Dépassement de travaux : l'entrepreneur trinque

04 juin 2009 • René Hans

Gérard a créé son entreprise voilà bien 20 ans. Je ne dévoilerai pas son activité afin de préserver l'anonymat de Gérard.

Une pièce de son habitation lui sert de bureau, une remise d'atelier. L'entreprise grandit. Elle emploie 25 personnes. Les locaux sont désormais inadaptés. Une zone artisanale se crée à proximité. Gérard va y construire des locaux adaptés à son niveau d'activité.

Les marchés sont signés pour un budget de 800.000 euros HT. C'est beaucoup eu égard à sa rentabilité.

Son expert comptable lui conseille de créer une SCI qui fera édifier la construction et qui louera le tout à la SARL d'exploitation. Schéma classique dans nos PME. La banque accepte de financer à condition que les deux enfants de Gérard, qui tous les deux viennent de décrocher leur premier emploi, soient caution.

La construction est en voie d'achèvement. La commission de sécurité et la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS) imposent des modifications pour un coût supplémentaire de 200.000 euros. Gérard n'a pas le choix : s'il veut exploiter, il devra aller au bout des prescriptions.

Les travaux sont lancés. La banque refuse de financer le supplément. Gérard négocie en vain. Il essaie de trouver un autre banquier. Impossible.

Les artisans réclament leur dû. Gérard paie avec la trésorerie de la SARL les dépenses qui incombent à la SCI. Sans le savoir, il devient un criminel. Il vient de commettre un abus de bien social. Les sommes utilisées pour payer les travaux vont bientôt faire défaut à la SARL d'exploitation et le dépôt de bilan sera inévitable.

Pourra-t-il poursuivre son activité ?
Ses enfants seront-ils appelés en caution ?

Les créanciers le harcèlent. Le médiateur du crédit n'est pas arrivé à trouver une solution avec les banquiers de la SCI.

Comment réagira le procureur lors du dépôt de bilan ?
Qu'adviendra-t-il de ce patron sans parachute ?

Je vous tiendrai informé de l'évolution de la situation, moi-même impuissant devant le malheur de Gérard.

Commentaires

  • Par Gisèle • Posté le 18/06/2009 à 09:48 Dépassement de travaux : l'entrepreneur trinque
    Quel entrepreneur ne sait pas fixer des limites claires, « ce à quoi il dit non, ce à quoi il dit oui ». En tant Entrepreneur nous sommes tous très actifs, nous avons une forte indépendance, une forte capacité de travail, nous sommes tenaces et nous croyons en nous. Nous prenons des risques, des décisions stratégiques. Dans la phase de développement où est l’entreprise Gérard à accepté les conditions de financement de la Banque que ses deux enfants, qui tous les deux viennent de décrocher leur premier emploi, soient caution.
    Ce qui aurait dû être pour lui « LA SONNETTE D’ALARME »
    La commission de sécurité et la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS) imposent des modifications pour un coût supplémentaire de 200.000 euros. Gérard se dit « je n’ai pas le choix : s'il veut exploiter, il devra aller au bout des prescriptions.
    « 2éme SONNETTE D’ALARME »
    Gérard a créé son entreprise voilà bien 20 ans. Ce qui lui arrive m’interpelle, car cela peut nous arriver à tous. Je n’ai pas de solution miracle mais je pense que nous devons en prendre bonne note, le soutenir dans cette épreuve et faire en sorte de ne pas se trouver devant un tel fait.
    COMMENT : en faisant partie d’associations juridiques pour nous conseiller quand nous avons la tête dans le guidon.
    Bon courage Gérard,
    Gisèle
  • Par JPN • Posté le 08/06/2009 à 11:37 200 000 euros de surcoût, soit 25 du budget initial, me paraît énorme! Mais il est vrai que bien souvent le coût pour respecter les obligations légales est très important, et il n'est pas certain que la rentabilité de la SARL lui permette d'y faire face.
    Si Gérard avait pris une participation dans la SCI il n'y aurait pas d'abus de bien social mais une avance de trésorerie à une filiale.
  • Par pierrot • Posté le 06/06/2009 à 21:46 Tant que les entrepreneurs de tous bords n'auront pas compris qu'ils se livrent volontairement, pieds et poings liés aux banques, il en sera toujours ainsi... C'est tout de même un comble d'engraisser,- je précise bien - engraisser les banquiers qui vivent TRES bien de la sueur des gogos que nous sommes !... et qui les traînent devant les tribuneaux en cas de non remboursement, quitte, comme dans ce cas précis, à y envoyer les enfants de Gérard, parce qu'ils ont été (forcés) de se porter caution pour leur pére !... Tant que nous accepterons ce genre de scandale, il n'y a pas de raison pour que cela s'arrête
  • Par René Hans • Posté le 05/06/2009 à 14:56 Les textes concernant la sécurité sont sujets à beaucoup d'interprétations de la part des commissions. Il suffit de demander aux hôteliers pour se rendre compte de la réalité sur le terrain.
    J'ai été interpelé par de nombreux exploitants qui ont consulté les services avant les travaux. Ils ont suivi à la lettre les prescriptions pour s'entendre dire que certaines étaient inutiles d'autres, à parfaire.
    Merci de votre soutien