Société civile

Europe et international

Moderniser la diplomatie française

N° 149 • 18 septembre 2014 • Manon Meistermann

La volonté française de maintenir un réseau diplomatique universel avec des ambassades complètes partout dans le monde doit être dépassée puisque ce réseau nous coûte désormais trop cher à entretenir. Si, pour l'instant, le ministère parvient à rester dans son enveloppe budgétaire, il le fait « au détriment de postes essentiels à sa mission, en particulier, l'entretien et la maintenance de son parc immobilier à l'étranger » et par le retardement de la « mise à niveau » de nos dispositifs de sécurité qui traîne depuis 2007. 

Il faut donc accepter de mettre fin au mille-feuille diplomatique, trop coûteux, où la France compte désormais plus d'ambassadeurs que d'ambassades, où 60% des effectifs sont en poste en Europe et en Afrique du Nord et où les frais de fonctionnement se sont envolés ces dernières années jusqu'à atteindre 65% du budget du Quai d'Orsay. D'autant que rétablir la bonne santé budgétaire de notre diplomatie est un enjeu de sûreté nationale, alors que les opérations de maintien de la paix et les interventions militaires, non prévisibles et coûteuses, se multiplient. Et cette modernisation du réseau diplomatique est essentiellement une question de volonté politique. Le Livre blanc 2009 sur l'Action extérieure de la France soulevait les bonnes questions, mais aucune remise en cause du train de vie du Quai d'Orsay n'a été émise depuis. Des « orientations » ont bien été décidées sur la politique immobilière et des « réflexions » menées sur la nature de la mission des ambassades et des ambassadeurs, mais il est temps de définir une véritable stratégie globale de redéfinition de notre réseau.

Les propositions de la Fondation iFRAP :

  • Mettre fin au principe d'universalité du réseau diplomatique et fermer 10 ambassades (principalement en Europe et en Afrique) et 30 postes consulaires ;
  • Réduire d'un tiers la masse salariale du Quai d'Orsay en se rapprochant du modèle britannique et en augmentant le nombre d'agents locaux à 60% des effectifs en place à l'étranger. Supprimer les ambassadeurs thématiques et le Conseil des Affaires étrangères ;
  • Réformer la politique immobilière du ministère en l'intégrant dans France Domaine ;
  • Revoir les critères déterminants de la présence française et de l'affectation des agents dans le monde : critères économiques, balance commerciale, nombre de ressortissants, stratégie future ;
  • Externaliser de façon plus importante, le traitement d'une partie des tâches consulaires et réduire l'éventail de leurs missions.

 

 

Commentaires

  • Par PhG • Posté le 29/09/2014 à 10:13 Oui, l'appareil diplomatique français est à la fois pléthorique et inadapté à situation géopolitique présente. A se demander s'il n'est pas souvent dans la tradition du Congrès de Vienne, même s'il donne un poids prépondérant aux ex-colonies africaines.

    Une part plus importante devrait certainement être donnée aux pays qui prennent un poids économique nouveau et même souvent stratégique, Afrique du Sud par exemple en Afrique, et surtout à l'Asie, Chine et Japon bien sûr, mais aussi Corée, du Sud faute de pouvoir parler à la Corée du Nord, VIetnam, Indonésie, sans compter l'Inde, ou la Birmanie. Je n'oublie pas les pays d'Amérique du Sud que j'ai plus de mal à situer dans l'nsemble.

    Mais surtout, même si L. Fabius a semble-t-il commencé à parler de réorientation, il est indispensable de faire comprendre à nos diplomates que parler commerce, échanges.... n'est pas déchoir, mais est devenu essentiel pour notre pays.

    Les diplomates de Sa Majesté ont toujours mis l'économie au premier rang de leurs travaux et cela continue de leur valoir une influence majeure dans le monde, et ce au service de la Grande Bretagne. Nous ferions bien de nous en inspirer.

    Mais ce n'est pas probablement assez noble dans la tradition du Quai d'Orsay que de donner un poids majeur aux préocupations "mercantiles". En témoigne le niveau souvent limité de nos attachés commerciaux (pour être juste à quelques exceptions brillantes près).

    Votre analyse est excellente, ainsi que vos suggestions de réduction des dépenses, mais j'aurais aimé y lire une demande de changement d'esprit.
    Il conviendrait de se situer aussi par rapport à l'appareil diplomatique américain, mais c'est un tout autre sujet.
    PhG
  • Par christian collet • Posté le 19/09/2014 à 12:32 Nous sommes bien là au coeur du sujet prioritaire, à savoir la remise à plat de l'appareil d Etat, de son périmètre, de ses missions et de son organisation. Continuez de le marteler. Merci
    Bien cordialement
  • Par Philippe GALTEAU • Posté le 19/09/2014 à 09:03 Nous avons un réseau diplomatique d'au moins 20 % supérieur au Royaume Uni. Qui peut dire que les Britanniques soient moins efficaces que nous? Et spécialement dans le domaine économique qui set la première mission de leurs Ambassades.
  • Par guigui • Posté le 19/09/2014 à 00:45 Vous oubliez un détail : le fait que la France ait le 2° réseau de représentation internationale (ambassades, consulats..) est peut-être le prix à payer pour le rayonnement de la France.