Europe et international

Les gros mensonges sur les riches créent du chômage

26 mai 2010 • Bernard Zimmern

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Une des tromperies les plus graves formulées par des irresponsables est de laisser croire, au nom de statistiques frelatées, que, dans les dernières années, les riches seraient plus riches et que leur richesse et leurs revenus élevés seraient de moins en moins justifiés. Alternatives Economiques dans son numéro 291 de mai 2010 écrit ainsi : « A l'évidence, ces revenus ne traduisent guère le mérite personnel des intéressés(…), c'est une richesse de lignée, favorisée par les incitations fiscales à la donation et par la récente réforme des droits de succession ».

Cette phrase laisse supposer que Nicolas Sarkozy comme président de le République aurait favorisé les « riches » en relevant le plafond des exemptions aux droits de succession. Mais ceci est faux car d'une part, la dernière réforme des droits de succession a été introduite par Nicolas Sarkozy ministre des finances en 2006, elle porte sur différentes simplifications du droit des successions permettant par exemple de léguer directement à ses petits-enfants, et elle n'a pas touché les taux. Quant aux taux existants, l'accusation implicite de favoriser les riches est ridicule : un ménage avec 2 enfants bénéficie en effet d'une exemption d'impôt sur un peu plus des premiers 300.000 euros ; cela favorise les classes moyennes, ceux qui ont un petit pavillon à léguer en banlieue, pas les riches pour lesquels 300.000 euros hors impôt comptent peu lorsque le legs porte sur plusieurs millions d'euros.

Quant à la « richesse de lignée », c'est-à-dire acquise par héritage, si l'auteur de l'article avait regardé l'annuaire des grandes fortunes américaines publié par Forbes, il y aurait découvert que beaucoup plus de la moitié des grandes fortunes sont de la « new money », c'est-à-dire que leurs bénéficiaires ont construit leur fortune de leur vivant, en partant souvent pauvres, en créant des produits, des entreprises ou des services qui n'existaient pas avant eux. A peine 40% sont de la « old money » acquise par héritage et d'ailleurs pour une bonne raison, c'est que ceux qui créent leur fortune cherchent à ne pas la léguer à leurs héritiers pour ne pas les pourrir et c'est l'une des grandes raisons pour lesquelles le mécénat est si répandu dans les pays anglo-saxons.

L'un des traits caractéristiques des pays d'Amérique du Nord est d'ailleurs que ce sont ces mêmes entrepreneurs qui ont réussi qui financent à leur tour les démarrages de plus jeunes entrepreneurs et c'est ce qui fait l'extraordinaire vitalité de l'économie américaine qui en trente ans a créé 53 millions d'emplois supplémentaires.

En France, grâce à des revues irresponsables comme Alternatives Économiques dont la lecture est quasi imposée aux jeunes, on apprend la jalousie, la lutte des classes, l'envie du riche sans expliquer que cette richesse n'est pas héritée mais le plus souvent créée et qu'elle entraîne avec elle la création de millions d'emplois.

Le poids de telles fadaises se mesure au fait que la France en 30 ans a créé à peine 1 million d'emplois marchands et est bonne dernière de tout l'espace européen et même occidental dans ces créations mais première en chômage. Merci, Alternatives Economiques, pour cette première place gagnée, grâce à vous, sur la misère de nos compatriotes.

