Europe et international

L'euro, la dette et la France

Sortir de l'euro n'est pas la question

22 décembre 2010 • Bertrand Nouel

arton11888.jpg

Le thème de la sortie de l'euro pour certains pays, France comprise, voire de sa disparition pure et simple, commence à être médiatisé et faire l'objet de débats où l'euro fait (trop) souvent figure, avec accents populistes, de bouc émissaire des problèmes que rencontrent les membres de l'UE, comme la crise des dettes publiques. C'est un fait entendu, l'euro est en difficulté et la marche de l'Europe vers l'Union Monétaire a probablement été trop rapide compte tenu des différences subsistant entre la situation financière des pays qui y ont adhéré. Mais n'oublions pas que l'introduction de l'euro s'accompagnait du respect des critères de Maastricht (déficit annuel non supérieur à 3% du PIB, et dette totale non supérieure à 60% de ce PIB). Or de nombreux pays, dont la France, n'ont pas respecté ces critères, même indépendamment de la crise (le déficit dit structurel). Si ce déficit structurel était resté dans les limites permises, nous n'en serions pas là actuellement. Et pour sortir de cette crise, il faudra en revenir au respect des fameux critères budgétaires.

Aucun observateur sérieux ne met en doute les bienfaits que nous apporte la stabilité monétaire, même si cette stabilité n'est pas le remède à la crise. Surtout, c'est une erreur d'affirmer que, au lieu d'être un remède, l'euro aurait une part de responsabilité dans les désordres que nous rencontrons. L'euro n'est aucunement responsable de la dérive des finances américaines, de la crise des subprimes et des bulles qui éclatent les unes après les autres. Quant à incriminer la trop forte valeur de la devise et à en faire la cause des délocalisations, ce qui mine avant tout la compétitivité européenne n'est autre que la scandaleuse sous-évaluation du yuan chinois par rapport au dollar et donc à l'euro. Ce qui n'est pas une raison valable pour renoncer à une monnaie ! Dans un cadre mondial, en quoi d'ailleurs l'absence de l'euro aurait-elle changé quoi que ce soit aux délocalisations dans les pays de l'Est (qui auraient conservé leur monnaie très faible) ou du Maghreb par exemple ? – sauf à remettre en question la libéralisation des échanges mondiaux, comme l'a préconisé Maurice Allais, mais c'est un autre problème.

La décision qui vient d'être prise de concert, à l'initiative de l'Allemagne et de la France, de créer un fonds servant de mécanisme de sauvetage des États incapables de faire face à leurs dettes, est clairement un pari. Comme tout pari il peut échouer, notamment parce qu'il constitue un changement majeur des règles européennes en prévoyant ce mécanisme, jusqu'à présent interdit par le Traité européen, en contrepartie d'une contrainte budgétaire imposée aux pays membres. Mais c'est un pari pour éviter le pire, qui serait l'éclatement de l'union monétaire.

Pas plus en effet que l'euro n'est responsable de la crise, sa disparition n'en serait la solution. Car, non seulement la sortie de l'euro s'accompagnerait de catastrophes économiques, avec en particulier une chute considérable du PIB des pays européens, mais surtout le problème de la dette publique n'en serait pas réglé pour autant, mais au contraire aggravé.

Les Français ne paraissent plus actuellement mettre au premier rang de leurs préoccupations la réduction des déficits. Et pourtant la dette reste bien le problème numéro un qui risque d'emporter beaucoup de revendications sur son passage. Les économistes semblent s'accorder sur le fait que, euro ou pas, peu de pays européens pourront faire face à leurs obligations à l'égard de leurs prêteurs. Au-delà d'une dette cumulée de 90% du PIB, les économistes nous disent que la situation n'est pas tenable et que la montée des taux d'intérêt contraint les Etats à la banqueroute. Or la France est d'ores et déjà près de cette limite, et même l'Allemagne n'en est pas très loin avec un ratio de 75%.

Dans ces conditions, beaucoup voient dans la restructuration de la dette la solution la plus probable et la plus raisonnable. Qui dit restructuration dit perte pour les prêteurs d'une partie de leurs créances. Cela n'a rien de réjouissant pour personne, et en particulier pour les Français, car la dette souveraine est détenue pour environ la moitié en interne, par les banques et surtout par les compagnies d'assurances françaises. L'assurance-vie étant le placement préféré des Français, les rentiers risquent d'être concernés par les sacrifices… Mais bien entendu, cette même perte s'appliquerait aussi aux prêteurs étrangers. Les grands prêteurs potentiels que sont les Chinois l'ont bien compris, qui montrent beaucoup plus d'empressement à acquérir des actifs immobiliers que des créances sur les États.

