Société civile

Emploi et politiques sociales

Stopper la création de logements sociaux

N° 168 • 07 mai 2016 • Sandrine GorreriPhilippe François

Ces dernières années ont été marquées par un déchaînement normatif et bureaucratique en matière de logement. Et cela en utilisant une partie de l’épargne des Français, immobilisée pour financer des logements sociaux qui représentent 17% du parc de logements, c’est-à-dire plus de deux fois la moyenne au sein de l’Union européenne (8,6%). La France dépense plus de 40 milliards d’euros par an pour la politique publique du logement.

Le résultat n’est pourtant pas à la hauteur de cet effort. Dans les zones tendues, où la crise du logement se concentre, la puissance publique est incapable de trancher entre loger les plus pauvres et « faire de la mixité sociale ». D’où un paradoxe stupéfiant. En zone urbaine, les locataires les plus pauvres (premier décile de revenus) sont majoritairement logés dans le parc privé tandis que 25% des occupants de logements sociaux appartiennent aux cinq derniers déciles de revenus.
 
Dès lors, la construction de logements sociaux est une fuite en avant : il en faut toujours plus. Entre 1985 et 2011, on observe une augmentation de 53% du parc social. Sur la même période, les bailleurs privés ont été peu à peu dégoûtés à cause d’une fiscalité exorbitante passée de 37 milliards d’euros en 2000 à 63 milliards en 2013. Avec la loi SRU renforcée en 2013 et aujourd’hui le projet de loi « égalité et citoyenneté », c’est une nouvelle étape qui est franchie dans la bureaucratisation du logement. On a trop longtemps stérilisé l’épargne des Français en canalisant subventions et prêts sur fonds du livret A. Simplification des structures, simplification des financements, baisse des coûts de gestion, il est temps de poser la question de la réforme du logement social.
  • La politique publique du logement coûte 2,3% du PIB, un chiffre deux fois supérieur à la moyenne européenne ;
  • 500 organismes de logement social gèrent un parc de 4,7 millions de logements. En Île-de-France ils sont 143 organismes ;
  • Les aides publiques en direction des bailleurs sociaux représentent 9 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 7 milliards d’aides personnelles que perçoivent directement les bailleurs sociaux ; 
  • Les HLM présentent une trésorerie égale à sept mois de loyers, soit 10 milliards d’euros, ou l’équivalent de 20 années d’aides à la pierre ;
  • Les aides personnelles au logement sont avant tout des aides sociales : leur montant (17 milliards d’euros) est supérieur aux allocations familiales (12,5 milliards) ou encore au RSA socle (7,8 milliards).

Commentaires

  • Par HULLIN Michel • Posté le 21/07/2016 à 16:25 ce que vous dénoncez est une évidence sauf pour nos élus qu'ils soient de gauche ou de droite.Il faudrait absolument que les futurs candidats à la présidentielle 2017 annoncent leur projet sur ce point précis car les règles actuelles sont coûteuses et dangereuses.

    La commune où je réside ne pourra jamais atteindre les 25 % de logements sociaux pour la bonne raison que 75% des habitants sont propriétaires.

