État et collectivités

Changer de logiciel politique ou aller dans le mur

10 décembre 2015 • Agnès Verdier-Molinié

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Les partis « traditionnels » sont hués par les citoyens lors de ces régionales. Pourquoi ? Un indice frappant vient du constat que tous ces partis traditionnels sont concernés : frappant de noter que les écologistes, en plein COP 21, réalisent un de leurs pires scores, que le front de gauche et les communistes, qui n'ont pourtant de cesse de marquer leur opposition au gouvernement au nom de son non-respect des engagements pris, mordent pareillement la poussière. Qu'enfin les partis de droite, ainsi que leurs alliés centristes, ne profitent guère de ce désamour, et loin en tout cas de leurs attentes. Bien sûr les attaques du 13 novembre sont certainement pour beaucoup dans les inquiétudes des Français et leur demande insatisfaite de sécurité. Mais il faut aller beaucoup plus loin que cette explication. Voir le besoin de renouvellement d'un système interminablement otage d'une caste politique - et syndicale - enfermé dans la cooptation et très éloigné des préoccupations réelles de la population.

Les études d'opinion le disent, les tournées et conférences dans les régions que la signataire de ces lignes a récemment accomplies le confirment, les préoccupations économiques tiennent le haut du pavé : insupportable fiscalité, tracasseries administratives en tous genres, un vent de liberté cherche à souffler, en même temps que le chômage gangrène la société dans un contexte de faillite de l'État et d'absence de projet politique. Beaucoup plus que les devoirs d'une insertion des immigrés ou la lutte contre les inégalités, « le développement économique et la création d'emplois » sont les priorités de 54% des personnes interrogées dans le dernier sondage réalisé par Opinionway pour Le Point. Et la question des impôts (40%) talonne celle de la sécurité (45%). L'opinion française, ici, ne voit dans les partis traditionnels aucun leader capable de tracer une voie.

La vérité ?

Ni les Républicains-centristes ni le Parti socialiste n'ont réussi à comprendre que les Français de nos territoires et de nos entreprises sont à bout. À bout car submergés de taxes et impôts divers, à bout car confrontés à un code du travail et des normes et lois des plus tatillonnent et difficiles à comprendre. À bout car l'emploi disparaît de partout. Les régions Nord-Pas-de-Calais-Picardie et PACA sont parmi les plus touchées par le chômage avec 12,4 % et 11,5%. On remarque qu'il y a ici une corrélation certaine entre le taux de chômage et le vote FN. Croisons les données du vote avec celles de la gestion des régions, il apparaîit que plus les régions sont endettées et mal gérées, plus la pression fiscale est forte, plus le vote FN est important.

Ainsi, les dépenses de fonctionnement de PACA et Nord-Pas-de-Calais (pour les régions et les départements) sont-elles particulièrement importantes. Si on suit aussi l'étude de la pression fiscale pesant sur les entreprises dans ces régions (toutes fiscalités locales confondues), les chiffres sont éloquents : plus de 2.100 euros par salarié en PACA et Nord-pas de Calais-Picardie alors que la Bretagne, par exemple, est à 1.700 euros de pression fiscale par salarié… Dette locale, masse salariale, impôts et chômage ont bien tendance à déraper dans les mêmes bassins territoriaux. Et ce d'autant plus que les mauvaises habitudes de gestion se retrouvent dans les mêmes bassins géographiques à toutes les strates locales, les communes, les intercos, les départements et les régions. Les villes de Montpellier, de Lille ou de Marseille ne font pas figure d'exemples en termes de gestion au cordeau de l'argent public… Pour les autres régions où le FN émerge, c'est la piètre qualité des propositions et le manque d'offre politique qu'il convient de souligner. Beaucoup de nouvelles dépenses annoncées par les candidats de gauche, de la droite et du centre à la fois en Bourgogne-Franche-Comté, des annonces aussi de dépenses en plus en Centre-Val de Loire dans des montants gauche droite à peu près équitables… Toujours les vieilles recettes qui lassent.

Et pour cause, la droite et ses alliés du centre n'ont pas tellement brillé dans cette campagne des régionales pour avancer des pistes de baisse des dépenses publiques et de la fiscalité. La plupart des candidats, quel que soit leur bord politique, proposent même (mis à part Valérie Pécresse, Xavier Bertrand ou Bruno Retailleau…) plus de nouvelles dépenses que d'économies.

