État et collectivités

Primaire de la droite : les candidats sont-ils crédibles ?

24 février 2016 • Agnès Verdier-Molinié

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Il apparaît très clairement de nombreuses convergences entre les différents candidats à la primaire de la droite. Ils sont tous à peu près alignés sur l'abandon des 35 heures ou/et la suppression de l'ISF (NKM mise à part), ou sur le fait qu'il faut baisser les dépenses publiques et les impôts, et c'est heureux. Cela dit, ils ne sont pas tous au même niveau de détail dans leurs programmes respectifs.

Le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux ne suffira pas

Quand on regarde celui de Nicolas Sarkozy, on sent bien que l'on repart sur la base des propositions de la campagne de 2012, tant à propos du 1 sur 2 (un remplacement pour deux départs à la retraite dans la fonction publique) que sur le jour de carence ou sur la baisse des cotisations sociales salariales, ou encore sur le retour aux heures supplémentaires défiscalisées. Et ce, alors qu'on a très largement dépassé le niveau de 2012 en termes d'urgence des réformes. Le 1 sur 2 ne suffira pas. Pour les collectivités locales, par exemple, c'est le gel des embauches qui s'impose pour les prochaines années.

De même pour les baisses d'impôts : 25 milliards d'euros ne suffiront clairement pas non plus. Notre estimation à l'iFRAP est qu'il faut aller plutôt vers 100 milliards de baisse des impôts et cotisations avec 90% de baisse sur les prélèvements obligatoires pesant sur les entreprises. Nathalie Kosciusko-Morizet annonce certes 100 milliards de baisses d'impôts, mais ne les détaille pas encore. François Fillon annonce de son côté 50 milliards de baisse de la pression fiscale sur les entreprises.

Flou sur les retraites

Si tous les candidats s'accordent pour annoncer des baisses de dépenses, celles-ci ne sont pas tellement documentées à ce stade. On retrouve dans tous les programmes des propositions sur les retraites, que ce soit chez Bruno Le Maire, François Fillon, Alain Juppé ou Jean-François Copé, mais pas de chiffrage des économies dans le temps. On voit bien que les candidats pensent à aligner les régimes de retraite du public sur les modes de calcul du privé, mais on ne comprend pas toujours bien si cela concernera uniquement le flux des nouveaux entrants ou aussi le stock, or la nuance est de taille ! À partir de quelle année on augmentera le nombre de trimestres est par exemple une donnée clé pour évaluer les économies envisagées (rappelons que la réforme de 2010 commence tout juste à porter ses fruits en rééquilibrage).

Sujets sensibles

Pour atteindre les 100 milliards d'euros de baisse des dépenses en cinq ans, il sera nécessaire de programmer 20 milliards de baisses réelles par an et avoir une vraie vision de la réorganisation publique. Comment atteindre un maximum de 50 ou 52% de dépenses publiques par rapport au PIB ? C'est très en amont qu'une telle réduction de la dépense doit se penser et se chiffrer. Dans le passé, beaucoup de gouvernements ont promis d'économiser, tandis que le pourcentage de dépenses publiques dans le PIB ne faisait qu'augmenter. C'est cette vision globale qui devrait se dessiner (on l'espère) dans les prochains mois. On voit bien que les candidats ont d'ailleurs du mal à annoncer la couleur sur des sujets particulièrement sensibles comme la réduction du nombre de strates locales. Alain Juppé et Nicolas Sarkozy préfèrent laisser chaque territoire s'organiser comme il l'entend. Le risque est réel qu'au bout du chemin il n'y ait pas d'économies... quand Bruno Le Maire se prononce pour la fusion des régions et des départements, ou Fillon et Mariton pour le passage de 4 à 2 strates locales.

La délicate question des élus locaux

La difficulté pour tous les candidats est d'assumer qu'il va falloir réduire en France certes le nombre d'agents publics, mais aussi le nombre d'élus. Et s'ils annoncent, pour certains d'entre eux, une baisse du nombre de députés, par exemple à 400 (Le Maire et Fillon), aucun ne parle de réduction du nombre des élus locaux. C'est pourtant bien là que notre nombre d'élus (en vertu du nombre de strates) est exorbitant. Il faudrait passer à une République plus légère et agile. Pourquoi plus de 200 élus au Grand Paris quand le Grand Londres en compte 24 ?

Quoi qu'il en soit, les candidats seront amenés à préciser dans le comparateur leurs chiffrages, leurs objectifs et leur calendrier sur des sujets encore un peu orphelins comme la réforme de fond de l'école (autonomie ? forfait par élève ?) par exemple.

Cette tribune a été publiée dans les pages de l'hebdomadaire Le Point, le jeudi 18 février.

 

Commentaires

  • Par Unci TOÏ-YEN • Posté le 26/02/2016 à 16:19 Il est vrai que depuis fort longtemps elle suit le chemin formaté par l'éducation nationale ou notre vie sociétale se développe à travers trois marqueurs: L’État providence, les droits acquis et les entreprises payeuses qui ne sont que des moyens pour parvenir à devenir une société telle que voulue. Dans cette vision les structures remplacent les individus.

    Mais! N'avons-nous pas inversé les rôles?

    Les structures ne devraient-elles pas être au service des individus puisque sans leurs bras et leurs têtes, ces structures sont inertes?

