Europe et international

Statistiques des emplois mini-jobs en Allemagne

15 octobre 2012 • Hannes Gall

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Le « mini-job » (ou minijob) est un type de contrat de travail en Allemagne qui fait l'objet de nombreux débats. Accusés de remettre en cause la protection sociale et la notion d'égalité dans la société, les mini-jobs sont pourtant un concept innovant qui a fait ses preuves sur le marché de l'emploi.

Le mini-job, définition

Techniquement, le mini-job est un contrat à salaire modéré qui s'inscrit dans un contexte d'absence de salaire minimum. La rémunération d'un mini-job ne dépasse pas 400 euros par mois quelle que soit la forme légale du contrat, à temps plein ou temps partiel, à durée déterminée ou indéterminée. Le salarié ne paye pas d'impôts pour l'assurance retraite, ni pour l'assurance maladie. Il ne cotise donc pas pour sa retraite – ce qui est comparable à la situation des stagiaires en France. L'employeur doit verser 13% pour l'assurance maladie et 15% pour l'assurance retraite au centre d'administration des mini-jobs, en plus des 400 euros payés au salarié.

Un mini-job peut être exercé en toute situation. Certaines personnes n'ont qu'un seul mini-job, rémunéré 400 euro, et reçoivent en plus une allocation chômage appelée « Hartz IV ». D'autres travaillent en mini-job à côté de leurs études, ou en complément de leur retraite.

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Composition des mini-jobbers en Allemagne

Source : Bundesagentur für Arbeit (Arbeitsmarkt in Zahlen – Beschäftigungsstatistik, März 2012) – mise en forme Fondation iFRAP.

En mars 2012, près de 7,29 millions de personnes bénéficiaient d'un contrat à salaire modéré (« mini-job »). Parmi eux, seuls 4,76 millions n'avaient pas d'autre salaire que ce mini-job. Près d'un million de jeunes vivent avec ce revenu, qui est généralement majoré de l'allocation « Hartz IV » de 375 euros. Une des principales critiques faites aux mini-jobs allemands est de créer des emplois au prix d'une augmentation de la pauvreté.

La réforme Hartz pour l'emploi

Les mini-jobs font partie d'une réforme du marché du travail en Allemagne qui trouve sa source dans les réformes de l'ancien directeur des ressources humaines de Volkswagen, Peter Hartz. Avec l'ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, Peter Hartz proposa la réforme d'incitation au travail la plus radicale en Europe continentale : une réforme du style « workfare » qui promeut l'accès à un emploi direct plutôt que l'intégration progressive des chômeurs ou inactifs en âge de travailler par l'éducation et la formation. Le Danemark était, dans les années 1990, le pays précurseur du système « learnfare » et dépensait dans les politiques actives de retour à l'emploi, une part plus importante de son PIB que tout autre pays européen. A l'inverse, c'est la Grande-Bretagne qui dépensait le moins pour son système « workfare ».

Comparaison RSA - Hartz IV

Si ce modèle Hartz IV, qui inclut toutes les personnes aptes à travailler plus de 3 heures par jour dans le marché actif, était révolutionnaire en 2003, son équivalent français, le RSA ou Revenu de Solidarité Active (socle et activité), avait la malchance d'arriver en même temps que la crise financière internationale. Le RSA, qui a remplacé le Revenu Minimum d'Insertion (RMI) et l'Allocation Parent Isolé (API), n'avait pas la même envergure que les réformes « Hartz », avec aujourd'hui moins de 2 millions de bénéficiaires en France contre plus de 6 millions outre-Rhin.

Seulement un tiers des bénéficiaires en Allemagne sont au chômage ; les autres reçoivent « Hartz IV » sous forme de prime. Cette allocation (majorée des allocations logement mais excluant les allocations famille) coûte plus de 40 milliards d'euros à l'État allemand, soit environ 1,32% du PIB. Elle permet cependant à un plus grand nombre de gens de rester dans l'emploi. Ces 40 milliards sont à comparer avec les 10 millions que coûte le RSA, tout en sachant que le RSA ne comprend pas d'allocation logement.

Deux tiers des bénéficiaires de Hartz IV entrent dans la catégorie des employés dans le calcul du taux de chômage. Cette mesure a permis à l'Allemagne de réduire son taux de chômage, de le maintenir relativement stable durant la crise financière et de faire baisser son nombre d'inactifs en âge de travailler, mais aux dépens d'une augmentation de la précarité.

En France, moins de 700.000 personnes salariées bénéficient du RSA activité, qui lui-même se divise en RSA socle majoré de l'activité ou activité seul. Seulement 205.000 personnes bénéficient du RSA socle et du RSA activité en même temps, donc en cas de faibles revenus d'activité (en dessous de 466,99 euros pour une personne seule par exemple en temps partiel, ce qui se rapproche du mini-job allemand). A situation comparable, on a donc plus de 4 millions de bénéficiaires d'une prime à l'emploi en Allemagne et moins de 700.000 bénéficiaires d'une prime en France.


