Retraite

Régimes de retraites obligatoires : plus rentables pour les femmes que pour les hommes

29 octobre 2013 • Philippe François

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Corriger l'injustice des régimes de retraite vis-à-vis des femmes est annoncé comme l'un des points forts de la réforme Ayrault en cours de discussion au Sénat. Et il est vrai que le montant moyen des retraites des femmes est très inférieur à celui des hommes. Mais les régimes de retraite ne sont pour rien dans cet écart. Au contraire, les femmes sont les grandes bénéficiaires des systèmes de retraite français. Pour améliorer leur situation, c'est à la source qu'il faut agir, sur la carrière des femmes. Toute mesure les encourageant à se retirer du marché du travail est contre-productive, et les conduit à de graves déceptions, souvent quand il est trop tard.

En 2011, le montant moyen de la retraite de droit direct perçu par les femmes était de 932 euros par mois contre 1.603 pour les hommes, 1,7 fois plus élevé (source DREES : les Retraités et les retraites, édition 2013). Un écart considérable, même s'il a tendance à se réduire assez rapidement grâce à l'amélioration de la qualification des femmes et à l'augmentation de leur nombre d'années travaillées. En 1991, 24% des femmes de 20 à 59 ans, non étudiantes et vivant en couple, ne travaillaient pas et n'étaient pas au chômage. En 2011, ce taux n'est plus que de 14%. (INSEE Première 1463, août 2013)

Double avantage des femmes par rapport aux hommes

Le « bonus retraite » (8 trimestres par enfant dans le privé [1]) est accordé aux femmes pour compenser les contraintes que la maternité et l'éducation des enfants imposent aux carrières des mères de famille. Il n'est donc pas considéré ici comme un avantage dont bénéficieraient les femmes par rapport aux hommes. Une règle d'autant plus normale que 4 de ces trimestres « éducation » peuvent être désormais attribués au père.
Mais c'est l'espérance de vie des femmes qui constitue la base de 2 avantages importants.

Retraite de droit direct

D'une part, à 60 ans, l'espérance de vie des hommes est de 22,6 années, celle des femmes de 27,2 années (INSEE Première 1372, octobre 2011 et 1429, janvier 2013). Pour une cohorte partant en retraite à 62 ans, la durée moyenne à la retraite sera donc d'environ 20,6 années pour les hommes et de 25,2 pour les femmes. Soit un écart de 4,6 années : les femmes perçoivent donc leur retraite 22% plus longtemps que les hommes alors que leurs taux de cotisation sont identiques.

Retraite de réversion

L'écart d'espérance de vie a aussi des conséquences sur les retraites de réversion. Ce sont en général les femmes qui en bénéficient, parce qu'elles vivent plus longtemps que les hommes et qu'elles sont, en moyenne, plus jeunes que leur compagnon de 2,6 ans. Au total (4,6 + 2,6, soit 7,2 années), les femmes reçoivent une retraite de réversion pendant 7 années pour lesquelles elles n'ont pas cotisé. Si le montant de la retraite de réversion représente la moitié de la retraite du conjoint décédé, cet avantage équivaut à une prolongation de 3,5 années des 20,6 années de retraite du conjoint, soit 17% de surcoût.

Au total, le coût de la retraite des femmes seules est de 22% supérieur à celui d'un homologue masculin. Et les femmes mariées bénéficient en plus d'une sur-retraite qui coûte 17% du montant de la retraite de leur conjoint. Sur un coût total des retraites de 280 milliards d'euros par an, ces deux avantages représentent de 20 à 30 milliards d'euros par an.

Dans certains régimes, seulement une partie des carrières sont prises en compte pour le calcul des retraites (25 ans dans le régime CNAV de la Sécurité sociale et 6 derniers mois dans ceux des fonctionnaires et des autres régimes spéciaux, SNCF, RATP, EDF/GDF ...) ; ce mode de calcul bénéficie aux personnes ayant travaillé et cotisé une partie du temps à temps partiel, généralement des femmes. Aucun chiffrage de cet avantage n'est disponible.

La solution de fond

Le problème des faibles retraites des femmes est réel. Mais les régimes de retraite sont des systèmes d'assurance destinés à mutualiser les risques entre cotisants, pas à subvenir aux besoins de ceux qui ne cotisent pas. À court terme, c'est à la solidarité nationale générale d'aider les retraitées et retraités dont les revenus totaux (retraite plus autres revenus et patrimoine) sont insuffisants. Le niveau des retraites des femmes est le reflet des écarts de carrière entre hommes et femmes : en 2004, 88% des hommes partant en retraite avaient une carrière complète, contre 44% pour les femmes. À moyen terme c'est l'amélioration des carrières et des revenus des femmes tout au long de leur vie active (durée et niveau) qui pourra seule résoudre ce problème.

Conclusion

Dans les régimes de retraite français par répartition, la mutualisation s'applique de façon globale sans distinguer les sexes des assurés, ce qui est sans doute souhaitable. Il est donc faux de prétendre que ce système est injuste vis-à-vis des femmes pour lesquelles il est plus rentable que pour les hommes. Se focaliser sur cette prétendue injustice empêche de travailler à traiter à sa source le problème de fond : les études et les carrières des femmes.

[1] Dans le secteur public, le « bonus » n'est que de 4 trimestres, mais le calcul de la retraite sur le dernier salaire n'est pas pénalisant pour les femmes ayant arrêté de travailler quelques trimestres comme l'est dans le secteur privé le calcul sur les 25 « meilleures » années et sur toute la carrière.

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