Commentaires

  • Par • Posté le 01/06/2010 à 16:05 Mon court article « les gros mensonges sur les riches créent le chômage » a suscité de nombreuses réactions. Elles sont intéressantes et nous les publions car elles démontrent bien comment des esprits, qui, a priori, sont intelligents et se veulent impartiaux, ont été complètement déformés par une propagande véhiculée par des médias irresponsables.
    Plutôt que de répondre à chaque réaction individuellement, je préfère une seule réponse qui essaie de couvrir les principaux points soulevés dans ces réactions.
    1. Un interlocuteur préfère un pays, la France, où il y a une forte redistribution entre riches et pauvres. Mais sait-il que la redistribution entre riches et pauvres en France a fortement augmenté depuis l’an 2000 où elle se situait à 2,7% du PIB pour être autour de 4% alors que celle des USA était déjà en 2000 à 5% du PIB ?
    2. Sait-il aussi qu’une part très importante prélevée au nom de cette redistribution est consommée par ceux qui redistribuent, plus du quart semble-t-il. Le % comparable aux USA est de 5% (des prélèvements redistribués).
    3. En fait, l’essentiel de la redistribution ne se fait pas en France du riche au pauvre mais de l’ensemble de la population, notamment des classes moyennes, vers une nouvelle catégorie de riches, qui sont les fonctionnaires et régimes spéciaux. Ces transferts représentent plus de 10% du PIB.
    4. L’augmentation de l’écart entre riches et pauvres aux USA a été brandie par Piketty et Saez mais leurs chiffres sont biaisés car ils n’ont repris qu’une petite partie des transferts entre riches et pauvres. Et ils ont oublié de mentionner que les pauvres américains, pour plus des ¾, ne restent pas pauvres et deviennent riches ; car une très grande partie des pauvres sont des jeunes ou étudiants en début de carrière alors que les riches sont en grande partie les mêmes mais ayant accumulé le long de leur vie, grâce d’ailleurs moins par leur épargne que parce que ce qu’ils épargnent est investi dans l‘économie et a fructifié en moyenne autour de 9% par an sur la longue période.
    5. Une autre légende serait que la société française serait moins inégalitaire que l’américaine. Pour avoir tracé moi-même les courbes de distribution des revenus qui servent à calculer le Gini, elles se superposent au trait de crayon ; et les coefficients de Gini publiés par les instituts de statistique sont d’ailleurs extrêmement proches.
    6. Mais le thème des inégalités est un thème porteur au moment des élections, c’est même le seul thème de la gauche. Et ce serait très bien ainsi si à ceux qui redistribuent le gâteau, succédaient ceux qui le font grossir. Malheureusement, en France, depuis Pompidou, gauche ou droite ne parlent plus que de redistribution et plus grand monde ne s’occupe de faire grossir le gâteau.
    7. On en arrive au résultat que la principale inégalité, celle d’avoir ou non un emploi, n’a fait que s’aggraver. A force de redistribuer, puisqu’il faut bien prendre l’argent sur ceux qui produisent, on a fini par écraser le secteur productif et décourager ceux qui voudraient entreprendre. Et l’on a créé la pire des inégalités : celle entre ceux qui sont garantis d’un emploi et les autres. Non, le besoin de travail est le premier, encore beaucoup de nos concitoyens sont malheureux quand ils sont payés comme des parasites à ne rien faire.
    8. Quant à la vision d’un des intervenants sur un état plus juste qui obligerait les riches à aider les pauvres en prélevant plutôt qu’en les laissant donner, c’est de l’image d’Epinal pour enfants. Il faut bien se dire qu’une bureaucratie commence forcément par se servir avant de servir et c’est normal, d’où les chiffres que j’ai cités ; les riches américains sont mus par des ressorts que notre lecteur ignore et qui sont d’abord la reconnaissance de leur action par la société. C’est pourquoi l’Amérique est si riche en musées, en théâtres, en hôpitaux, en universités qui sont les premiers au monde. Comparons les universités américaines financées par la générosité et nos tristes universités financées par l’Etat et reparlons-en.
    9. Quant aux frais astronomiques payés par les parents aux USA pour les études de leurs rejetons, c’est l’une des chances de ne pas avoir une éducation gratuite ; car la gratuité, c’est garantir la plus grande des inégalités. D’une part, vous avez ceux qui ont de l’argent ou des relations qui mettent leurs enfants dans le privé et leur permettent d’accéder aux grandes écoles (regardez le nombre de parlementaires ou même anciens ministres du temps de Mitterrand qui mettaient leurs enfants dans des écoles privées…) ; de l’autre, vous avez les autres dont les enfants sont laminés dans un système éducatif inefficace. Le système américain, où sont certains de mes petits-enfants, est beaucoup plus égalitaire car si un enfant travaille, s’accroche et réussit, il bénéficie de bourses qui peuvent payer toute sa scolarité ; le revenu des parents est pris en compte pour ne pas aider ou moins aider les enfants de riches.