    Dans ce cas l'éducation nationale à commis une erreur. Celle de nous formater à dépendre des structures et non des individus qui forment notre société ou notre vie sociétale n'est que le reflet de la sommes des comportements de chacun des individus qui la compose. Cette dernière réalité est tout de même plus compréhensible, puisque observable, que le modèle de notre éducation qui n'est que des conventions à apprendre et qui demandent une multitude d'explications qui devront être comprises mais ne seront jamais observées.

    Dans ces conditions ne faut-il pas faire davantage confiance à nos observations qu'a nos savoirs appris?

    Si nous remplacions les trois marqueurs de notre éducation nationales qui ne sont que moyen de devenir, par trois autres marqueurs qui définissent ce que notre société doit devenir? Ce qui élargie les moyens d'y arriver en ne se limitant pas à l' Etat providence, les droits acquis et les entreprises payeuses. Et parmi ces moyens celui qui suit, soumis à votre approbation:

    1° nos actifs (producteurs) solidaires des inactifs qui, ensemble, consomment leurs productions moins les exportations plus les importations. C'est à dire nos productions non exportées plus les importations.

    2° la volonté démocratique d’utiliser un certain nombre d’usages de nos consommations nationales de façon mutuelles et d’autres de façons collectives.

    3°La volonté de mettre en place une solidarité où: les familles favorisées par leur situation et leurs environnements ont un devoir envers les familles handicapées.

    Qui n'est pas d'accord sur ces trois marqueurs qui, de plus, correspond à une volonté du devenir de notre vie sociétale?

    Si après avoir accepté ces trois marqueurs comme consensus nous les mettions en équation.

    1° pour satisfaire la solidarité des actifs envers les inactifs majorer les valeurs ajoutées des actifs ( physiques, intellectuels ou financiers), avec un coefficient de solidarité des actifs envers les inactifs, décidé démocratiquement puis, parce que chacun de nous partage sa vie en temps d'activité et en temps d'inactivité, cette majoration, partagée aux inactifs préfigure le partage des consommations (productions des actifs, pour partie échangée avec d'autres nations) en partie offertes aux inactifs.

    Par exemple un partage de nos consommations nationales à raison de 40% pour les actifs et 60% pour les inactifs et le coefficient est alors de 150%. (% des statistiques de 2010)

    2° Pour satisfaire les usages mutuels ou collectifs, de certaines de nos consommations, demander une participation, sur les revenus des actifs et inactifs, pour les usages mutuels et une autre pour les usages collectifs. Ces participations sont décidées démocratiquement (acceptation d’une statistique ou modifiée) ce qui correspond à ce que chacun, par équité, passe un même temps pour les besoins à satisfaire mutuellement ou collectivement. (ex: 13% mutuels 35% collectifs)

    3° Pour satisfaire la solidarité des familles favorisées envers les familles handicapées: demander une participation, proportionnelle ou progressive par rapport aux revenus des premières à redistribuer aux secondes équitablement.

    Alors il suffit de maîtriser deux concepts un 1° concept: la Monnaie. (2 pages) puis 2° concept: les trois composantes de l’économie. (3 pages) suivit de 81 réalités (travaux pratiques) de notre vie sociétale (6 pages) et nous avons rationalisé et compris avec une seule page les principes de base de notre système économique qui colle parfaitement à notre vie sociétale.

    Notre avenir dépend de votre choix: accepter un principe rationnel de vie sociétale de devoir de solidarité ou continuer avec l'irrationnel de notre société de l’État providence, des droits acquis et des entreprises payeuses qui n'ont jamais rien payées, puisque elles ne font que redistribuer ce que seul les consommateurs de leur production payent.
  • Par Jean HOESL • Posté le 26/02/2016 à 13:02 Bonjour,
    Il est assez effarant de ne voir nulle part la volonté farouche de réduire les salaires, indemnités , etc .. de tous les politiques, et ce à tous les niveaux (du président "MOI JE" jusqu"au plus petit des adjoints municipaux...

    et ceci assorti d'une interdiction totale de cumul de mandats : Un homme (au sens large) est capable de faire BIEN UN métier ! DEUX , c'est un surhomme !

    Trois, cela devient une imbécilité ! On peut lui donner un nom : "Pompe à Fric" !
    Assorti aussi d'une réduction drastique du nombre d'élus ...

    La France n'a pas besoin de 600 députés et 350 sénateurs, et encore moins de la pléthore impensable de conseillers Régionaux, Généraux, et tous les autres inutiles sur les listes d'émargement diverses et variées. (Il y aurait paraît-il environ 600 000 élus dans ce pays ?) ...

    Et il ne faut pas le demander à nos politiques : Ils se votent eux-mêmes leurs statuts d'élus du pays de cocagne .....
    Ce sujet représente quand un paquet de milliards !

    Mais aussi l'exemple ! Que nos élus ne donnent plus depuis plus de 40 ans !
    L'iFRAP aurait-elle une étude là dessus ???
    J'en serais vraiment RAVI !

    Merci de bien vouloir me tenir informé.
  • Par THOUMYRE • Posté le 25/02/2016 à 22:02 j'habite en ile de france et m'étonne que l'on ait fabriqué un Grand Paris avec 200 élus contre 24 au Grand Londres, mais qui va faire doublon avec la région Ile de France!!!

    Comment vont-ils se partager les moyens d'action? Je ne devine que trop le gâchis monstre que cela va engendrer! A coup sûr, l'un des deux est à supprimer radicalement
  • Par bernard maroy • Posté le 25/02/2016 à 21:48 Un seul des candidats déclare t il supprimer le statut des fonctionnaires comme l'a fait la Suisse ?

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