Emploi et politiques sociales

Syndicats étudiants, et la représentativité ?

10 mars 2016 • Benoît Bouillé

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L’opposition de l’Unef à la loi travail de Myriam El Khomri place une nouvelle fois les syndicats étudiants sur le devant de la scène. Pourtant, avec moins de 9% de taux de participation aux élections étudiantes, on peut douter de la légitimité de leur action. L’Unef, avec ses 19.000 adhérents revendiqués, représente moins de 1% des étudiants.

Quelle représentativité ?

Un rapport réalisé en 2004 par l’association Civisme et Démocratie donnait les chiffres suivants pour les élections aux Crous (Centre national des œuvres universitaires et scolaires) : 5,53% de participation, soit 115.000 étudiants sur plus de 2 millions à l’époque. Par ailleurs, seuls 10% des bureaux de vote enregistraient plus de 50% des votes. Aujourd’hui, les chiffres ne sont pas meilleurs, les élections de 2014 aux Crous et aux conseils centraux des universités n’ayant enregistré qu’une participation de 8,5% soit environ 200.000 votants sur plus de 2,43 millions d’étudiants, en baisse par rapport aux élections de 2012 qui comptaient alors 9,1% d’électeurs.

De même, aux dernières élections au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), il n’y a eu que 1.444 suffrages exprimés sur 1.887 soit 76,5% du corps électoral des « grands électeurs », mais ces derniers représentent seulement 0,7% des étudiants français ayant voté. Et si l’on rapporte ce chiffre au nombre total d’étudiants, on s’aperçoit que les 11 représentants étudiants au Cneser n’ont en réalité été élus que par 0,06% des étudiants de France. Rappelons d'ailleurs, que l’Unef, ne représente que 0,8% des étudiants avec 19.000 adhérents.

De manière plus anecdotique, l’âge des dirigeants est également source d’interrogations quant à la représentativité de ces derniers. L’actuel président de l’Unef, William Martinet, est âgé de 27 ans, vient tout juste d’obtenir sa licence, diplôme de niveau Bac+3 qu’on obtient pourtant généralement entre 20 et 22 ans. Son prédécesseur, Emmanuel Zemmour, bachelier en 2005, avait quant à lui pris la tête de l’Unef à 24 ans en 2011, soit 6 ans après le Bac, date à laquelle bon nombre d’étudiants terminent leurs études, pour la quitter à 27 ans en 2014. Il en va de même pour Jean-Baptiste Prévost, président de l’Unef de 23 à 27 ans ou de Bruno Julliard, président de 24 à 26 ans. Le président de la FAGE, Alexandre Leroy a quant à lui 26 ans. 

Quelles sont les organisations étudiantes ?

Les associations étudiantes sont reconnues représentatives par le ministère de l’Éducation nationale si elles disposent de sièges au Centre national des œuvres universitaires (Cnous) et au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser). Aussi en 2016, seules 3 associations sont dites représentatives : l’Unef, la Fage et PDE[1]. Le Mouvement des étudiants (MET-UNI), branche étudiante de l’UNI[2] a quant à lui perdu sa représentativité en 2015 mais conteste le résultat des élections, arguant de fraudes. La représentativité est très importante pour ces associations, car si elle permet de siéger dans les instances nationales, elle débloque surtout l’accès aux subventions publiques.

 

Cnous

Cneser

Unef

4 élus

5 élus

Fage

4 élus

5 élus

PDE

-

1 élu

Il existe également de nombreuses autres associations étudiantes, même si elles ne sont pas représentatives au sens du ministère, comme la Confédération étudiante, proche de la CFDT, Solidaires étudiant-e-s (Sud) d’extrême-gauche, Fac verte, association écologiste, ou encore les Étudiants musulmans de France.

Quelles sont les élections étudiantes ?