Il est très loin d'être acquis que le plan de sauvetage des pays en danger réussira et qu'il évitera une restructuration douloureuse de la dette souveraine pour ces pays, voire pour tous les pays de la zone euro et au-delà. Mais ce qui est certain, c'est qu'en tout état de cause la sortie de l'euro ne résoudrait aucun problème et se traduirait notamment par une augmentation de la dette publique, désormais libellée dans une monnaie dévaluée et restructurée dans des conditions inconnues. Si restructuration il doit y avoir, on peut légitimement espérer qu'elle intervienne dans des conditions meilleures si l'union monétaire subsiste que dans le cas contraire. Au total, la question primordiale n'est pas de savoir si l'euro survivra ou non, mais comment se placer avec les moins mauvaises chances, et les sacrifices les moins douloureux, dans le cadre de la négociation internationale. La sortie de l'euro signifierait nécessairement l'affaiblissement des pays qui composent l'UE – à supposer que l'UE elle-même subsiste.

Et tout cela nous ramène au souci essentiel de l'assainissement des finances publiques, qui est la seule chance d'échapper à la douloureuse restructuration de la dette dont les Français seraient les premiers à faire les frais. Même les dévaluations, dans lesquelles les tenants d'une sortie de l'euro mettent leurs espoirs, ne fonctionnent que si elles sont suivies par un tel assainissement. Autrement dit, plus que jamais s'impose de s'atteler à la réduction de la dépense publique.

Afin de réduire les dépenses publiques, voici quelques règles de bonne gestion que propose la Fondation iFRAP :

Actions à court terme :

- Gel des salaires des fonctionnaires (y compris européens)

- Gel de tous les salaires payés sur fonds publics

- Gel des embauches dans les trois fonctions publiques

- Coupes dans les subventions publiques

Actions à moyen terme :

- Pas plus de 15% d'emplois publics par pays

- Ouverture à la concurrence de l'Assurance maladie obligatoire

- Passage sous statut de droit privé pour tous les emplois publics dans les fonctions non régaliennes de l'Etat

- Réforme des retraites avec un système unique et égal pour tous

- Désengagement de l'Etat des entreprises telles que La Poste, EDF, SNCF, RATP,…

- Instauration d'un maximum de prestations sociales pouvant être perçues par mois et par foyer fiscal

Commentaires

  • Par PR Callens • Posté le 06/01/2011 à 23:20 Vos mesures ignorent la première des choses quand on veut corriger des erreurs ou économiser, c'est d'assurer la transparence. Pour corriger il faut d'abord mesurer. Nos comptabilités sont tellement opaques que meme les dirigeants publics ne savent pas où passe l'argent : salaires des fonctionnaires, transferts de fonds d'une entité à une autre, bilan opérationnel et patrimonial des entités de l'Etat et ds collectivités territoriales, nombre de salariés dans le public, etc...

    Un ministre ne sait même pas combien les membres de son cabinet touchent, quelle est leur retaite, ce que coîtent les bâtiments... C'est la grande inconnue du domaine public.

    Faisons d'abord remplir aux entités publiques les memes obligations légales comptables du privé (compte d'exploitation, bilan patrimonial, bilan social avec une signature de queques responsables et d'un commissaire au comptes.

    Ce ne serait pas bien coûteux et donnerait du travail à quelques comptables et gestionnaires au chômage et à de brillants énarques. Les journaux auraient du grain à moudre, plutôt que de passer leur temps à s'abattre en masse sur les mêmes faits politiques divers comme les étourneaux et leurs prédictions pessimistes et souvent de mauvaise intention.

    On découvrirait peut-être des fuites abyssales dans le budget de l'Etat et des collectivités, dans celui des comptes sociaux (transferts massifs à l'étranger, fraudes pas du tout mesquines projets inutiles, ....)

    La transparence pour moi est une "arme" comme la mesure en est une en recherche de qualité. On ne corrige pas ce que l'on connait si mal. Si je ne me suis pas fait comprendre dîtes le moi. On ferait aussi des économies de nombreuses recherches et inspecteurs des finances qui passent leur temps à rechercher ce que par ailleurs l'administration cache en toute conformité avec la loi. Il s'agit là de changer de paradigmes.

    PR Callens callenspr@aol.com
  • Par Thierry FOURGEAUD • Posté le 30/12/2010 à 17:28 L'Eurore a été créée en dépit du bon sens...! Tout comme l'euro...!
    Cette monnaie ne connaîtrait pas les problèmes actuels si une analyse

    objective avait été réalisée en amont, lors de la création de l'Europe,

    savoir:
    1- Aucun état membre ne peut afficher un déficit budgétaire; à défaut,

    L'EUROPE NE POURRA VOIR LE JOUR.
    2- Il aurait fallu "inscrire dans le marbre" cette obligation fondamentale.

