État et collectivités

Armée de terre : un parc de blindés à rationaliser

20 septembre 2015 • Un expert des questions de Défense

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Dés les années 1950, et dans une logique d'indépendance nationale, le ministère de la Défense (MINDEF) a lancé des programmes français importants d'équipements et d'armement de l'armée de terre en remplacement des matériels donnés ou vendus par les États-Unis d'Amérique. Les progrès en la matière concernaient la protection des personnels et la capacité de feu embarquées. Mais, surtout a été développé le concept du châssis unique (caisse, moteur et train de roulement) sur lequel étaient montés différents systèmes d'arme permettant ainsi d'obtenir les meilleurs coûts d'achat et de maintenance. 

Ainsi, les unités blindées-mécanisées de l'armée de terre (mais aussi la gendarmerie1) ont été équipées, dés les années 1950, du véhicule transport de troupe (VTT) sur un châssis chenillé de type AMX2 13 et sur lequel ont été montés plusieurs autres systèmes d'arme (poste de commandement, canon de 90 et 75m/m, transport et lance-missiles anti-char, SS 11, artillerie sol-sol (canons automoteurs de 105m/m et auto-mouvants de 155m/m), sol-air (canons anti-aériens bi-tubes de 30m/m), génie, poseur de pont, dépannage, évacuation sanitaire...) :

VTT AMX 13

En raison de l'obsolescence du châssis AMX 13, les unités blindées-mécanisées ont été équipées, dés les années 1970, du véhicule de combat de l'infanterie (VCI) sur un châssis chenillé de type AMX 10 (avec capacité amphibie) conçu par GIAT et sur lequel étaient montés un nombre plus restreint d'autres systèmes d'arme3 (poste de commandement, observation et radar d'artillerie, lance-missiles anti-char MILAN, évacuation sanitaire...) :

VCI AMX 10 P

En remplacement des camions d'origine américaine (GMC, Dodge...), française (SUMB4, SAVIEM TP3...) et allemande (Mercedez-Benz UNIMOG), les unités motorisées et légères blindées (mais aussi l'armée de l'air) ont été équipées, dés les années 1970, du véhicule de l'avant blindé (VAB5) transport de troupe avec capacité amphibie, conçu par Renault Trucks, et sur lequel étaient montés d'autres systèmes d'arme (poste de commandement, observation et radar d'artillerie, canon de 20m/m, lance-missile anti-char MILAN, génie, évacuation sanitaire, transmissions, guerre électronique, reconnaissance NRBC...) :

VAB 4 roues

En remplacement des engins blindés à roue conçus par Panhard dans les années 1950 : l'engin blindé de reconnaissance – EBR6 armé de différentes tourelles canons (75 et 90 m/m) et les automitrailleuse légères (AML 60 et 90 m/m7), ont été développés, dans les années 1980, l'AMX 10 RC (reconnaissance-roue avec un canon de 105m/m, conçu par GIAT Industries) et l'ERC-90 Sagaie (Engin Roue avec un canon de 90m/m, conçu par Panhard) équipant respectivement les grandes formations d'infanterie et légères blindées, et celles parachutiste et de montagne dont l'infanterie était armée avec des VAB :

  

AMX 10 RC / ERC 90 Sagaie

Dans les années 2000, le MINDEF a décidé de lancer les programmes du véhicule blindé de combat de l'infanterie (VBCI) en vue de remplacer le VCI AMX 10 et le véhicule blindé multi-rôles (VBMR – Griffon) en vue de remplacer le VAB :

VBCI / VBMR - Griffon

Le châssis du VBMR servira de support à d'autres systèmes d'armée (artillerie, génie...) et surtout à l'engin blindé de combat et de reconnaissance (EBRC – Jaguar) armé d'un canon de 40m/m et 2 lance-missile anti-char devant remplacer l'AMX 10 RC et l'ERC Sagaie :

EBRC - Jaguar

A l'exception de l'armement embarqué du VBCI (1 canon de 25m/m et 1 mitrailleuse co-axiale de 7,62m/m) et du VBMR (soit 1 mitrailleuse de 12,7m/m ou de 7,62m/m, soit 1 lance-grenade multiple), il apparaît que ces 2 matériels ont des caractéristiques générales pratiquement identiques qui sont les suivantes :

  • capacité de transport de fantassins : 9 et 8

  • équipage : 1 chef d'engin radio-tireur et 1 pilote,

  • vitesse maximale sur route : environ 90 km/h,

  • masse au combat : 26 tonnes et 24 tonnes,

  • puissance moteur : 550 et 400 chv,

  • autonomie : environ 800 kms,

  • puissance massique : 19,6 et 16 tonnes,

  • niveau de protection selon les normes standard OTAN à peu prés égal.

