État et collectivités

Combat de haute-intensité : où en sommes-nous ?

01 mars 2018 • Nicolas Maldera

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Au début des années 1990, la tendance était à la conduite d'opérations dites de Petersberg*, à savoir les opérations d’assistance humanitaire, de maintien de la paix, de gestion de crise et de stabilisation. Toute menace conventionnelle ayant a priori disparue depuis la chute du Mur de Berlin, disposer de larges forces blindées et mécanisées pour participer à un conflit de haute intensité n’était ainsi plus vraiment justifié pour nombre de nations occidentales.

Depuis, les risques pour nos sociétés se sont évidemment beaucoup diversifiés et amplifiés. Après une période d’interlude, nous assistons véritablement au retour des Etats-puissances sur la scène internationale. Les tensions permanentes en Asie ou à l’est de l’Europe nous l’illustrent parfaitement. N’importe quel observateur averti aura ainsi remarqué depuis quelques années l’accroissement du potentiel militaire de la Chine ou de la Russie, et plus généralement la hausse continue des budgets militaires sur presque tous les continents, l’Europe étant encore à la traîne. Aussi, l’heure étant au durcissement des menaces, l’affrontement entre Etats redevient une possibilité sérieuse qu’il ne faut certainement pas négliger. C’est dans ce contexte qu’il paraît pertinent de faire un point sur les capacités de combat de haute intensité de nos forces armées, particulièrement celles concernant un engagement aéroterrestre. Officiellement, nos forces sont préparées à agir dans ce cas de figure. Mais qu’en est-il en réalité ? Notre modèle d’armée est-il aussi pertinent qu’on nous le vante ? Que pourrait bien faire la France en cas de guerre majeure ?

Des forces lourdes largement réduites en volume

Nos capacités d’engagements lourds en cas de conflit majeur, même régional, n’ont fait que diminuer depuis l’effondrement de l’Union Soviétique. Les chiffres du dernier Livre Blanc marquent un niveau historiquement bas, et il est fort probable que la LPM à venir ne modifie pas fondamentalement un tel équilibre. Cette baisse continue des capacités de combat est actée à chaque nouveau Livre Blanc. La version de 1994 parlait ainsi, dans un scénario de conflit régional de haute intensité, de « l’engagement simultané […]  d’un volume de forces de l’ordre de deux divisions avec leurs appuis et leurs soutiens, de six escadrons d’appareils de combat et d’un groupe aéronaval complet »[2]. Ce qui représentait à l’époque peu ou prou 50.000 hommes et quelque 100 avions de combat. Cependant, seulement trois ans avant ce Livre Blanc, nous n’avions pu déployer difficilement que 12.500 hommes, 58 appareils de combat, 130 hélicoptères et 350 chars et véhicules blindés dans le désert irakien[3]. La division Daguet, qui représentait seulement 10% de notre potentiel de combat de l’époque, fut déjà beaucoup critiquée dans le cadre de la coalition contre l’Irak baasiste par ses faiblesses intrinsèques (renseignement, logistique …) et se retrouva marginalisée au sein du dispositif coalisé.

En 2008, le nouveau Livre Blanc prévoyait la constitution d’une force de 30.000 hommes, 70 avions et d’un groupe aéronaval dans le cadre d’un engagement majeur en coalition[4]. La version 2013 ne prévoyait quant à elle que l’engagement de 15.000 hommes, 45 avions de chasse (en incluant l’aéronautique navale) et d’un groupe aéronaval/amphibie[5]. On peut évidemment douter de la faisabilité réelle d’un tel contrat opérationnel, l’importance des OPINT et des OPEX actuelles nous empêchant certainement de projeter une force un tant soit peu significative dans la durée. Un rapport de la RAND Corporation estimait à ce titre qu’à cause de l’opération Sentinelle et de la tension qu’elle créait entre les moyens alloués et les missions dans les unités, la France ne pourrait déployer que l’équivalent d’une brigade lourde en cas d’agression russe en Europe de l’Est, soit environ 7.500 hommes et leurs équipements. Ce qui nous laisserait par la même occasion sans moyens durables pour faire face à n’importe quelle autre contingence d’ordre militaire[6] tout en étant difficilement soutenable dans la durée. Rappelons qu’à terme, nos forces armées ne doivent disposer que de 225 avions de combat, 200 chars, 250 chars médians, 2.700 blindés divers, 67 hélicoptères de combat, 115 hélicoptères de manœuvre et 15 frégates de premier rang[7].