    On a l'impression que seule l'idéologie commande les décisions et que le simple "bon sens "fait défaut à nos énarques.
  • Par CASASNOVAS Jean Claude • Posté le 16/06/2016 à 21:39 La situation que vous décrivez est interessantescar peu souvent évoquées dans la grande presse sous cet angle. Au cours d'un voyage il y a 2 ans à Berlin, un des guides touristiques rencontré nous a précisé que le salaire moyen à Berlin était à l'époque de 900 €/mois. Comment peut-on se loger dans la capitale avec un salaire si bas. Pensez au salaire moyen à Paris que est le double du national pour faire face aux loyers. Les Allemands ne spéculent pas sur les logements qui sont détenus par des offices d'assurances (?). Les Allemands placent leur argent dans l'entreprise. Les Français ne spéculent que sur l'immobilier et fuient l'investissement en entreprise. La preuve avec nos fleurons qui sont rachetés par l'étranger comme Alsthom. Les faire changer d'avis résoudrait le problème que vous dénoncez sur l’excès du logement social...Mais personne ne n'attaque à ce sujet. Rendre la confiance aux Français dans l'esprit d'entreprise ????
  • Par A ADAM VAN GEEM • Posté le 16/06/2016 à 16:55 après avoir dissuadé les investisseurs privés par une avalanche de normes, taxes etc. PAR PUR SECTARISME, l'état dilapide l'argent public en constructions inefficaces : par exemple logements vides car construits dans des communes où il n'y avait pas de besoins.
  • Par M. Michaud Christian • Posté le 13/06/2016 à 18:25 Dans l'évaluation des coûts du logement social pour la collectivité (particuliers ET entreprises), il faut également intégrer la perte de revenus promoteur induite par la part 'sociale' de chaque programme, vendue par obligation à perte aux bailleurs sociaux à 2.2k du m2 alors qu'il en coûte parfois 2.5k pour les fabriquer... Sans parler de la valorisation de plus en plus délicate des programmes neufs dans des régions où le logement social est vécu comme une plaie et non pas comme un élan nécessaire...
  • Par Jean de Bodman • Posté le 12/06/2016 à 14:55 Passionnant, mais contre-intuitif: les Français sont convaincus que "la crise du logement" les concerne tous...alors qu'elle touche 20% d'entre eux
  • Par LE DAUPHIN • Posté le 12/06/2016 à 09:12 Je suis d'accorc avec vous pour stopper la construction de logements sociaux et aussi pour qu'ils

    soient réservés aux plus démunis.
  • Par RABILLER • Posté le 10/06/2016 à 01:34 Stopper la construction des logements à destination sociale, peut-être pas..., mais il faudrait, aussi, faciliter la rénovation de logements "anciens " dont d'anciens locataires sont propriétaires , mais submergés par des charges "privées".
  • Par Chris • Posté le 09/06/2016 à 22:34 Le bilan d'interventions de l'Etat dans le secteur du logement est donc très contestable. Les interventions de l'Etat dans le secteur privé n'ont guère été mieux inspirées. Le contrôle des loyers, et autres formes de surprotection légale du locataire, éloignent de nombreux épargnants de l'investissement locatif. Cette situation, au lieu de conduire les décideurs à reconnaître que l'intervention étatique était à la source du problème, a inspiré la massification des politiques de logement social. De plus, le modèle urbain et architectural des HLM construits en masse dans les années 60-70 s'est révélé désastreux et a favorisé la concentration de familles pauvres dans des quartiers sans activité et sans emplois de proximité disponibles en nombre suffisant. Il en a résulté une explosion de l'insécurité dans ces fameux quartiers dits "sensibles", qui sont parfois devenus aujourd'hui des zones de non droit où la majorité silencieuse et honnête est soumise à la violence et à la loi arbitraire. La gestion des organismes HLM est mauvaise. Un exemple, dans une agence prive de gestion locative deux employés gèrent 1.000 logement. Dans les organismes de certaines villes ils sont 18 personnes pour le même travail. Le clientélisme dans toute splendeur.
  • Par GERARD • Posté le 09/06/2016 à 20:21 Vous avez totalement raison. Il faut arrêter cette politique folle. Beaucoup de choses peuvent être ajoutées à ce que vous dites. Ainsi il y a pas mal de secteurs géographiques (y compris en RIF) où un propriétaire vendra son terrain plus cher à un organisme "social" qu'à un promoteur privé.

    La raison de fond de tout cela est qu'on continue à mener une politique de sortie de guerre (à cette époque, il était normal d'être dirigiste) pour une des consommations fondamentales des ménages (juste après l'alimentation et le vêtement).

    Il est amusant d'ailleurs d'imaginer ce qui se produirait aujourd'hui dans l'alimentation si l'on avait continué la politique aidée de sortie de guerre : une grande gabegie, de multiples insatisfactions, des ménages laissés de côté !