Retraite

Reculer l'âge de départ en retraite : un levier contre le chômage

29 mars 2013 • Philippe François

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Reculer l'âge de départ en retraite est indispensable pour rétablir l'équilibre financier des régimes de retraite. Au risque de priver les jeunes de travail ? Un senior qui continue à travailler, c'est un emploi de moins et donc un chômeur de plus ? Les expérimentations françaises en vraie grandeur et le bon sens logique ne confirment pas ces idées reçues.

Convaincus de bien faire, les responsables français ont organisé plusieurs plans de retrait des seniors du marché du travail. Notamment celui de 1982 : « La retraite à 60 ans réduira le chômage » et celui de 1990 « Les pré-retraites à 55 ans réduiront le chômage ».

L'échec de ces réformes n'a pas empêché d'affirmer avec autant de conviction : « À partir de 2003, le départ en retraite des baby boomers va libérer des postes et réduire le chômage ». Le baby-boom a en effet commencé en 1943 et, en 1945, il concernait 400.000 naissances supplémentaires. A partir de 2005, le nombre de personnes qui atteignaient 60 ans passait donc brutalement de 500.000 à 900.000. Il suffisait d'attendre cette période bénie : arithmétiquement, il semblait acquis que chaque année, le chômage diminuerait de 300.000 personnes au moins.


Chacune de ces trois évolutions (retraites à 60 ans, pré-retraites, papy-boom) ont donc porté sur des nombres considérables. Les pré-retraites des 55/57 ans ont été utilisées fortement de 1984 à 2000 pour 40.000 à 100.000 personnes par an. D'après la DARES, pendant la période 1998-2003, plus de 200.000 personnes étaient en pré-retraite. La retraite à 60 ans a été mise en place en 1983 et concernait environ 300.000 personnes par an. Après 5 années du seul fait des départs en retraite des papy-boomers, plus d'un million de salariés étaient devenus inactifs. Au total ces mesures auraient « dû » entraîner une baisse de plus d'un million de chômeurs. Mais ces trois séismes ne se voient absolument pas sur les courbes du chômage : de 1982 à 2013, le chômage a progressé de 6,9 à plus de 9,6 %.

Taux de chômage en France métropolitaine

Ces trois « méthodes » employées pour faire baisser le chômage traitaient des « seniors », mais les emplois aidés en direction des jeunes visaient le même objectif. L'INSEE en recense 17 sortes : emplois jeunes, TUC, Contrats Emplois Solidarités (CES), Contrats Initiative Emploi (CIE), Contrat d'Avenir… Leur nombre a évolué suivant les années mais se chiffre en centaines de milliers. Ils ont probablement permis de minimiser ponctuellement les chiffres du chômage, confirmant que la retraite précoce de centaines de milliers de jeunes seniors n'a eu aucun effet positif sur le taux de chômage.

Bon sens & Logique

L'idée que, sans ces retraites avancées, le taux de chômage aurait été encore plus catastrophique est défendable mais indémontrable. Reste le bon sens et la logique.

Au niveau d'une entreprise, ou dans la fonction publique, quand un salarié part en retraite, il est souvent remplacé. Directement ou après un jeu de taquin, un chômeur ou un nouvel entrant sur le marché du travail qui allait peut-être devenir chômeur reprend cet emploi. Résultat : un chômeur de moins.

Mais globalement, la collectivité se retrouve à payer un salarié en poste plus un retraité. Résultat, quand il s'agit non pas d'une seule personne mais de cent mille ou d'un million, les cotisations sociales ou les impôts augmentent pour payer cette seconde personne inactive. D'où, perte de compétitivité et augmentation du chômage.

Mieux vaut payer un retraité qu'un chômeur ? Mais le retraité coûte beaucoup plus cher qu'un chômeur, et surtout, la dynamique est du côté du chômeur qui a de fortes chances de retravailler alors que le retraité ne produit rien et ne produira plus rien cinq ans plus tôt que la normale (10 ans pour les pre-retraités). Une perte particulièrement pénalisante quand les personnes encouragées à partir en retraite appartiennent à des secteurs où existe une pénurie de main-d'œuvre.

Le bon sens (et les mathématiciens) proposent de vérifier le sérieux des hypothèses en les poussant à l'extrême : si la retraite à 60 ans était aussi bénéfique pour l'économie, pourquoi pas à 50, 40 … ? Absurde.

Conclusion

Réduire le nombre d'actifs a constamment échoué à réduire le taux de chômage. Cela ne prouve pas que l'augmenter y réussirait, mais cela vaut le coup d'essayer : 1) un pays ne peut pas s'enrichir en se privant d'une partie de ses ressources, et 2) les pays étrangers où l'âge légal de départ en retraite est plus élevé ont aussi moins de chômeurs.

Commentaires

  • Par Plegic • Posté le 08/04/2013 à 13:20 L'erreur c'est de croire que le travail est un gisement qu'il faudrait se partager alors que c'est un produit. Plus il est vendu cher et alourdi par des charges, moins vous en vendrez et moins vous aurez de travail.

    Est-ce si compliqué à comprendre ?
  • Par Michel ELISE • Posté le 08/04/2013 à 11:32 Bonjour, l'article et son argumentaire sont basés sur ce qui se fait en France, avec des départs anticipés (pré- retraite, avancement du départ "légal") souvent sans minoration de la retraite ; donc augmentation de la charge pour les actifs .