Ordre de bataille terrestre 1989-2016

 

 

1989-1990

2001-2002

2017

Régiments

 

129**

85

68

Chars de bataille

 

1.340

809

200

 

Leclerc

  •  

311

200

 

AMX-30B/B2

1.340

498

0

Appui-feu

 

1.414

529

328

 

AMX-10RC/RCR

284

337

248

 

ERC-90

147

192

80

 

AML-60/90

640

0

0

 

AMX-13/SS-11

343

0

0

Transports de troupes

 

4.370

4.499

3.290

 

VBCI

  •  
  •  

629

 

AMX-10P

960

599

0

 

VAB

3.260

3.900

2.661

 

AMX-13 VTT

150

0

0

Artillerie

 

941

794

274

 

CAESAR

  •  
  •  

77

 

LRM/LRU

53*

61

13

 

AU-F1

208

273

32

 

TR-F1

105*

97

12

 

AMX-13 F3

205

0

0

 

MO 120 RT

370

363

140

Missiles (AC & AA)

 

2.581

2.638

1.329

 

Roland (AA)

183

98

0

 

HAWK (AA)

69

26

0

 

Postes Eryx (AC)

454***

700

650

 

Postes MILAN (AC)

1440

1.348

428

 

VAB HOT (AC)

135

135

30

 

Postes Mistral

300

331

221

Hélicoptères

 

651

410

286

 

Tigre

  •  
  •  

62

 

Gazelle

303

262

99

 

Caïman

  •  
  •  

23

 

Puma

132

120

68

 

Alouette II/III

194

0

0

 

Caracal

  •  
  •  

8

 

Cougar

22

28

26

Note : l’ordre de bataille n’inclut que les matériels considérés comme significatifs dans le cadre de notre étude ; *1995 ; **1996 ; ***1999.

Sources : The Military Balance 1989-1990, International Institute for Strategic Studies, 1989, pp.59-62 ; The Military Balance 2001-2002, International Institute for Strategic Studies, 2001, pp.53-56 ;  Annexe 16, Mitterrand et son armée 1990-1995, Louis Gautier, 1999 ; Projet de loi de finances pour 2000, TOME VI - Défense - forces terrestres, AVIS 92 - TOME VI (1999-2000) - COMMISSION DES AFFAIRES ETRANGERES, MM Serge Vincon, 2000 ; Chiffres clés de la Défense 2016, Ministère de la Défense, 2016 ; French Military Reform : Lessons for America’s Army ? George A. Bloch, Parameters 30 :2, 2000, pp.33-45.