    La gratuité, c’est dévaloriser un produit ; nombre d’étudiants se moquent de leurs études car elles sont gratuites ; pour l’étudiant américain qui doit travailler pour payer ses études ou s’endetter, il essaie d’en tirer le maximum.
    Bernard Zimmern
  • Par Kuilk • Posté le 01/06/2010 à 16:05 Vous critiquez les taxes et faites l'éloge du don, mais je préfère un pays où il y a une forte redistribution. L'argent est pris par l'Etat là où il est, et redistribué à ceux qui en ont besoin (pour vivre, pas pour spéculer). Dans un pays comme les Etats-Unis où la redistribution est plus faible, les écarts entre riches et pauvres sont plus grands, les riches n'ont donc pas un grand mérite à "donner". La différence entre un Etat qui prend au riche pour aider le pauvre, et un Etat qui encourage le riche à aider le pauvre, c'est que dans le premier cas le pauvre est libre (la bourse du Crous comme l'APL sont des droits, on n’a pas à quémander en s'excusant d'avoir des parents pauvres) et le riche contribue sans autre remerciement. Dans le 2eme cas, le riche passe pour un généreux donateur et le pauvre pour un heureux bénéficiaire qui doit s'estimer heureux qu'on l'aide, notamment parce qu'il est trop idiot et paresseux, ce qui explique sa pauvreté. La vision n'est pas la même.

    (cf. excellent article de Galbraith, ne vous arrêtez pas au fait que c'est publié par un journal que vous qualifieriez « d'irresponsable » : http://www.monde-diplomatique.fr/2005/10/GALBRAITH/12812 )
    Sur les riches, il faut, lorsque l'on critique les prélèvements, s'interroger sur l'origine de la richesse. Hors de l'héritage et du cas russe, les nouveaux riches ont tendance à se donner plus de mérite qu'ils n'ont : il y a certes le travail et le talent, mais la chance joue aussi. Google s'est imposé car il était efficace, mais surtout parce que, en France par exemple, internet (le réseau qui fonctionne pour beaucoup sur de l'ADSL qui passe dans les câbles que France Télécom, alors entreprise publique, a posé dans tout le pays) s'est fortement développé. Ainsi, certes, les riches travaillent, mais les pauvres aussi, et les premiers s'ils gagnent 100 fois plus que les seconds, ne font pas 100 fois plus d'heures. Même si officiellemement, les pauvres sont paresseux, ce sont rarement eux qui se prélassent à bord de Yacht, sur des plages privées...
    Par ailleurs; vous persistez à confondre le besoin de travail et celui d'argent. L'erreur de beaucoup est de croire que si les gens ont adhéré au "travailler plus pour gagner plus", ce n’est pas pour du travail, non c'est pour "gagner plus". Ce dont les gens ont besoin c'est de revenus, pas de travail, d'autant plus que celui ci est de plus en plus automatisé. La création massive aux US d'emplois mal payés est la simple conséquence de dysfonctionnements des systèmes de retraite, de santé, et universitaire. Un Français peut faire ses études avec des bourses (même si c'est un peu juste), être soigné gratuitement, et percevoir une retraite honnête car les cotisations sont obligatoires, même si les entreprises s’en plaignent tout le temps. Un américain doit payer des frais scolaires astronomiques (sauf les quelques uns à qui on en fait cadeau pour l'exemple), parfois cumuler des emplois pour payer des soins, et à la retraite, revenir sur le marché du travail car il n'a pas assez mis de côté (les pauvres qui ont des faibles salaires tendent effectivement à avoir des difficultés à mettre de l'argent de côté pendant leur vie active pour financer leur retraite. Certains diront que cela confirme leur irresponsabilité, évidemment). Cet afflux de main d'œuvre fait pression à la baisse sur les salaires des gens peu qualifiés et donne une impression de dynamisme, mais d'un point de vue sociétal ça n'apporte rien. Pour résumer, on pourrait dire : « si les gens travaillaient bénévolement, les entreprises embaucheraient plus », ça résout la question du chômage, mais je n’en vois l’intérêt économique global.
    Enfin, je suis cadre dans le privé et abonné à titre personnel à diverses revues, de droite comme de gauche, et notamment Alter Eco. Je trouve que le qualificatif "d'irresponsable" est insultant et inadmissible, on pourrait en dire autant de vous, voire plus. J'ai pour habitude de lire beaucoup pour me faire ma propre opinion. Je regarde comment les chiffres et les raisonnements sont construits, et je peux vous dire que leurs travaux tiennent la route en général. Leur classement des Français selon leur niveau de revenu est très instructif (je vous conseille de le lire avant d’écrire des sujets sur les riches), autant que leur analyse (qu'ils ont reprise ailleurs) du lien entre le revenu des parents et celui des enfants. On y voit d'ailleurs que les US sont mal placés mais la France aussi : en gros les riches d'aujourd'hui sont souvent les enfants des riches d'hier, et idem pour les pauvres, contrairement à des pays où les cartes sont plus fortement rebattues entre les générations. Ce genre d'info crée peut être de la jalousie sociale, mais ca donne une vision intéressante sur la société, et incite à réfléchir sur les mécanismes de transmission de ces inégalités.