Certes, ces matériels qui sont construits par NEXTER, Renault Trucks et Thales, ont, à cette date, des coûts différents :

  • VBCI : environ 4 millions d'€,

  • VBMR : environ 1 millions d'€, montant qui reste à confirmer notamment en prenant en compte l'ajout des différents équipements (armement, protection, transmissions...) et en fonction du calendrier de livraison.

Les commandes du VBCI sont de 630 exemplaires actuellement livrés et celles du Griffon et du Jaguar notifiées en décembre 2014 par le MINDEF sont respectivement de 1 668 et 248 dont les livraisons s'étaleront entre 2018 (au mieux8) et 2033.

Le concept actuel de différenciation entre unités mécanisées et motorisées qui a été créé sur la base de matériels respectivement sur chenilles et sur roues n'est plus patent car le VBCI est aussi, sinon, plus performant que des engins chenillés. Et de plus, des unités comme les 2éme REI et le 2éme RIMa sont équipés de VBCI en remplacement de leur VAB.

Conclusion

La réalisation du programme VBMR peut susciter les questions suivantes :

1/ une commande unique de VBCI qui a déjà fait la preuve de son efficacité en OPEX (notamment lors des engagements en Afghanistan, Liban, Sahel et Centrafrique) n'aurait-elle pas permis :

  • débouchant à terme sur un parc de plus de 3 000 blindés réalisés progressivement sur un châssis unique (VBCI) : de diminuer le coût de sa fabrication (et donc de baisser son prix de vente à l'export9) et les coûts techniques de sa maintenance et de sa mise en œuvre supportés par le MINDEF ;

  • d'éviter les coûts de conception, de réalisation, d'essai et de réception du VBMR ;

  • et surtout d'équiper dès à présent et de façon progressive (sans attendre le calendrier de livraison relativement long du VBMR qui n'est pas, à ce stade, opérationnel) les unités équipées de VAB qui, malgré leur modernisation nécessitée par l'OPEX en Afghanistan, devient obsolète en terme de capacité opérationnelle et dont le taux de disponibilité est de plus en plus faible.

2/ la commande du VBCI T 40 présenté récemment par NEXTER lors du salon IDEX 2015 en février à Abu Dhabi, armé d'une tourelle d'un canon de 40m/m et de 2 lance-missile anti-char n'aurait t-elle pas pu suppléer la réalisation du Jaguar qui a le même type d’armement qui suppose des coûts supplémentaires (conception, réalisation, essai et réception) :

VBCI T40


1Groupement blindé de la gendarmerie mobile (GBGM).

2Ateliers de construction d'Issy-les-Moulineaux

3Les systèmes d'arme notamment artillerie sol-sol (AUF1), sol-air (ROLAND, bi-tubes de 30m/m), nucléaire (PLUTON), génie, dépannage... ont été montés sur le châssis AMX 30 conçu dans les années 1960 en remplacement des blindés américains.

4SIMCA, Unic, Marmon, Bocquet.

5A partir de ce châssis a été conçu le VBC 90 muni d'un canon de 90 mm monté sur une tourelle Giat TS 90 qui a équipé le GBGM.

6Équipant les régiments de reconnaissance de l'arme blindée-cavalerie des forces blindées-mécanisées

7Équipant les régiments de l'armée blindée-cavalerie des forces du territoire et d'intervention (11éme DP et 9éme DIma).

8Initialement, les premières livraisons été programmées en 2015.

9Après le Canada et les Emirats-Unis, le Danemark a décidé en 2015 de ne pas donner suite au contrat de VBCI, préférant le Piranha 5 8×8 de Mowag/General Dynamics moins cher ; reste à suivre la décision du Qatar attendue en 2016.