Comme le rappelait le colonel Michel Goya dans une tribune l’année dernière, l’armée de Terre dispose aujourd’hui « de trois fois moins de régiments, six fois moins de chars de bataille et de pièces d’artillerie, et de deux fois moins d’hélicoptères qu’en 1990 »[8]. Le tableau ci-dessus et les graphiques de la figure 3 illustrent finalement très bien cette fonte massive des forces aéroterrestres de haute intensité ces 25 dernières années. Plus précisément, nous pouvons reprendre l’assertion précédente de la façon suivante : par rapport à l’ordre de bataille de 1989, nous disposons aujourd’hui de cinq fois et demie moins de chars de bataille et d’engins d‘appui-feu, trois fois moins d’artillerie (dont près de huit fois moins de tubes de 155 mm et deux fois moins de mortiers de 120 mm), le nombre de systèmes lance-missiles a été divisé par deux (dont près de trois fois moins de postes anti-char MILAN), tout comme la taille du parc d’hélicoptères global. Si les chars de bataille, les tubes d’artillerie et les systèmes lance-missiles forment l’ossature de forces de haute intensité, il apparaît que les coupes se sont majoritairement faites dans ces catégories. Le constat est le même pour les avions de combat de l’Armée de l’Air, leur parc ayant été réduit par plus de deux sur la même période selon la figure 2. Il convient aussi de prendre en compte la disponibilité technique opérationnelle des équipements. De manière générale[9], il faut considérer que c’est un véhicule, un hélicoptère ou un avion sur deux qui est aujourd’hui immobilisé car en phase de maintenance[10]. En définitive, nous n’avons que peu de matériels à notre disposition pour combattre et défaire un ennemi équivalent.

Ordre de bataille de l’Armée de l’Air 1989-2015

 

 

1989-1990

2001-2002

2017

Avions de combat

 

535

472

232

 

Rafale B/C

  •  
  •  

98

 

Mirage 2000-5/C

  •  
  •  

28

 

Mirage 2000D

  •  

60

68

 

Mirage 2000N

30

60

22

 

Mirage 5-F

30

30

0

 

Mirage 2000C

60

64

10

 

Mirage 2000B

15

20

6

 

Mirage F1B/C/CT/CR

180

113

0

 

Mirage IVA/P

23

5

0

 

Mirage IIIB/E/BE

75

0

0

 

Jaguar A/E

122

120

0

Sources : Les chiffres clés de la Défense 2017, Ministère de la Défense, juillet 2017, p. 23-25. http://armee-francaise-1989.wifeo.com/ordre-de-bataille-6.php ; The Military Balance 1989-1990, International Institute for Strategic Studies, 1989, pp.59-62 ; The Military Balance 2001-2002, International Institute for Strategic Studies, 2001, pp.53-56 :  

Un déclin généralisé 

Une guerre majeure se caractérise pourtant par un usage non-restrictif de la coercition par les belligérants. Ce qui engendre nécessairement une certaine attrition, variable mais soutenue, pour les forces engagées en dépit de leurs performances technologiques ou de leurs qualités intrinsèques. Sans compter qu’à cette attrition causée par l’ennemi s’ajoute évidemment l’attrition naturelle que connaissent toutes les forces armées dans leur fonctionnement quotidien (accidents, etc.). En dépit des procédures que développent les organisations militaires pour limiter l’attrition de leurs moyens dans ces deux cas, il existe au minimum toujours une possibilité statistique de perdre des équipements et des hommes, en temps de paix comme en temps de guerre. L’importance de disposer d’une masse critique de forces acquiert ici toute son importance, non seulement pour produire de vrais effets tactiques et stratégiques, pour amortir cette attrition dans le temps et pour répondre à toute contingence extérieure supplémentaire. Et c’est bien ici que le bât blesse : comme le montrent les données, nos capacités de mêlée et d’appui n’ont eu de cesse de se contracter depuis la chute du Mur de Berlin. Dans des opérations de combat de haute-intensité, il est alors fortement à craindre que nos forces ne soient très sensibles aux pertes, à une attrition soutenue. Même si la qualité demeure, notre armée est devenue échantillonnaire car la quantité s’y fait très rare.

Une faible soutenabilité des opérations de combat majeures 

Le problème du volume de nos forces en elles-mêmes est foncièrement similaire pour nos stocks de consommables, aussi bien les munitions que tous les types de rechanges dont peut avoir besoin une armée pour opérer ses équipements. Ce qui pose donc la question de la soutenabilité même d’opérations de combat majeures. Même s’il est difficile d’en discuter en l’absence de données publiques, quelques éléments peuvent cependant nous aider à percevoir la vérité.

