Fonction publique et administration

Nomination de Cécile Fontaine à la Cour des comptes

Mérite vs. ancienneté ?

22 septembre 2011 • Philippe François

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Cécile Fontaine était récemment encore collaboratrice du Président de la République après avoir occupé plusieurs autres postes dans l'administration. Sa nomination comme Conseiller maître à la Cour des comptes "indigne" les magistrats de la Cour. Le mot est fort et les arguments qu'ils avancent donnent une image éloquente de l'esprit qui règne dans la haute fonction publique française.

« Pour le président de l'association des magistrats de la Cour, Jean-Luc Lebuy, c'est bien le grade auquel est nommée Cécile Fontaine qui suscite l'indignation des magistrats. En clair, si la conseillère du chef de l'État n'avait été nommée “que” conseiller référendaire, le grade inférieur, cette nomination au tour extérieur n'aurait pas soulevé de vagues, mais là… Sortie en 1998 de l'ENA, Cécile Fontaine va croiser dans les couloirs de la Rue Cambon d'anciens collègues de promotion qui, eux, doivent attendre encore au moins trois ans pour devenir conseiller maître. » [Extrait de l'article d'Acteurs publics]

Tout dans ce raisonnement est affligeant, y compris la mention de conseillers référendaires qui ne doivent pas être flattés d'être présentés comme « attendant » trois ans pour devenir conseiller maître.

Madame Fontaine a 40 ans, juste l'âge requis pour pouvoir légalement être nommée à ce titre. Voilà sa faute. Pas de critique sur sa compétence, son talent ou sa motivation. Mais dans l'administration française, et dans le secteur public en général, même les meilleurs doivent progresser suivant des règles bureaucratiques précises, les mêmes pour tout le monde, ou presque. Cela évite les jalousies entre collègues, et aux dirigeants de devoir faire preuve de courage pour faire des choix. Les généraux de Napoléon avaient 30 ans. Schubert est mort à 31 ans. Kennedy a été élu Président à 43 ans. Sergey Brin et Larry Page, fondateurs de Google, ont 32 ans en 2011. Pas le savoir ! Et la limite d'âge pour être élu Sénateur vient d'être abaissée à 24 ans.

Dans toutes les entreprises, les salariés à haut potentiel sont soigneusement repérés, formés et rapidement promus. Et il est très courant que des ouvriers, techniciens, vendeurs, ingénieurs soient dirigés par des personnes plus jeunes issues des mêmes formations qu'eux. Dans tous les domaines, ce sont ces personnes qui peuvent faire bouger les organisations et entraîner les autres. C'est bien le problème dans l'administration, les leaders potentiels sont découragés.

Cécile Fontaine semble pourtant avoir le parcours idéal : HEC, SciencesPo, ENA. On attend les réactions des magistrats de la Cour quand un jeune et brillant entrepreneur avec seulement le baccalauréat sera nommé Conseiller maître.

Commentaires

  • Par Philippe François • Posté le 24/09/2011 à 07:16 Le but de la Fondation est de proposer des réformes qui conduisent à une forte réduction du taux de chômage et à la réduction du déficit et de la dette de notre pays. Un des moyens est de redynamiser le secteur public (les trois fonctions publiques, SNCF, EDF, RATP ...) qui pèse très lourd en France et ne fournit pas un service correspondant à son coût. Et en plus, il est organisé de telle manière que ses propres salariés sont en moyenne anormalement désabusés et démotivés. Travailler à corriger ces problèmes correspond bien à être "d'utilité publique".

    Sur le fond, nous pensons en effet qu'une gestion des carrières où les promotions et les salaires sont réglées de façon bureaucratique est désatreuse pour les intéressés et pour le pays. Les réactions au cas que nous avons cité nous ont semblé une caricature d'autant plus intéressante qu'elles émanent de hauts fonctionnaires .
  • Par Professeur des universités • Posté le 24/09/2011 à 07:16 C'est un peu fort qu'un organisme privé dont la seule fin réelle est de détruire le statut de fonctionnaire soit déclaré d'utilité publique.... Je vous lis depuis assez longtemps pour tirer cette conclusion.
  • Par XB • Posté le 23/09/2011 à 09:34 Eh oui c'est comme ça dans toutes les administrations , corps d’État, Entreprise publique et Nationalisées.
    Ils ont tous un plan de carrière bien établi , qu'ils soient compétents ou incompétents , c'est du pareil au même et de ce système on en crève de ces vieux ronds ce cuir mollassons et sclérosés, qui ne pensent uniquement qu'à leurs intérêts.

    Pauvre France
  • Par Philippe François • Posté le 22/09/2011 à 17:35 L'évaluation du mérite, ou plutôt des résultats, comporte évidemment une part de subjectivité qui ne peut être réduite que par la multiplicité des évaluateurs à un moment donné et dans le temps, et par des méthodes éprouvées. Dans le monde de l'enseignement par exemple, il faut croire que cette évaluation est faisable puisque les professeurs parents d'élèves insistent toujours pour que leurs propres enfants soient mis dans les classes des enseignants qu'ils estiment les meilleurs. Quand, année après année, les élèves qui sortent de la classe d'un professeur sont en moyenne meilleurs ou plus mauvais que les autres, cela finit par avoir un sens. Le proviseur est au courant de ces différences et y ajoute la performance du professeur vis-à-vis de ses collègues, des parents, son implication dans la vie de l'école et son taux d'absentéisme. Bien sûr l'évaluation actuelle des enseignants par des inspecteurs qui "passent" une heure dans une classe toutes les x années est le contraire d'un système d'évaluation intelligent.

    Quelle que soit la nature du travail, je n'en imagine pas un tellement simple que tout le monde le ferait de la même façon.

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