Société civile

Europe et international

L'Allemagne est-elle un exemple pour la France ?

N° 98 • 25 janvier 2010 • Bertrand Nouel

Notre principal partenaire commercial et celui sans l'appui duquel l'Europe ne peut pas exister, une nation dont les fondamentaux démocratiques, politiques et sociaux sont très semblables aux nôtres, un peuple dont nous envions la rigueur et aimons brocarder la prétendue raideur, l'Allemagne reste malgré tout pour les Français, à l'exception de ceux de nos régions de l'Est, une grande inconnue. Après avoir présenté une histoire politique récente de l'Allemagne, ce dossier explore à partir de tableaux statistiques les originalités allemandes dans les domaines essentiels de l'économie et les compare point par point au modèle français :

- Grands équilibres des finances publiques (dépenses et déficits publics),
- Situation des entreprises et de l'emploi face au paradigme de la compétitivité (coût du travail et salaires, taux de chômage, prélèvements obligatoires sur les entreprises),
- Dialogue social (principes de l'autonomie tarifaire et de la cogestion),
- Droit du travail (licenciement, salaire minimum, droit de grève),
- Protection sociale (chômage, retraites et santé).

Réduire les divergences entre l'Allemagne et la France, pour quoi faire ? L'axe franco-allemand est d'abord une nécessité si l'on veut que naisse une Europe qui ne se limite pas à instituer un grand marché. C'est un grand pari. L'Allemagne y est-elle attachée ? Quoi qu'il en soit, l'Europe sociale, leitmotiv en France, est une ambition sur la réalisation de laquelle il ne faut pas se faire trop d'illusion. Il serait vain de vouloir importer, en France comme ailleurs, des systèmes, comme celui que l'on résume sous le terme de capitalisme rhénan, qui sont dépendants de ces traditions et d'un système juridique parfaitement original. En ce sens l'Europe sociale ne peut pas signifier une harmonisation des législations. Le principe européen de subsidiarité (c'est-à-dire la compétence des États membres pour tout ce qui n'est pas expressément réglé par les Traités) continuera à régner en maître.

Il n'en reste pas moins que la France aurait tout intérêt à s'inspirer de grands principes suivis outre-Rhin. Trois d'entre eux méritent d'être cités : compétitivité, limitation du rôle de l'État et de la loi en tant que norme nationale uniforme, rigueur budgétaire. En particulier, limiter le rôle de l'État nous paraît essentiel. Il s'agit, d'une part de laisser davantage d'autonomie aux partenaires sociaux en cessant d'interférer en permanence dans leurs négociations. D'autre part la France doit se séparer de réflexes jacobins et centralisateurs aboutissant à tout régir par des lois uniformes et rigides.

Commentaires

  • Par Bertrand Nouel • Posté le 28/02/2010 à 17:13 Pourquoi l'Allemagne?

    Parce que ses fondamentaux sont bons. Pas de déficit structurel (O% en 2007 et 2008)contre 2,7 et 3,4% en France, ce qui remet notre modèle social en cause, et seulement un déficit conjoncturel qui doit se résorber bien plus vite en Allemagne.

    Parce que son PIB par tête en SPA a certes baissé en 10 ans (2000 à 2009) de 2,5%, mais de 6,8% en France. Prendre 2009 comme seul critère n'a pas de sens.

    Parce que son taux de chômage (janvier 2010) est de 7,5% contre 10,1% en France.

    Parce que son dialogue social est un modèle, ainsi que l'attitude constructive des syndicats.

    Parce que les salaires y sont de beaucoup supérieurs aux salaires français etc...

    Consultez le dossier que j'y ai consacré et Eurostat.

    Un dernier point: allez-voir à Berlin si les Allemands sont ennuyeux!
    Quant aux modèles, on a sûrement encore beaucoup à apprendre des USA, pour le RU on verra. Mais les trois pays ont pour caractéristiques d'avoir des projets collectifs et un consensus national qui font bien défaut à la France.
    Les anti-libéraux n'ont pas de modèle, c'est sûr, mais quelle stratégie??
  • Par vicenv • Posté le 28/02/2010 à 17:13 c'est marrant comme les "libéraux" ont besoin de modèle, bon avec la crise, ce n'est plus les USA et l'Angleterre donc ils choisissent l'allemagne le pays qui vient de faire - 5% de croissance et dont la dette flirtent avec les 80% du PIB
  • Par vicentvent • Posté le 28/02/2010 à 17:11 je ne voix pas en quoi l'Allemagne est un modèle depuis une vingtaine d'années, faible croissance, augmentation des déficits et de la dette, des revenus qui stagnent depuis des années, certaines collectivités en faillite, démographie catastrophique, chômage au dessus de la moyenne européenne...à part le commerce extérieur, l'Allemagne n'a que peu de points enviables pas ses voisins européens;