Taux d'inactifs

Source : Eurostats, diagramme établi par l'auteur. Par « inactifs », on entend : Population 15-64 ans - population active = population inactive de 15-64 ans.

Les montants des allocations RSA et « Hartz IV » ne se différencient pas de manière considérable, si l'on ne prend pas en compte les versements d'autres allocations. Guillaume Allègre, économiste à l'OFCE, soulève cependant un effet de versement entre la France et l'Allemagne qui apporte un élément important au débat sur la pauvreté et sur les mini-jobs : d'après ses recherches, les fortes inégalités salariales entre la France et l'Allemagne sont rapprochées jusqu'à être égalisées après versement des allocations et déduction de taxes.

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Coefficient de Gini des travailleurs en France et en Allemagne

Source : EU-SILC 2010, calculs de Guillaume Allègre, présenté lors du colloque « Activation de la Protection Sociale : Comparaison Européenne » qui a eu lieu les 27 et 28 septembre 2012 dans la Maison Heinrich-Heine, Cité Internationale Universitaire de Paris (organisé par CIRAC)

Prenons comme indicateur le coefficient de Gini [1]. Sur le graphique ci-dessus, revenus salariaux et revenus non-salariaux individuels se trouvent avant la barre verticale marquant la mise en commun de ces revenus. Puis sont ajoutées les allocations par ménage et sont déduits les impôts par ménage. Une diminution du GINI de 12,7 points en Allemagne et de 8,5 points en France entre revenus bruts et niveau de vie, revient à dire que l'État allemand et l'économie allemande profitent du marché du travail libéralisé depuis la fameuse réforme du couple Schröder/Hartz, grâce notamment aux salaires sous le seuil de pauvreté, mais que la mise en commun des ressources dans les ménages crée un système de redistribution plus favorable en Allemagne. Ce diagramme n'indique néanmoins rien sur l'inégalité des chômeurs et surtout, masque les inégalités hommes/femmes.

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Composition des mini-jobbers sans autre revenu salarié en Allemagne

Source : DESTATIS, mise en forme : Fondation iFRAP

En Allemagne, la libéralisation du marché du travail s'est faite au détriment du bas salaire individuel et des parents isolés, mais n'a pas affecté la famille sans enfant, avec un ou avec deux enfants, grâce aux allocations. En effet, les statistiques de l'Union européenne sur le revenu et le niveau de vie (EU-SILC) le montrent très clairement : le risque de pauvreté des travailleurs seuls allemands est de 14% et de près de 30% pour des parents isolés. Il l'est de 40% si on y inclut les chômeurs. Ces chiffres sont nettement inférieurs en France.

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Risque de pauvreté des travailleurs (INSEE) et des actifs

Source : EU-SILC 2010, calculs de Guillaume Allègre, présentés lors du colloque « Activation de la Protection Sociale : Comparaison Européenne » qui a eu lieu les 27 et 28 septembre 2012 dans la Maison Heinrich-Heine, Cité Internationale Universitaire de Paris (organisé par CIRAC)

Stages français = mini-jobs allemands ?

Une évaluation du secteur du bas salaire est difficile en France. Les contrats de travail précaires y sont en hausse en période de crise, de même que les stages qui sont pourtant légalement supposés ne pas se substituer à un véritable emploi. Il y a actuellement plus de deux millions de stagiaires en France, qui touchent un minimum (et souvent un maximum) de 436,05 euros par mois, et seulement si le stage dure plus de deux mois. 2 millions de stagiaires, c'est bien plus que le nombre de contrats mini-jobs pour les moins de 25 ans en Allemagne. Or les stages non rémunérés sont plus répandus en Allemagne qu'en France. Bas-salaires cachés en France ? On peut raisonnablement supposer que de plus en plus d'entreprises occupent de telles « niches » pour échapper au carcan du SMIC.

Conclusion

Le mini-job est un élément qui a apporté de la flexibilité dans le marché du travail allemand, et qui a aidé à faire baisser le taux d'inactifs et de chômeurs, malgré un coût annuel élevé pour l'État à cause de l'allocation « Hartz IV ». Le faible nombre de « mini-jobs » en France (hormis les temps partiels et stages) fait que le RSA activité n'atteint pas l'objectif de 1 à 1,5 million de demandeurs, mais seulement la moitié. Les incitations manquent des deux côtés en France : du côté de la demande d'emploi, certains bénéficiaires potentiels indiquent que le fait de remplir de nombreux papiers et d'être dépendant de l'État ne vaut pas les quelques euros de plus qu'ils gagneraient. Du côté de l'offre, le salaire minimum restreint la capacité d'employer.

[1] Le coefficient de Gini est une mesure du degré d'inégalité de la distribution des revenus dans une société donnée, développée par le statisticien italien Corrado Gini. Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1 (ou 100%), où 0 signifie l'égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1 signifie l'inégalité totale (une personne a tout le revenu, les autres n'ont rien). (Définition : wikipedia, 11 octobre 2012)

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