    Du fait de ladite obligation, chaque état devait comprendre que seules une

    gestion rigoureuse et la concurrence fiscale devaient s'imposer; à chaque

    état de prélever une part - la plus basse possible - sur leur secteur privé,

    afin de rester compétitf vis à vis de ses concurrents; les règles sociales

    suivent naturellement.
    Au lieu de metre en place, préalablement à toute avancée, ces principes, qui

    auraient permis d'éviter la crise actuelle de l'euro, nos technocrates et

    hommes politiques ont conçu une usine à gaz "fédéraliste" où il s'est avéré

    possible de faire n'importe quoi, le tout dans le cadre de structures

    collectivistes dignes de l'ex-URSS ..!
    Ces "génies" ont oublié la barrière des LANGUES, ce qui nous interdisait

    déjà, à l'évidence, d'imiter les Américains..!
    Les conséquences:
    - Presque tous les états membres ont emprunté en euro au maximum; la règle

    consistait à vivre au dessus de ses moyens...! sans que personne ne s'en

    inquiète...???!
    Nous avons vu le résultat; tous les états faisant partie de l'Europe et

    utilisant l'euro sont, à l'exception de l'Allemagne, en faillite, compte

    tenu de leur gestion catastrophique des finances publiques.
    Concernant l'Allemagne, il faut être prudent car des prêts bancaires très

    importants ont été consentis à certains autres pays Européens.

    Comment ces pays pourront-ils rembourser....???
    La situation actuelle globale ne peut, à mon sens, être redressée car le mal

    est trop profond et les décisions absurdes, qui sont en train d'être

    décidées, vont AGGRAVER le phénomène.
    Aucune mesure de soutien, tous les plans envisagés discutés actuellement par

    la BCE (fonds de stabilisation en tout genre) sont voués à l'échec car ils

    reposent sur une fuite en avant des dépenses basées sur la création d'argent

    virtuel qui n'existe pas...! pourquoi imiter la FED....???
    Une dévaluation de l'euro en l'état, ne semble pas possible puisqu'elle

    s'appliquerait à chaque Pays, sans tenir compte des vertueux et des

    autres....!
    Dès lors, il resterait à organiser au plus vite la sortie de l'euro pour la

    totalité des états concernés.
    Les conséquences:
    1- chaque état devra reprendre sa monnaie d'origine, négociera avec ses

    créanciers, et dévaluera celle-ci massivement, en fonction de l'importance

    de ses déficits et de sa mauvaise gestion et sera tenu d'imposer au minimum

    à ses banques des règles strictes qui restent à inventer d'urgence.
    2- Chaque Pays qui aura retrouvé sa liberté d'action se trouvera en

    concurrence directe avec les autres... état de fait sain sur le fond même si

    le niveau de vie de nombreuses populations sera, au départ, en chute

    libre..! (il faut bien réparer un jour et payer les erreurs de nos

    irresponsables).
    3- Celui qui gérera le mieux ses finances publiques retrouvera peu à peu la

    croissance en développant, grâce à son SECTEUR PRIVÉ, ses exportations

    (recherches, créativité, etc...)
    4- Le secteur privé retrouvera sa liberté de manœuvre - uniquement si les

    prélèvements obligatoires sont limités à 30 % de la richesse créée et cela

    DE MANIÈRE DÉFINITIVE- et pourra à nouveau investir en fonction de la

    confiance retrouvée.
    5- La création de valeurs tangibles permettra de retrouver la croissance,

    seul critère à considérer pour le bien être et le niveau de vie des

    populations.
    6- Le développement des échanges commerciaux entre les différents pays du

    monde pourra fonctionner à nouveau, dès l'instant où le secteur privé ne

    sera plus entravé par des réglementations INUTILES, IMBÉCILES et

    PARALYSANTES.
    A chaque Pays de démontrer qu'il peut être le meilleur ou le plus

    mauvais...!? seule une économie de marché libre, non entravée, peut mettre

    fin à tous les errements du passé et aux faillites....!
    Nos gouvernants étant ce qu'ils sont ....! de nombreux référendums seront

    éminament souhaitables pour les aider.... à éviter de recommencer les

    grosses bêtises.. à condition que les résultats soient pris en compte, ce

    qui n'a pas été le cas concernant l'Europe récemment .....!?? ( l'on a vu le

    résultat...)
    Les dirigeants de l'Europe ne sont pas obligés de copier les mêmes

    "crétineries" mises en place par M. BERNANCKE, Président de la FED, qui est

    en train d'emmener tranquillement le monde entier vers la catastrophe...! en

    faisant "tourner au maximum" la planche à billets....!
    Thierry FOURGEAUD

    Consultant
  • Par Bertrand Nouel • Posté le 26/12/2010 à 14:38 Merci pour analyse fouillée. Mais je me garderais bien d'asséner des certitudes...Il est trop tôt pour dire.

