Retraite

Réforme des retraites : agir avant la révolte des actifs

Attention, les ergoteurs et les ratiocineurs sont à l'œuvre

17 février 2010 • Sandrine Gorreri

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Le sommet social qui s'est tenu cette semaine à l'Elysée a fixé pour septembre 2010 la réforme des retraites. Pour équilibrer les comptes, différents leviers sont possibles : âge de la retraite, durée ou montant de cotisations, etc. Et bien entendu, nombreuses sont les voix qui s'élèvent contre toute réforme ambitieuse et notamment contre toute modification allant vers plus d'égalité entre les retraites du secteur public et du secteur privé.

Pourtant, il y avait déjà tout dans ce petit livre très pédagogique, le Livre Blanc sur les retraites de Michel Rocard publié en 1991. Les deux problèmes essentiels, les déficits et les inégalités public / privé y étaient parfaitement décrits et leurs causes aussi. Les solutions en découlaient donc de façon évidente. Depuis le rapport Rocard, la pile des nouveaux rapports, comptes rendus de colloques, enquêtes en France et à l'étranger dépasse 1 mètre de haut. Sans compter les nombreux livres qui ont été publiés sur le sujet. Tous ont confirmé le diagnostic Rocard. Personne n'en doutait, mais le but avoué de ces exercices était de « construire du consensus ». Le mode de travail du Conseil d'Orientation des Retraites (COR) semblait particulièrement adapté à cet objectif, tous les intéressés, Etat, experts, syndicats, entreprises publiques, caisses de retraite étant largement représentés.

La tentation de toujours repousser la décision

Faute de direction (ou pour retarder le moment d'en fixer une), ces études se sont lancées dans des raffinements très intéressants d'un point de vue académique mais excessifs et illusoires du point de vue des décideurs. Faire varier le taux de natalité de 1,9 à 2,1, l'allongement de l'espérance de vie de 2 ou 3 mois par an, le taux de chômage de 4 à 7%, est intéressant mais ne fournit aucune aide aux décisions de fond qu'il faut prendre. Le problème n'est pas de savoir si le déficit en 2040 sera de 39 ou de 41 milliards d'euros, mais de mettre en place des mécanismes qui s'adapteront automatiquement aux circonstances futures : allongement progressif des années de travail, alignement des conditions entre le public, les autres régimes spéciaux et le privé, fusion des Caisses existantes sous le contrôle des partenaires sociaux, et ouverture d'une partie capitalisation.

En Suède, vingt années de réflexion ont abouti à la mise en place d'un système de ce type, entièrement nouveau, équilibré à long terme et soutenu par la Droite et par la Gauche. En France, vingt années d'études et de concertation n'ont apparemment servi à rien puisqu'en 2010, presque une génération plus tard, la principale crainte des syndicats est de voir des décisions prises « dans la précipitation ».

Réparer la lâcheté initiale

En réalité, tout cela était connu dès 1982 quand la retraite à 60 ans a été décidée, donc bien avant le Livre Blanc de 1991. Les effets à venir du papy-boom, de l'allongement de l'espérance de vie, de la baisse de la natalité, de la hausse du niveau de retraite des nouveaux retraités étaient inéluctables. Ceux qui ont décidé la retraite à 60 ans pour tous et pour toujours en vue de gagner les élections portent une lourde responsabilité.

Sans réforme et pour maintenir le niveau des retraites, d'après le COR, le taux de prélèvement sur les actifs devrait être augmenté d'un montant équivalent à 9 points de cotisation. Ceci ne sera pas supportable par notre économie, générera plus de chômage et ne sera pas toléré par les jeunes actifs qui refuseront à juste titre de cotiser pour leurs parents et grands-parents irresponsables.

La page "SNCF" du rapport Rocard était simple mais percutante :

il ne restait plus qu'à agir

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Déficit des retraites pour la SNCF

Commentaires

  • Par Philippe François • Posté le 01/10/2010 à 12:20 La réponse à cette objection présentée par certains syndicats a déjà été donnée plusieurs fois : oui, le PIB de la France peut plus que doubler en 40 ans si la politique menée en France tourne le dos aux 40 années passées, mais non ce surplus ne change rien à l'équation : passer de 3 actifs par retraité à 1,5 pose de graves problèmes. Il ne faut pas confondre les valeurs absolues du PIB et les taux de prélèvements.
    Les futurs retraités qui auront travaillé par exemple de 2010 à 2050 auront vu leurs salaires progresser comme le PIB et réclameront des retraites à partir de 2051 au niveau du PIB doublé. Mais il y aura deux fois moins d'actifs pour les payer. C'est clair, il faudra doubler les taux de cotisation sur les actifs : pour le moment dans le privé le taux de cotisation pour la retraite est de 25 % du salaire (70 % pour les fonctionnaires d'Etat !). En 2050, les actifs refuseront de donner 50% de leurs revenus pour financer les retraites de leurs parents.