Concernant nos stocks de munitions, les munitions de précision sont déjà un sujet d’inquiétude depuis quelques années. Ces projectiles coûtant (bien) plus chers que des normaux, ils sont par nature disponibles en quantités bien moindres dans nos dépôts que des munitions classiques[11]. Comme le mentionne le rapport parlementaire sur le sujet qui avait fait grand bruit en décembre 2015, « il serait […] naïf de penser que toutes les munitions sont à un niveau de stock satisfaisant »[12]. Les stocks d’armements de précision ont baissé de manière continue, avec nos opérations en Afrique, mais surtout avec la campagne aérienne au Moyen-Orient contre l’Etat Islamique. Lors de l’opération Harmattan contre la Libye de Kadhafi en 2011, nos avions et hélicoptères de combat avaient déjà tiré environ 1.850 bombes et missiles, en plus des quelque 3.000 obus tirés par la Marine. A la fin de l’année 2015, l’opération Chamnal avait consommé encore plus de 2.100 bombes guidées diverses[13]. In fine, cela a débouché sur une situation d’urgence opérationnelle. Nous avons ainsi dû commander des bombes GBU aux Etats-Unis par l’intermédiaire des Foreign Military Sales[14]. Une solution stratégiquement risquée et qui peut ne pas être pérenne : l’armée américaine, qui voit également ses stocks de munitions baisser avec la campagne contre l’Etat Islamique, aura fatalement la priorité pour renouveler ses stocks le jour où les budgets pour le faire seront débloqués. Ces développements nous interrogent sur nos capacités à durer en cas de conflit majeur. Serions-nous capables de délivrer plusieurs dizaines de munitions, guidés ou non, dans le cas d’opérations de haute intensité, plus de 15 jours ? Un mois ? En bref, le temps d’emporter la décision (ou non) avec nos alliés ? Possédons-nous suffisamment d’obus flèches pour nos chars, de suffisamment d’obus d’artillerie, de mortiers, de missiles antiaériens, de missiles antinavires, d’armes air-air, de torpilles, de missiles de croisière, voire de munitions de petit calibre pour nos fantassins, pour pouvoir soutenir des phases de combats de haute intensité  modernes, par définition extrêmement consommatrices, dans la durée ? Il est largement permis d’en douter. Comme ailleurs, nos stocks doivent certainement être taillés au plus juste quand ils ne sont pas complètement insuffisants.

Plus largement, il est aussi fort à craindre que nos éléments logistiques ne soient pas en mesure de soutenir l’action de forces lourdes dans la durée, a fortiori si celles-ci sont projetées (à l’Est de l’Europe par exemple). On peut ainsi douter de nos capacités de transport aériens ou terrestres pour ravitailler pendant des semaines des moyens lourds sans recourir massivement à la machine logistique américaine. Déjà lors de la Guerre Froide, ces capacités logistiques étaient sous-dimensionnées pour soutenir nos forces de mêlées engagées contre une poussée soviétique de quelques jours vers l’Europe occidentale[15]. On peut aussi douter sérieusement de nos capacités à régénérer nos matériels endommagés / usés dans des volumes suffisants et dans des délais adéquats. Tout notre système de maintenance fonctionne en effet en flux tendus pour minimiser apparemment le coût des programmes et d’entretien des matériels. Or, cette approche purement comptable de réduction des coûts est incompatible avec la logique de l’outil militaire, qui doit être susceptible d’opérer dans la durée, et souvent de manière imprévue. Ce qui exige une disponibilité quasi-immédiate des pièces de rechange, et induit donc la nécessité de stocks durables pour permettre tout engagement soutenu. L’exemple de nos CAESAR est édifiant : un seul engagement d’une année au Moyen-Orient et qui s’est soldé par quelque 10.000 obus tirés, a consommé près de 35% de notre parc de CAESAR à lui tout seul en usant fortement les tubes de 155 mm des systèmes déployés. A ce jour, pas moins de 27 canons seraient tout bonnement inutilisables sur les 77 dont nous disposons, faute de tubes de rechange. En effet, non seulement les stocks militaires de tubes de 155 mm de rechange sont extrêmement faibles (moins d’une dizaine d’exemplaires), mais en plus Nexter n’est en mesure de n’en fabriquer qu’une dizaine par an à Bourges[16], notamment à cause de dotations budgétaires très insuffisantes. Autrement dit, cela prendra presque trois ans pour remettre en condition quelques canons.