    Par exemple, l'économie américaine paraît actuellement rebondir sous l'effet d'une relance keynésienne. (N'oubliez pas non plus la sortie de la grande crise de 29 et le plan Marshall). Il est vrai que les US peuvent se permettre des déficits avec lesquels nous ne pouvons pas vivre en Europe. C'est un fait enrageant. Mais quel dynamisme quand même!
  • Par Jacques Morisot • Posté le 26/12/2010 à 14:38 Très intéressant. C'est LE sujet économique du moment.
    Les verrous ont sauté les uns derrière les autres et le scénario s’écrit logiquement.

    Mais s’écrit-il inéluctablement ?
    Au risque de me répéter, mais il me semble utile de reprendre l’enchaînement des causes et des effets depuis le début.
    En 2008 tout commence, les keynésiens l’emportent et convainquent les états de sauver les banques au cours de bourse (à peu de chose près) au prix d’un endettement gigantesque alors même que la situation de la plupart d’entre eux est déjà fortement dégradée. Mais à cette époque, l’évocation du « risque souverain » parait saugrenu. D’ailleurs qui en parle ? « Un état ne peut pas faire faillite. » semble être le mot d’ordre des hommes de raison. D’autre part, en période d’inflation nulle, l’augmentation de la masse monétaire ne prête pas à conséquence selon ces mêmes spécialistes (qui n’ont pas entièrement tort sur ce point, la situation pour le moment le montre).
    Existait-il un autre modus operandi libéral pour gérer la crise ? Je pense que oui, mais c’est un autre débat que celui qui nous intéresse ici.
    Cette décision de juguler la crise des « subprime » par absorption d’une dette privée par le secteur public est la décision cruciale qui constitue la faute originelle et enclenche un engrenage logique et destructeur.
    Une seconde faute est commise dans la foulée qui accroit les effets de la première : les états, sous l’impulsion du plan de relance américain, se lancent dans des opérations de stimulation de l’économie suicidaires, France en tête. On nous annonce chez nous 26 milliards d’euros et un ministère est créé pour dépenser le pactole alors que nous souffrons d'une dette explosive.

    Nicolas Sarkozy – qui nous fut vendu comme un libéral – se fend de déclarations extravagantes contre « le marché » devenu « fou » sans que cela ne suscite autre chose que l’approbation générale et un blanc seing pour dépenser sans compter. Les états, se substituant à l'économie privée et à l'économie de l'offre, vont nous sortir du pétrin.

    Pire que la bêtise insondable d’une telle politique est l’absence complète de réaction des économistes.

    Plus un seul économiste monétariste n’est en fait entendu depuis 2008. Ils n’ont plus aucun crédit. Tous sont keynésiens ou post marxistes (alter mondialistes).

    Evidemment les politiques de relance n’auront aucun effet. Jamais la moindre politique de relance (ou presque, ce point fait débat) n’a jamais fonctionné. Mais pendant ces mois de complète irresponsabilité, elles vont jouer une rôle majeur dans l'aggravation des comptes publics.
    Etape 2 : La Grèce, l’état le plus fragile, explose sous le poids de son endettement et est mis sous tutelle. La Grèce n’est plus en mesure de rembourser sa dette publique comme le constatent froidement les agences de notation. Elles sifflent en quelques sorte « la fin de récréation » et rappellent à nos dirigeants qu'une obligation est destinée à être remboursée quelque soit son émetteur. La note grecque dégradée, un cercle vicieux se met en œuvre l’obligeant à emprunter plus cher alors qu’elle est déjà asphyxiée. Un mécanisme de mutualisation de la dette grecque est décidé par l’union européenne (càd, dans les faits, la France, l’Allemagne et le Benelux) qui emprunte pour les grecs et lui prête à un taux préférentiel. Cela signifie que les états se font banquiers à la place de banquiers et ignorent la valeur du risque évaluée par le marché. Cela signifie aussi que l’union européenne se croit capable de faire face à un défaut de la Grèce. Est-ce la vérité ? Non, elle serait incapable d’absorber ce défaut.