    Et ils auront raison. Ce doublement du PIB ne se fera pas tout seul et les actifs de 2050 ne le feront que s'ils en retirent l'essentiel des résultats : à moins de rêver ou pire de vouloir créer un "homme nouveau" la motivation des êtres humains fonctionne encore comme cela. Au-delà d'un certain taux de prélèvements, les personnes préfèrent les RTT.
    J'ai tendance à penser que s'il existait une solution magique, les Suédois ou les Allemands ou les Holandais ou les Espagnols l'auraient trouvée, même si nous Français étions passés à côté.
    Par contre, 100% d'accord pour la création d'un régime unique par points : ces 40 régimes sont très injustes et très coûteux en gestion. Vous avez pu voir que l'iFRAP a plaidé pour cette réforme depuis des années.
  • Par JANCAP • Posté le 01/10/2010 à 12:20 Concernant la "réforme-régression" des retraites 2010, nous ne comprenons pas que l'on puisse laisser dire, sans s'indigner du mensonge d'Etat, que l'évolution démographique deviendra intenable pour les retraites car il n'y aura en 2040 que 1,5 actifs pour payer un retraité, contre 2,3 actifs pour un retraité en 2000.
    On omet soigneusement de dire qu'en 2040, 1,5 actifs produiront autant que 2,8 actifs en 2000, en € constants !
    En effet, en 2000, 26,8 millions d'actifs ont produit un PIB de 1441 Milliards d'€ alors que, même avec une croissance faible de 1,76 % par an en moyenne, 28,5 millions d'actifs produiront 2900 Milliards d'€ en 2040 (projections INSEE).

    Le calcul est donc limpide. En 2000, un actif produisait 53 768 €. En 2040, il produira 101 754 €. Toujours en 2040, 1,5 actifs produiront donc 152 631 €, soit ( 152 631 / 53 768) l'équivalent de 2,8 actifs en 2000.

    En conséquence, le ratio "équivalent nombre d'actifs 2000 en valeur produite" pour un retraité évolue très favorablement, de 2,3 en 2000 à 2,8 en 2040.
    Ce ne sont pas les actifs qui comptent mais la valeur qu'ils produisent. Il n'y a donc aucune difficulté pour financer les retraites sur la base 1993, entre 2010 et 2040. A condition de répartir, avec plus d'équité, les fruits de la croissance par des cotisations sociales actualisées, indexées sur la production …et de réformer en profondeur, pour le clarifier et le simplifier, cette "usine à gaz" que constitue le système de retraite par répartition à la française (une quarantaine de régimes !) qui demeure cependant le meilleur du monde.
  • Par Jean-Marc • Posté le 21/02/2010 à 17:44 Je pense qu’avec la crise, la retraite par capitalisation, a du plomb dans l’aile. En revanche, on sait que la retraite par répartition aggrave à la retraite les inégalités de la vie active : ce n’est pas la même chose de partir avec une bonne retraite après une vie qui a permis de devenir, par exemple, le propriétaire d’un ou plusieurs logements et de partir avec une retraite minima représentant le SMIC.

    De ce fait, il me semble que vouloir rééquilibrer les régimes entre public et privé est une vision de borgne. De mon point de vue, la situation impose que ceux qui ont ou auront les meilleures retraites paient aussi pour les moins riches : on aurait aisni une envéritable répartition.

    Ah ! Une petite dernière. Il paraît que les fonctionnaires et députés de l’Union européenne ne paient pas d’impôts parce qu’en gros, ils ne savent pas à qui et comment les payer.
  • Par Francparler • Posté le 20/02/2010 à 18:40 Encore des rodomontades et des effets d'annonce. Le seul credo doit être à travail égal, cotisations égales et à cotisations égales retraites égales. Et marteler que les avantages des retraites de la fonction publique ne sont rien moins que du vol en bandes organisées au détriment de tous les non fonctionnaires de ce pays. Quant à aborder la pénibilité du travail, antienne serinée par la gauche, elle fait sourire venant de partis ou de syndicats composés quasi exclusivement de fonctionnaires.

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