Panorama des économies proposées au 2nd tour : (voir fiches complètes)

Comment croire à des économies quand la première d'entre elles aurait été de réduire le nombre de conseillers régionaux avec le passage de 22 à 13 régions (qui était prévue initialement) a été rejetée au Parlement ? Moins de régions mais toujours autant d'élus… avec le blanc-seing du Parlement. Le discours sur la sécurité ne suffira pas pour rassurer des Français lassés de voir que nos gouvernements ont toujours préféré couper dans les dépenses de défense ou pénitentiaire plutôt que dans les dépenses sociales -qui explosent à 34% du PIB- ou les dépenses de fonctionnement de nos services publics et ne faire qu'augmenter en permanence la pression fiscale qui détruit l'emploi. Le verdict sera rendu en avril prochain avec, à la clé, une fiscalité locale encore vraisemblablement à la hausse. Les collectivités locales devraient s'engager à réduire le fonctionnement pour relancer l'investissement public. Donc à la clé: réduction des effectifs, des subventions, des aides improductives, recentrage, etc. Seule la dépense productive et évaluée devrait être privilégiée.

Par ailleurs, le FN a 43% de ses électeurs qui sont des jeunes de 18 à 24 ans, catégorie de la population la plus victime du chômage. « Où sont donc les réformes structurelles susceptibles de faire baisser ce chômage ? » hurlent les Français à des partis qui ne les entendent pas. Et qui ne répondent pas à la question. C'est la fin d'un système. Il faut renouveler le logiciel politique qui se meurt. Le nouveau logiciel passera par l'entrepreneuriat, la baisse de la fiscalité, la baisse de la dépense publique, la diminution du nombre d'agents et du nombre d'élus.

Cette tribune a été publiée dans les pages Opinions du Figaro, le 8 décembre 2015. Voir ici.

 

Commentaires

  • Par Henri SORS • Posté le 28/12/2015 à 12:05 Je trouve toujours curieux de parler de "potion ultra libérale" quand il ne s'agit en réalité que de rationaliser la dépense publique pour aboutir à une baisse des prélèvements obligatoires. De fait, le gaspillage est révoltant et le manque d'action politique pour le stopper patent. Les preuves sont multiples et les exemples foison. Arrêtons de faire de la politique, il ne s'agit que d'agir avec bon sens et courage. Je connais peu d'économistes sérieux, de droite comme de gauche, qui ne s'accordent pas sur le fait que notre problème est le manque d'action (et de réformes), résultat du clientélisme électoral et du manque de courage de nos dirigeants. Personnellement je suis à peu près convaincu du contraire de ce que dit Braize: la plupart des recettes d'Agnès Verdier Molinier, appliquées avec courage, bon sens et honnêteté sont exactement ce qu'il faut pour détourner du vote extrémiste les électeurs ulcérés par le manque d'action de nos politiques.
  • Par Lainé Gérard • Posté le 11/12/2015 à 12:30 Je crois que ce nouveau logiciel que nous appellons tous de nos voeux ne pourra etre écrit qu'après une catastrophe majeure. Heureusement on se dirige tout droit vers cette catastrophe. Car voter aujourd'hui pour " faire barrage au FN " c'est élire les memes incapables qui nous ont amenés dans la situation calamiteuse ou nous sommes. Les memes causes produisant les memes effets il y a de fortes chances que le ras le bol des Français s'amplifie encore et que la conséquence soit une franche victoire du FN aux prochaines éléctions. Hélas ce seront les présidentielles et Mme Le Pen passera. La France sombrera alors, car le programme économique du FN est une ineptie totale. Alors du fond du trou ou nous serons, il sera possible de creer l'électrochoc dont nous avons besoin.
  • Par Jidé • Posté le 11/12/2015 à 12:03 La salle de réunion du conseil régional de Bourgogne a du mal à contenir les 57 conseillers actuels. Où vont s'installer les 43 nouveaux élus de la Franche-Comté? Sans compter les frais de déplacement de ces derniers. Et encore cela ne représente qu'une goutte d'eau dans l'océan des dépenses supplémentaires engagées. Vous avez dir économies?
  • Par Braize • Posté le 11/12/2015 à 12:00 Vous calculez (savamment?) les économies à faire dans les régions et pourquoi pas en effet, mais attention votre appréciation politique n'a rien de savante puisqu'elle repose sur un calcul erroné.

    Je m'explique : vous dites que les électeurs ont hurlé leur ras le bol des partis traditionnels, sous entendu comme jamais et au niveau du jamais connu Mais d'où sortez vous ça ?
    Moi, même pas président, je ne vois que 27,8% de 50% qui a voté Fhaine (6,1 millions de suffrages) soit un peu moins qu'au premier tour de la présidentielle (6,4 millions) et encore chacun sait que c'est sur des motifs essentiellement liés à l'immigration et à l'islam que leur détestation de l'UMPS. 27,8 % aux régionales = 17% aux présidentielles, pas mieux.

    Donc désolé mais calcul erroné.

    J'ajoute que ce n'est pas avec vos potions ultralibérales que vous ferez revenir les classes populaires dans le giron des partis républicains.

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