Commentaires

  • Par Thomas • Posté le 25/09/2015 à 05:24 Dans le bref historique que vous proposez, j'ai noté plusieurs erreurs qui ont quand même leur importance car elles mettent en exergue le problème budgétaire constant auquel est confrontée l'armée de Terre depuis la fin des guerres de décolonisation.
    Ainsi, les matériels développés dans le années 1950 (série AMX 13) ne sont arrivés dans les unités non pas "dès les années 50", mais seulement à la fin des années 60.
    De même ceux développés dès les années 70 (AMX 10 et VAB) n'ont été généralisés qu'au début des années 80. Au passage on doit également souligner que le VAB 4x4 a été choisi par rapport au 6x6 uniquement pour des raisons budgétaires.
    Quant au VBCI dont vous notez, à juste titre, les qualités et bien c'est très simple : il coûte 4 fois plus cher que le futur VBMR…
    Alors rationnaliser le parc est une excellente idée, mais je ne pense pas que la solution que vous proposez soit à la portée des finances des Terriens.
    J'en suis même certain.
    Réponse de l'auteur : Les premiers blindés sur châssis AMX 13 ont commencé à être livrés dès les années 1950 (il est vrai : plutôt la fin que le début de cette décennie) et notamment dans les forces françaises en Allemagne – ex : 8éme GCMéca et 42éme Riméca (dès 1958-1959).De même, en accord avec la généralisation de ce type de matériel dans les années 1980, mais déjà au sein de certaines écoles d'application (comme l'infanterie) dès 1976 les officiers-éléves étaient formés sur ce type de matériel et profitaient de prestations de régiments qui commençaient à en être équipés.
    Concernant votre remarque sur le VAB 4x4 : « Au passage on doit également souligner que le VAB 4x4 a été choisi par rapport au 6x6 uniquement pour des raisons budgétaires. » Oui, cela mérite d'être soulignée alors que le VAB 6x6 a été vendu à l'export.
    Enfin concernant votre remarque : « Quant au VBCI dont vous notez, à juste titre, les qualités et bien c'est très simple : il coûte 4 fois plus cher que le futur VBMR… » Pour l'instant, le coût du VBMR est estimé à 1 millions d'euros à l'achat mais ce prix dont le périmètre d'être précisé (en particulier avec les différents équipements) restera à être confirmé, notamment lors des commandes fermes inscrites dans les différentes lois de finances à venir ; en outre, il restera à évaluer et à prendre en compte les coûts de réception technico-opérationnelle (notamment, expérimentation, éventuelles modifications, validation...) dans les centres d'essais de la direction générale de l'armement (DGA) et de l'armée de terre, puis ceux de la maintenance et du fonctionnement, notamment au sein de la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres (SIMMT) et des bases de maintenance du Service de la maintenance industrielle terrestre (SIMTer) ; donc, la question est de savoir si l'économie générale du VBCI déjà opérationnel n'est-elle pas plus intéressante que celle du VBMR non encore opérationnel ?
    Finalement, concernant votre conclusion : « Alors rationaliser le parc est une excellente idée, mais je ne pense pas que la solution que vous proposez soit à la portée des finances des Terriens. J'en suis même certain. » Si on prend les exemples des constructeurs de véhicules dans le secteur privé, un effort de rationalisation a été fait sur le moteur, les équipements, voire le châssis, et ceci pour diminuer les prix de vente avec, in fine, une baisse relative de coûts d'entretien (prix de vente des pièces détachées et des fluides) pour les utilisateurs et les propriétaires. Concernant l'équipement de l'armée de terre et son coût, peut être posée la question suivante : est ce que les troupes aéroportées et de montagne qui évoluent dans des zones géographiques particulières, ont elles besoin des VBMR ? Ne pourraient-elles pas être équipées de matériels spécifiques comme c'est déjà le cas avec les véhicules de haute mobilité (VHM) des troupes de montagne et qui sont moins chers que les VBCI et les VBMR.
  • Par Bergerault philippe • Posté le 24/09/2015 à 20:35 Cela fait furieusement penser a l'aéronautique de combat des années 1935-40 !
    Réponse de l'auteur : Pour rester dans le domaine des blindés, il est à noter que les matériels de l'armée française dans les années 1930-1940 étaient bien souvent de meilleure qualité que ceux de l'armée allemande, toutes proportions gardées : cependant, ils se caractérisaient par une grande diversité et variété (environ une soixantaine de modèles qui n'avaient pas tous le même châssis), ce qui avait inévitablement des conséquences sur leur prix d’acquisition et le coût de leur maintenance.

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