    Néanmoins, à ce moment là, la notion de « risque souverain » fait son apparition. Les extravagances sont rangées au placard de l'incompétence et chacun parle désormais de rigueur budgétaire. Pour rire évidemment pour ce qui concerne la France dont le périmètre d'action de l'état demeure inchangé.
    L’euro chute brutalement comme un coup de semonce et il est sauvé par la double nouvelle de la création d’un fond/mécanisme européen d’une valeur nominale d’environ 700 milliards d’euros pour éviter la catastrophe grecque et la décision historique et providentielle pour les européens de la banque centrale américaine de racheter des titres obligataires sur le marché secondaire précipitant le Dollar (face à l’Euro) à la baisse.
    Etape 3 : l’Irlande saute à son tour quelques mois plus tard sous le poids de sa dette et bénéficie du même plan de sauvetage. Un second boulet accroché au pied de l’euro et de l’Europe.
    L’euro dévisse de nouveau mais lentement.
    Quel est l’état d’esprit des marchés et quels sont les faits ?
    L’état d’esprit. Les marchés évoluent au jour le jour : ils sont perdus. Une chose est sûre les investissements non productifs sont privilégiés (or, matière premières, immobilier) au détriment d’un autre placement non productif : la dette des états. Ainsi, il est maintenant admis par le marché lui même qu’un état majeur peut faire défaut.
    Les faits : la Grèce est incapable de rembourser la dette qu’elle emprunte à l’union européenne et l’Irlande a toutes les chances de se trouver dans la même situation. Cela signifie que les grands états devront consolider ces dettes pourries dans les leurs qui sont déjà très préoccupantes.

    Enfin il n’existe aucune raison que le Portugal ne saute pas à son tour. On peut aussi envisager raisonnablement la mort obligataire de l’Espagne.
    Théoriquement ce mécanisme – d’après les monétaristes - qui a consisté à ne jamais purger les actifs pourris mais à trouver des mécanismes d’emprunts additionnel et sans cesse plus importants et à recourir massivement à la création monétaire, n’est pas viable. Nos dirigeants nous ont engagés dans une inexorable processus qui porte un nom : la fuite en avant ou la « cavalerie » célèbre technique d'escroquerie.
    Il semble que deux scénarii soient envisageables dont le second est double :
    1 – Les états résorbent leurs déficits – je n’y crois pas. Ils sont, sauf les libéraux (comme l’Irlande ou l’Angleterre), rétifs au traitement de cheval qu’implique une telle politique. Et pour certains d’entre eux, un taux d’endettement devenu trop élevé – c'est-à-dire générant trop d’intérêts gonflant trop rapidement une dette qui génère des intérêt encore plus élevés selon un processus mécanique et exponentiel - annihile toute politique d’assainissement à moins de décapiter l’état lui-même.
    2 – Les états les plus faibles font défauts de manière définitive entrainant la France et l’Italie, maillons faibles européens parmi les grands états, dans leur sillage. Il existe alors deux possibilités : soit la dette est restructurée càd dépossédée de sa valeur pour partie et la pire récession de l’histoire européenne fauche les ménages qui possèdent tous ou presque des obligations d’état via leur placements monétaires et dont le pouvoir d’achat se trouvera détruit ou gravement réduit ; soit les emprunts d’états sont « monétisés » càd transformés en comptes à vue. Cette solution plus spectaculaire et inusuelle bien qu’elle risque de provoquer une tension inflationniste brutale et d’engendrer une récession, demeure sans doute la meilleure dans la mesure où les emprunts d’états sont déjà considérés comme les agrégats M2 et M3 de la masse monétaire. (Il n’existe pas de réelle différence pour un ménage entre un compte cash et un compte monétaire qui sert des intérêts restreints et dont les avoirs sont libérables en 24 heures. Leur fusion, plutôt que la disparition d’une fraction de la partie monétaire adoucirait le choc économique produit par la catastrophe finale si elle se produisait.)
    Une chute drastique de l’Euro apporterait néanmoins une bouffée d’oxygène pour l’industrie et placerait enfin la Chine à sa juste place.
    Nous payons le refus obsessionnel et keynésiens d’épurer le marché au plus vite.
    Le processus est en cours et nous verrons bien si un scénario logique s’écrit ou si les états demeurent insubmersibles. En matière économique, il faut rester modeste, nous pouvons déjà nous étonner et nous féliciter de l'étonnante résistance des états à ce jour alors que leur gestion est déplorable et leur valeur ajoutée en matière économique inexistante.
    Les théories des libéraux monétaristes et des keynésiens s’affrontent au travers de cette crise. Théoriquement une école devrait triompher sur l'autre tant elles s'opposent dans la compréhension des processus économiques.

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.