    J'ai lu avec intérêt la critique de Frédéric BOURRIER, qui en fait se base sur le système de calcul des Hollandais (qui mériterait d'être détaillé); mais si j'ai bien compris, il se calcul comme un VIAGER, et de ce fait, la charge pour les actifs n'est pas liée à l'âge du départ en retraite (sous réserve que les prévisions d'espérance de vie se vérifient); on notera au passage qu'il critique notre système par répartition qu'il qualifie de pyramidal; pour ma part, je considère en plus qu'au départ, il a fonctionné comme une gigantesque escroquerie, puisqu'il n'y avait pas de retraites a verser !

    Un système par répartition n'est adapté qu'au court terme (accidents, maladie ...) .
  • Par Frédéric BOURRIER • Posté le 02/04/2013 à 18:14 "Mais globalement, la collectivité se retrouve à payer un salarié en

    poste plus un retraité. Résultat, quand il s’agit non pas d’une seule

    personne mais de cent mille ou d’un million, les cotisations sociales ou

    les impôts augmentent pour payer cette seconde personne inactive. D’où,

    perte de compétitivité et augmentation du chômage."
    Cela ne fonctionne pas ainsi. Cette vision est ultra simpliste.
    Lorsqu’une personne part en retraite à un âge avancé, disons 55 ans

    pour l’exemple, la collectivité ne peut et ne doit en aucun cas lui

    verser une pension équivalente à ce qu’elle aurait eu si elle avait

    cotisé jusque 62 ans. Le calcul est fait sur l’espérance de vie

    restante. Si bien qu’une personne qui quitte à 55 ans perçoit beaucoup

    moins.

    Elle doit même recevoir globalement la même somme étalée (81-62) sur

    19 ans que sur (81-55) que sur 26 ans.

    Les personnes soumises à cette option doivent absolument être

    volontaires.

    C’est le système hollandais TUV qui a considérablement fait baisser le

    chomage dans les années 80 (de 11% à 5%).
    Exemple, si je pars à 62 ans, les calculateurs m’indiquent que je

    toucherais 1600 mensuels. Est-ce que j’opte pour partir à 55 ans avec

    1000 ?

    Cette possibilité doit être ouverte aux personnes qui en font le choix.
    Est-ce que cela réduit le chomage. Oui, l’emploi ainsi libéré c’est

    un demandeur d’emploi en moins et un cotisant supplémentaire. 1000 euro

    d’alloc chomage en moins pour la collectivité, 300 de cotisations

    retraites en plus (part salarié+ part patronale) contre 1000 de pension.

    C’est 300 en positif. Maissurtout des chomeurs en moins, cela n’a pas

    de prix.
    Mais surtout, et ce que vous n’avez pas mesuré, c’est l’impact sur

    la consommation. Le chomeur qui retrouve un emploi va dépenser, acheter un

    logement ou une voiture. Le retraité ne dépense pas, pire il épargne, il

    ne consomme presque plus.
    En l’absence de croissance (et rassurez vous, il n’y aura plus jamais

    de croissance), vous êtes obligés de partager un minimum les emplois afin

    d’assurer la solidarité et le renouvellement générationnel sur les

    postes de travail.
    Je pourrais vous démontrer encore mille choses sur cette option, en

    particulier l’articulation intéressante qu’il y a entre l’AAH et le

    RSA et cette option.
    L’approche doit être systémique. Le chomage et les retraites sont

    liés dans un système sans croissance.
    Il faut ouvrir toutes les options possibles en matière de retraite. Il

    existe énormément de solutions autres que celles avancées aujourd’hui.

    (en Hollande, il y a 5 systèmes).
    Votre discours conduit à avoir en France 22% de chomage chez les jeunes

    (bien plus en vérité cf AAH,RSA, travail partiel non comptabilisés).
    Je suis prêt à échanger car j’aimerais que les options soient analysées dans toutes leurs

    conséquences et de façon systémique plutôt que par le seul angle de

    celui d’une caisse de retraites déficiatire ou d’un système par

    répartition (basé sur le dangereux concept de pyramide).
    Les hollandais, l’ont fait, ils ont le meilleur système de retraite du

    monde et un faible taux de chomage.

    (Ils reversent + de 100% du dernier salaire).

    Ne nous trompons pas de logique : l’enjeu c’est de faire baisser le

    chomage, pas d’équilibrer les retraites.
  • Par Philippe François • Posté le 30/03/2013 à 11:32 Les deux propositions (avancer ou reculer l'âge de la retraite) semblent en effet symétriques, mais il existe une grosse différence entre les deux : c'est la capacité à travailler après un certain âge qui rend absurde l'idée que la majorité des Français travaillent à 80 ou 90 ans. En Allemagne, ils ont prévu un recul de l'âge de la retraite à 67 ans, sans doute 70 ans à plus long terme pour une majorité de personnes en ayant la capacité.

    Si les progrès de la médecine annoncés se réalisent, il est en effet probable que de plus en plus de personnes travailleront jusqu'à cet âge-là (70 ans), tout en ayant une espérance de vie à la retraite supérieure à celle que nos parents ou grands-parents avaient en 1950. En 1946 l'espérance de vie à 60 ans était de 16 ans; elle est de 24 ans en 2012. Les salariés partaient alors à 65 ans. On a gagné 8 années depuis, et cela continue, et baissé l'âge de départ en retraite de 5 ans. Au total 13 ans de plus en retraite. Est-ce tenable pour les actifs ? Est-ce souhaitable pour les retraités ?

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