Le mode de scrutin aux instances nationales se fait sur un mode indirect. Les étudiants sont d’abord appelés à voter dans chaque académie pour désigner leurs représentants aux Crous. Puis ces derniers éliront eux-mêmes, par la suite, les 8 délégués qui iront siéger au Cnous. Dans toutes les universités, les étudiants votent aussi pour désigner des représentants dans 3 instances différentes propres à chaque université : conseil d’administration, conseil des études et de la vie universitaire (Cevu) et conseil scientifique. L’ensemble de ces élus forment alors le corps électoral chargé d’élire les 11  représentants des étudiants au sein du Cneser. Il s’agit donc de démocratie indirecte. Ce sont ces élections qui permettent aux associations d’être ou non « représentatives ». Pourtant, comme on l'a vu plus haut, on s’aperçoit que cette « représentativité » est largement galvaudée, notamment à cause du très faible taux de participation.

Des organisations politisées

L’Unef est souvent appelée « la pouponnière du Parti socialiste » à qui elle a fourni bon nombre de cadres : Julien Dray, Jean-Christophe Cambadélis, Philippe Darriulat, Pouria Amirshahi, Jean-Baptiste Prévost, Bruno Julliard, Manuel Valls, etc. Il en va de même pour l’Uni, son concurrent de droite, par laquelle sont passés Guillaume Peltier, Xavier Darcos, François Fillon, Nicolas Sarkozy, etc.

On voit bien sur le graphique ci-dessous (source : Le Point), les liens étroits entre deux des principales organisations étudiants avec le Parti socialiste pour l’Unef et Les Républicains pour l’Uni. Les subventions de l’Unef, qui avaient augmenté sous Nicolas Sarkozy, explosent sous François Hollande, passant de 475.809 euros en 2012 à 659.339 euros en 2013, soit une hausse de 185.530 euros. À l’inverse, le gouvernement Hollande a véritablement coupé les vivres à l’Uni avec -96% de subventions entre 2012 et 2014[3]. La réserve parlementaire 2015 fait d’ailleurs la part belle aux organisations étudiantes. Benoît Hamon et Pouria Amirshahi ont ainsi donné respectivement 5.000€ et 10.000€ à l’Unef et Valérie Pécresse 4.000€ à l’Uni. Au total, l’Unef a reçu plus de 67.000€ de la part de parlementaires[4]. L’Unef a donc touché de la part des ministères et de parlementaires plus de 660.000€ en 2014... une somme à rapporter à son audience, soit 0,8% des étudiants.

Les mauvais comptes des mutuelles étudiantes

Dès 1948, l’Unef obtient la création et la gestion par les étudiants d’une mutuelle étudiante : la Mutuelle nationale des étudiants de France, la Mnef. Cette mutuelle se retrouvera dans les années 1970 noyautée par les trotskystes et les lambertistes et il en suivra un scandale politico-financier d’une rare ampleur à la fin des années 1990. Plusieurs figures socialistes seront condamnées, tel Jean-Christophe Cambadélis, ancien président de l’Unef. Cette affaire coûtera également son poste à Dominique Strauss-Kahn, alors ministre de l’économie. La Mnef disparaîtra en 2000 pour laisser place à la LMDE régulièrement étrillée par l’UFC, le Sénat, la Cour des comptes et d’autres, pour une qualité de service très loin des standards, une faible productivité et un noyautage en règle de la part de l’Unef. Le journal Le Monde révélait également dans un article du 18 février 2013 que "chaque bénévole perçoit en moyenne 1.200 euros par mois, les mieux lotis atteignant 2.200 euros" et ce, alors que les statuts de la LMDE prévoyaient la gratuité des fonctions. 

Les mêmes causes conduisant inévitablement aux mêmes effets, la LMDE a fait faillite en 2015 et sa gestion administrative a été transmise à la Sécurité sociale. Elle laisse derrière elle une ardoise de 65 millions d’euros de dettes.


[1] Respectivement : Union nationale des étudiants de France, Fédération des associations générales étudiantes et Promotion et défense des étudiants.

[2] Union nationale interuniversitaire.

[3] Source graphique : Le Point.fr

Commentaires

  • Par reiller • Posté le 12/03/2016 à 18:36 Je ne comprends pas la nécessité d'une représentation nationale des étudiants: à ma connaissance ils ne risquent pas d'être exploités.

    En quoi leur participation à la gestion des universités , prises une à une, est elle insuffisante? A l'étranger c'est comment?

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