Il y a fort à parier que cet exemple est symptômatique d’une situation quasi-généralisée. Inutile alors d’imaginer ce qui se passerait en cas de conflit majeur, où les matériels de toute sorte à rénover par nos ateliers et nos industriels se compteraient par dizaines, au bas mot. Le désinvestissement financier massif des dernières décennies dans notre outil militaire se paye également au niveau de nos capacités industrielles militaires. Pour économiser de l’argent, en plus de lésiner sur les stocks de rechange, nous avons diminué les séries de matériels commandés et allongé les périodes de livraison. Outre le fort renchérissement des programmes, nous avons incité les industriels de l’armement à réduire leurs capacités productives. En cas de guerre majeure, ou de tout évènement qui le justifierait, toute remontée en puissance des forces sera structurellement très complexes et longue. Que ce soit au regard des munitions ou des capacités d’entretien (et même de production) de nos matériels, c’est la soutenabilité même de toute opération militaire intensive qui est à remettre en question.

Conclusion

Il apparaît donc que nos capacités de combat de haute intensité se trouvent limitées de facto par la taille de nos forces de mêlée et d’appui. Nous disposons de plusieurs matériels majeurs dont la qualité et les performances sont parmi les meilleures au monde. Mais avec les volumes que nous possédons, aussi bien les chiffres théoriques que les chiffres réels (en ayant déduit les équipements en maintenance et autres), nous ne disposons que de capacités échantillonnaires. Certes, nous pouvons agir sur tout le spectre de conflictualité, mais seulement avec de petits volumes. Ce qui nous rend certainement incapables de gagner tout engagement un tant soit peu soutenu nécessitant une certaine concentration de forces dans l’espace et dans le temps pour vaincre un ennemi (au moins) équivalent. Nous nous épuiserions tout simplement trop vite.

L’action en coalition peut paraître être la solution à nos déficits capacitaires. Elle est d’ailleurs actée dans nombre de documents officiels de notre politique de Défense. C’est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Une bonne chose, car avec notre modèle de forces complet et notre expérience dans la conduite des opérations, nous sommes de facto considérés comme une référence, avec des capacités à la puissance non négligeable et rarement égalées par nos alliés européens. Mais c’est aussi une mauvaise chose, car cela signifie aussi par ricochet que personne ne peut vraiment combler nos lacunes en cas de conflit majeur, si ce n’est les Américains. Quant à leur volonté de s’engager à nos côtés, l’incertitude s’est accrue depuis l’arrivée de l’administration Trump.

En plus de cela, la soutenabilité d’opérations de combat majeures est loin d’être assurée. Nos stocks de munitions et de rechange de toutes sortes, déjà bien entamés par les activités de temps de paix et nos multiples OPEX, se videraient bien rapidement. D’autant plus que tout recomplètement rapide est rendu tout bonnement impossible : soit parce que nous dépendons entièrement de lignes d’approvisionnement extérieures pour beaucoup de nos équipements (munitions de petit calibre, bombes guidées, fusils d’assaut, …) susceptibles d’être bloquées pour de multiples raisons, soit littéralement par la miniaturisation de nos capacités industrielles militaires. Ainsi, dans une guerre majeure où l’attrition serait soutenue et nos parcs très sollicités, assurer les réparations et la maintenance saturerait très rapidement nos unités de soutien et notre appareil national de production d’armements.

