Agriculture et énergie

Confusion sur la fixation des prix du gaz et de l'électricité

Un cas d'école

26 février 2011 • Philippe François

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Surtout pas moins de 42 euros le Mwh nucléaire affirme EDF. Pas plus de 35 euros exigent ses concurrents comme GDF SUEZ, Poweo ou Direct Energie. Soit un écart de 20% pour des prix de gros sur un produit pourtant banalisé. Après des campagnes de lobbying auprès des responsables politiques et dans la presse, une commission a été nommée. Les plus optimistes parient que, à l'abri de milliers de pages d'études et de modélisation, la réponse sera la classique conclusion des marchandages sur les marchés à bestiaux ou de brocante : topons là à 38,5€ ! On est loin d'une fixation optimale des prix par le marché.

Il est vrai qu'avant même de devoir trancher sur le prix auquel EDF devra vendre à ses concurrents l'électricité qu'elle produit dans ses centrales nucléaires, la situation était déjà complexe : tarif régulé par l'Etat, tarif libre, tarif de retour au tarif régulé, tarif Exeltium. Pour pouvoir mettre ce dernier tarif en place sans violer trop de règlements français et européens sur la concurrence, un régime juridique spécifique a dû être mis en place par le gouvernement français permettant à une vingtaine d'entreprises electro-intensives de se regrouper pour acheter leur électricité sur une longue période à EDF.

Au même moment, le gouvernement est aussi occupé à fixer les nouveaux prix d'achat de l'électricité photovoltaïque, les précédents ayant conduit à un développement incontrôlé de cette filière, aux dépens des contribuables et des consommateurs.

Dès qu'il en aura fini avec ce sujet, le gouvernement devra trancher sur une nouvelle hausse des prix du gaz. Il essaiera sans doute de contourner la règle d'indexation qu'il a lui-même fixée, afin de ne pas trop mécontenter les consommateurs électeurs et pour tenir compte d'un développement du marché spot du gaz que son administration n'avait pas prévu.

Juste après, c'est à nouveau les prix de l'électricité pour les consommateurs qu'il devra administrer : comment concilier le soutien à EDF en France et à l'international, conforter l'ouverture du marché en soutenant ses concurrents et subventionner les énergies renouvelables ? Des décisions complexes quand l'Etat est le premier actionnaire d'EDF et de son principal concurrent GDF SUEZ, mais il sera condamné par Bruxelles si le marché de l'électricité reste cadenassé.

Après 65 ans de monopole étatique sur l'électricité, en 2010, en France, on a beaucoup de mal à sortir d'une économie administrée.

Un parfum d'économie administrée

« D'où venaient les prix en Union Soviétique ?

A la fin des années 1970 et au début des années 1980, des économistes américains ont commencé à voyager en Union Soviétique. Gordon Tullock saisit l'opportunité, au cours d'une visite au Gosplan à Moscou, de poser cette question précise. Plutôt embarrassé, son interlocuteur sortit un catalogue de Sears Roebuck [1] plutôt ancien et le lui tendit. Tullock ne savait pas quoi en faire jusqu'à ce qu'on lui explique que les officiels du Gosplan utilisaient les prix cités dans ce catalogue pour fixer les prix relatifs entre les différents produits. Ils essayaient ensuite de faire correspondre les produits du catalogue et ceux disponibles en URSS, puis fixaient les prix selon l'échelle prescrite par Sears Roebuck. Là où il n'y avait pas de correspondance, ils devaient deviner. Ainsi, les prix en URSS étaient déterminés par Sears Roebuck. (extrait d'un texte de la H.R. Nicholls Society [2])

[1] Dans ces années, le catalogue de Sears Roebuck - vente par correspondance - comptait plus de 500 pages et proposait d'innombrables produits, des vêtements aux outils de bricolage.

[2] Where did prices in the Soviet Union come from ?

In the late seventies and early eighties, American economists began to travel to the Soviet Union and Gordon Tullock took the opportunity, on a visit to Gosplan in Moscow, to ask that very question. Rather sheepishly his respondent took out a rather ancient Sears Roebuck catalogue from his desk and handed it over. Tullock didn't know what to make of this until it was explained that the Gosplan officials used the prices quoted for goods in the catalogue to obtain relativities between this and that item. They would then try to match the goods of the catalogue to what was available in the Soviet Union and then fix prices according to the relativities prescribed by Sears Roebuck. Where there was no match of product they just had to guess. So prices in the USSR were determined by Sears Roebuck. (extrait d'un texte de la H.R. Nicholls Society)

Commentaires

  • Par Philippe François • Posté le 03/03/2011 à 17:40 Je ne représente pas GDF mais voici les informations que tout le monde peut lire dans son journal.

    1. Pour sécuriser leurs approvisionnements, les pays consommateurs, et notamment la France, ont voulu signer des contrats à long terme (en dizaines d'années) avec les pays producteurs sans possibilité de renégocier ni l'indexation des prix ni les quantités.

    2. Les principaux producteurs de gaz ont exigé il y a longtemps que le prix de gaz soit indexé sur celui du pétrole. Or le prix du pétrole est très élevé.

    3. Il est vrai que, à cause de la crise et grâce à la découverte des gaz de schiste aux Etats-Unis, le prix du gaz "spot" a beaucoup baissé. A cause des contrats à long terme, GDF peut très peu s'approvisionner sur ce marché.
    En conclusion, on ne peut pas avoir la sécurité à long terme et profiter des meilleures occasions au jour le jour. Il faut en plus prendre en compte l'évolution de l'euro par rapport au dollar.
    Si le marché du gaz avait été ouvert à la concurrence depuis longtemps en France, il est probable que certaines entreprises auraient choisi la sécuriét et d'autres le risque, et vous-même auriez pu choisir le fournissuer de votre choix. Cela viendra.
  • Par Très mécontent • Posté le 03/03/2011 à 17:40 L'article sur EDf n'est pas du tout exact. Les apparatchiks de l'UE nous avait déclaré que la libéralsiation de l'énergie, c'était des tarifs en faveur des consommateurs..GDf entreprise privée : 50% d'augmentation entre 2005-2010 et 5% en 2011.L'augmentation de 10 % en 2010 faisait suite à 6 mois de baisse des cours mondiaux du gaz..Tout cela pour engraisser des actionnaires, cad des parasites vivant sur le travail des autres. Quels sont les commentaires de l'iFRAP ?

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