons principales données par les parents tournent donc autour de l’efficacité de l’école ! Paradoxalement, les raisons les moins importantes sont : l’attachement à la laïcité et les motifs religieux. Le choix de l’établissement est en réalité fortement lié à la réussite scolaire et non pas aux motifs idéologiques. Une enquête réalisée par un des syndicats de l’Education nationale montre que seulement 35% des jeunes sortis du lycée public et qui ne poursuivent pas des études dans le supérieur arrivent à trouver un emploi rémunéré. Les autres sont au chômage ou sont promenés de stage en apprentissage et contrat d’insertion qui ne débouchent que très rarement sur un emploi.

Contrairement aux idées reçues, les établissements privés, accusés de ségrégation sociale, sont nombreux dans les zones difficiles, certains ayant même obtenu leur classement en ZEP (Zone d’éducation prioritaire). En septembre 1999, le ministère décide de classer plusieurs établissements privés en ZEP. Il s’agit de trois collèges de Seine-Saint-Denis, sept écoles et collèges de Marseille et une école de Perpignan, tous situés dans des quartiers en difficulté. Alors, comment font ces écoles pour résoudre les problèmes générés par des élèves des milieux difficiles ? Au collège Saint-Mauront de Marseille, 90% des élèves sont musulmans, au lycée professionnel Saint-Joseph du 11ème arrondissement les 300 élèves viennent de milieux pauvres. Il y a des problèmes mais l’établissement privé prend à cœur la recherche des solutions : rencontres fréquentes avec les familles, conseils de discipline sévères, exclusions des élèves perturbateurs, recherche d’apaisement en faisant appel à la religion. Les enseignants s’impliquent beaucoup plus dans leur travail, suivent plus attentivement les élèves et proposent une pédagogie adaptée.

L’hypocrisie des responsables politiques

Si de plus en plus de familles désirent avoir la possibilité de choisir l’école pour leurs enfants, elles ne peuvent pas toujours le faire car les responsables politiques s’y opposent. Pourtant, lorsqu’il s’agit de leurs propres enfants, les mêmes responsables politiques préfèrent choisir une bonne école. Ainsi, une étude récente réalisée aux Etats-Unis montre que 40% des membres de la Chambre des Députés et 49% des Sénateurs mettent ou ont mis leurs enfants dans une école privée. Concernant la couleur politique, 78% des Républicains et 50% des Démocrates choisissent une école privée pour leurs enfants. De plus, l’étude a révélé que les membres de la Chambre des représentants ou du Sénat qui font partie des commissions traitant de l’Education et de l’Ecole sont aussi ceux qui préfèrent l’école privée à l’école publique pour leurs propres enfants, mais refusent ce choix aux autres. 57 Membres du Congrès ayant leurs enfants à l’école privée se sont opposés (il y a un an) à un amendement donnant la liberté aux familles pauvres de choisir une école ! L’administration Clinton considère que la possibilité d’aller à l’école de son choix porterait une atteinte à l’école publique. Ce qui n’a pas empêché Bill Clinton et Al Gore d’inscrire leurs enfants dans une école privée du district de Washington. En France, l’hypocrisie des responsables politiques n’est pas moindre. Il nous a été impossible de faire la même étude auprès des parlementaires car ils refusent de répondre à ces questions. Toutefois, certains des plus farouches opposants au privé, comme Ségolène Royal, Martine Aubry, Robert Badinter, Jean-Pierre Chevènement, Pierre Joxe, ont mis ou mettent leurs enfants à l’Ecole Alsacienne. La même école qui a accueilli Mazarine, la fille de François Mitterrand. D’autres envoient leurs enfants à l’Ecole des Roches, un établissement privé hors contrat qui se trouve à Verneuil sur Avre, à une centaine de km de Paris. C’est l’Ecole "réservée" aux enfants de ministres et d’ambassadeurs.

Enseignement public et enseignement privé en France (source : iFRAP)
PUBLICPRIVE
Nombre d’élèves 14 659 000 2 055 000
Nombre de fonctionnaires dans l’Education Nationale 1 418 744
Nombre d’enseignants et pourcentage sur le total de fonctionnaires 906 657 (64%) 133 600
Budget de l’école publique et de l’école privée (en % du PIB) 7.5% 0.5%
Nombre d’élèves par enseignant 16 15
Coût d’un élève(en francs et par an) 35 900 20 000
Répartition des élèves 84% 16%

Il n’y a pas de doute, c’est au nom de l’égalitarisme que les défenseurs de l’école publique scolarisent leurs enfants dans le privé. Ceux-là vont jusqu’à proposer des réformes pour le public inspirées du privé comme le fait (sans le reconnaître) le SNALC (Syndicat National des Lycées et Collèges). Dans sa Charte, ce syndicat bien implanté dans l’Education nationale propose : plus d’autonomie pour les établissements scolaires, consolidation des apprentissages fondamentaux (lire, écrire, compter), faciliter la transmission des connaissances, la suppression du "collège unique" et des classes hétérogènes en encourageant le travail et la réussite personnels. Les principaux responsables de ce syndicat ont compris qu’il faudra de nombreuses années avant de voir ces propositions s’appliquer au sein de l’Education nationale. En attendant, ils ont envoyé leurs enfants dans une école privée.



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