    Rien ne vous empêche de lancer une revue de qualité comme Alter Eco, en y développant des thèses différentes.
    Je lis souvent les articles de ce site, mais ça me dépasse. J'espère que vous êtes riche vous même et vos collègues, sinon c'est incompréhensible. Ce serait l'inverse de Marx : on passe du bourgeois qui défend les pauvres au pauvre qui défend les riches. Personnellement, j’ai toujours pensé qu'une société en oignon était préférable à une société en sablier pour le bonheur des gens qui la composent. J’ai beaucoup de mal à comprendre votre vision globale de la société.
  • Par toska • Posté le 30/05/2010 à 18:50 on aimerait que vous citiez vos sources lorsque vous citez des données chiffrées. cette absence de références ou renvois laisse perplexe sur la véracité de ce que vous énoncez, en plus des données en soi qui semblent particulièrement idéologiquement partiales, interprétatives voire fantaisistes...
  • Par Pere de famille • Posté le 29/05/2010 à 14:10 L'occident crève de ne plus vouloir 'transmettre' à ses enfants, voire de ne plus avoir d'enfants; car l'objectif reste de s'enrichir 'perso' puis de dépenser cette richesse pour 'jouir' de la vie éphémère... Politique de la terre brulée; alors que la supériorité de l'homme sur l'animal est de transmettre; alors pourquoi transmettre à ses enfants ce que l'on a réussi à soustraire à boulimie des 'politiques' serait un mal??? Pourquoi seulement les nouveaux riches seraient-ils respectables??

    Une fortune bien gérée est l'exemple que devraient suivre nos godillots étatiques pour transmettre un pays à leurs successeurs au lieu de faire n'importe quoi (de préférence avec l'argent qu'ils ont piqué aux con-tribuables) afin de verser toutes sortes de subventions à des parasites comme les diagnostiqueurs, contrôleurs, vérificateurs qui pullulent de plus en plus en plus et ne produisent que du papier et des gaz d'échappements!

    Même la richesse reçue en héritage (malgré une confiscation jusqu'à 40% !!! en ligne directe!) est utile à la nation et à ceux auxquels elle pourra aussi procurer du vrai travail! artisans, fabricants, services, tourisme, banques, etc ...Et cela sans 'pourrir' les enfants qui le sont suffisamment par les pédagogues de l'inéducation nationale et les vendeurs d'écrans de toutes sortes!

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