    Mais comme les européens sont germaniques et ennuyeux, ils passent pour des modèles...
  • Par Jacques Morisot • Posté le 26/02/2010 à 16:46 La nécessité de compétitivité des entreprises (services et industries) est une constante dans tout processus de réflexion de l'exécutif allemand alors que chez nous, compétitivité et profits sont des presque des gros mots. Cette perception opposée des entreprises et de leurs impératifs illustre une différence fondamentale entre nos deux systèmes en notre défaveur. Regardez Estrosi – ministre de l’Industrie - faire la leçon à Total ou Renault sans tenir aucun compte des nécessités d’une saine politique industrielle. Lamentable. Il est simplement contreproductif.
    On peut également citer le " mitbestimmungsrecht" ou la fameux « droit de cogestion » qui permet aux syndicats allemands (ultra puissants mais jamais en grève) de participer à la gestion de l'entreprise ou tout du moins d'être finement informés des décisions des organes dirigeants. C'est une très bonne chose. Les syndicalistes acquiert une culture de gestion, sont sensibles aux contraintes et impératifs économiques et comprennent les nécessités qui s'imposent parfois (restructurations, réorganisations).

    En France, le mur de séparation entre nos syndicats et les dirigeants nourrit la suspicion, entretient la lutte des classes, maintient l'idéologie néo-communistes et débouche sur le refus obstiné de comprendre les contraintes externes qui imposent parfois des décisions douloureuses aux grandes entreprises. La gouvernance des grands groupes français, leur culture élitiste et monarchique, sont inadaptés à la recherche de la paix sociale et à de la meilleure efficacité.
  • Par Gunther • Posté le 15/02/2010 à 23:13 L'Allemagne est un merveilleux modèle. Angela aussi. Les banques là-bas sont très actives. Même si elles ont de petits soucis actuellement (comme partout), elles ont toujours été très efficaces pour les entreprises. Je suis sûr que seule l'Allemagne vaincra la crise en Europe. Comme au bon vieux temps. Ils ont toujours su y faire. Maintenant, peut être que l'Europe n'est plus trop utile ? Je n'ai pas envie de payer pour la Grèce.
  • Par Michel PARENT • Posté le 10/02/2010 à 23:20 Les principes simples énumérés clairement dans l'article signé par M. Bertrand NOUEL sont indiscutablement les bons. Ce sont incidemment les mêmes que ceux qui s'appliquent aux grandes entreprises bien gérées.

    De là à faire passer ces idées simples dans les têtes du peuple "le plus intelligent de la terre", il y a un pas infranchissable. Autant attendre la fin du système solaire ou plus vraisemblablement l'arrivée d'un pro-consul chinois.

    Cocorico !

    MP
  • Par Avat'arrhes • Posté le 06/02/2010 à 22:22 non, je ne crois pas que la France doive suivre l'Allemagne, au moins sur un point : les choix concernant l'énergie nucléaire. En effet l'Allemagne s'est tiré une balle dans le pied en renonçant à produire de l'énergie nucléaire, sous la pression des écolo. Elle doit désormais importer son électricité !
  • Par Claude GOUDRON • Posté le 29/01/2010 à 12:26 Il y a déjà plus de 4 ans lors de sa venue à BELFORT j'ai renconté Mme Christine LAGARDE ( alors ministre sous le gouvernement De VILLEPIN ) elle souhaitait mettre en place une SBA "à la Française" je lui avais déjà proposé un copié collé des mesures prises alors par nos voisins ( sous gouvernement SCHOEDER ) que ne m'a-t-elle pas écouté , nous n'avons à ce jour aucune SBA .......et un très grand retard sur l'allemagne.
  • Par NONO • Posté le 28/01/2010 à 10:03 L'Allemagne a perdu la guerre mais a profité des plans de reconstruction d'usines (et autres...)tandis que nous en France c'était plan "marshall plan de guerre"!!! De plus l'Allemagne n'a eu aucune dépense pour son armée car il lui était interdit d'en avoir une.Rien que cela fait des différences de centaines de milliards avec la France. Ajouter à cela "rigueur,travail et civisme national" que nous n'avons pas,et les résultats sont là.