L’accroissement progressif mais soutenu de notre effort de Défense, qui sera acté prochainement par la nouvelle Loi de Programmation Militaire 2019-2025, est évidemment une très bonne nouvelle pour commencer à résorber l'érosion de nos capacités militaires, a fortiori celles de haute intensité. En effet, le but premier de cette LPM est bel et bien de combler les trous capacitaires existants dans notre modèle afin de le renforcer. L'accélération du programme Scorpion, la commande de nouveaux canons CAESAR, de nouveaux ravitailleurs, l'accroissement des fonds destinés à la MCO ... vont clairement dans le bon sens. Mais soyons clairs : affecter entre 1,8 et 1,6 milliard d’euros par an en plus aux armées ne permet que de stopper leur déclin inexorable, et non de remonter véritablement en puissance en accroissant les volumes et nos stocks de manière significative. La tâche est en effet herculéenne, au vu de la succession de décisions catastrophiques qui ont été prises pour les armées depuis près de 20 ans. Dans tous les cas, l'état actuel des finances publiques ne permet pas de mieux faire. Désormais, une seule chose compte : pour remonter en puissance, tout ce travail de fond de renforcement de notre modèle doit être effectué en intégralité, avec une constance et une sincérité totale dans les exécutions budgétaires.


[*] Du nom de la déclaration officiellement adopté à la Ministerial Council of the European Union en Juin 1992. La déclaration de Petersberg est désormais inclue dans la traité d’Amsterdam de 1999 et fait partie intégrante de la Politique de Défense et de Sécurité Commune de l’Union Européenne.

[2] Livre Blanc sur la Défense, 1994, p.89.

[3] De Daguet à Daguet, Michel Goya, La Voie de l’Epée, 17 décembre 2012.

[4] Défense et Sécurité nationale – Le Livre Blanc, 2008, p.222.

[5] Défense et Sécurité nationale – Le Livre Blanc, 2013, p.92.

[7] Défense et Sécurité nationale – Le Livre Blanc, 2013, p.95.

[9] Cela dépend notamment des matériels et de la zone où est utilisé l’équipement considéré. Lorsque déployés en OPEX, les véhicules, les hélicoptères et les avions affichent généralement une disponibilité exceptionnelle, supérieure à 90 voire 95%.

[10] Le lecteur peut notamment consulter les sources suivantes sur le sujet de la disponibilité des matériels des armées : Avis n°4130 au nom de la commission de la défense nationale et des forces armées sur le Projet de Loi de Finances pour 2017 (n°4061), Tome IV – Défense : préparation et emploi des forces, M. François Lamy, déposé le 13 octobre 2016 ; Annexe n°11, Rapport fait au nom de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire sur le projet de loi de finances pour 2016 (n°3096), Mme. Valérie Rabault, 8 octobre 2015 ; Question n°92994 de M. François Cornut-Gentille, posée le 9 février 2016 et ayant reçu une réponse le 22 novembre 2016 ; Question n°92993 de M. François Cornut-Gentille, posée le 9 février 2016 et ayant reçu une réponse le 8 novembre 2016 ; Question n°92991 de M. François Cornut-Gentille, posée le 9 février 2016 et ayant reçu une réponse le 24 janvier 2017. Question n°47351 de M. François Cornut-Gentille, posée le 1 janvier 2014 et ayant reçu une réponse le 13 mai 2014 ;

[11] On parle de 200.000 euros pour un AASM (Armement Air-Sol Modulable) et 600.000 euros pour un missile de croisière SCALP.

[12] Rapport d’information n°3361 sur la filière munitions, présenté par MM. Nicolas Bays et Nicolas Dhuicq et déposé le 16 décembre 2015, p.30.

[14] De nombreux pays réarmant, cette solution met cependant beaucoup de temps, en plus d’être soumise au bon-vouloir américain.

[15] Voir 1997 : les Russes arrivent ! – Un officier d’active raconte, Emmanuel de Richoufftz, Albin Michel, 1987.

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