Emploi et politiques sociales

Rexecode : le faible temps de travail de la France

12 janvier 2012 • Agnès Verdier-Molinié

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Dans un document de travail publié aujourd'hui sur la durée effective du temps de travail en France et en Europe, Coe-Rexecode montre que les salariés français travaillent beaucoup moins que les salariés européens et pointe du doigt l'échec des 35 heures « en ce qui concerne l'ambition de créations d'emploi par un autre partage du travail » et le succès de l'Allemagne qui a réussi selon le rapport son partage du travail en développant le travail à temps partiel.

Entretien avec l'économiste Gilles Koléda, co-auteur du rapport.

Fondation iFRAP. Vous montrez dans votre rapport sur la durée effective du travail comparée en Europe que la France est le pays (avec la Finlande) dont la durée du travail est la plus faible d'Europe. 1679 heures soit 225 heures de moins que les Allemands. Comment expliquer cet écart avec l'Allemagne ? La réduction du temps de travail (35h), le nombre de congés et de jours fériés élevés en France sont-ils responsables de cet écart ?

Gilles KOLEDA. Les 35 heures nous semblent une cause évidente. La différence en termes de jours de congés annuels n'est pas prépondérante entre la France et l'Allemagne. Du fait du taux de natalité supérieur en France, il est possible que les congés maternités puissent participer à l'explication.

[(Gilles KOLÉDA est Directeur des études au sein
de Coe-Rexecode. Il est en charge de travaux
portant notamment sur la politique économique.
Il est maître de conférences à l'Institut
Universitaire de Technologie de Tours et a rejoint
Coe-Rexecode en 2008. Il est docteur en économie
de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
habilité à diriger les recherches, et titulaire du magistère
d'économie de l'Université Paris 1 Panthéon-
Sorbonne.
)]

Fondation iFRAP. Comment expliquer que le taux de productivité horaire français ait moins augmenté sur la période 1999 - 2010 ?

Gilles KOLEDA. La croissance de la productivité horaire en France a été de 17% sur la période 1999-2010 ce qui est comparable à l'Allemagne (18,5%) ou les Pays-Bas (20%). On ne peut pas vraiment relever une faiblesse sur ce point. L'Italie en revanche a connu de très faibles gains de productivité horaire sur la période (+7%)

Fondation iFRAP. Comment expliquer que votre étude montre que les salariés français travaillent beaucoup moins d'heures par an que la moyenne européenne tandis que les non salariés travaillent autant que les Allemands soit 2453 heures contre 2459 heures par an ?

Gilles KOLEDA. Dans tous les pays européens, la durée moyenne effective de travail des non salariés est supérieure à celle des salariés. En France, le passage aux 35 heures a eu un impact sur la durée du travail des salariés qui a baissé relativement plus qu'ailleurs. Les non salariés n'ont pas été concernés par cette mesure.

Fondation iFRAP. Nous proposons à la Fondation iFRAP que le temps de travail soit négocié par branche ou par entreprise et non plus au niveau national comme c'est le cas aujourd'hui. Est-ce cela que vous évoquez dans votre rapport par : "Une politique de libération de la durée du travail dans le cadre d'accords négociés permettrait une augmentation du pouvoir d'achat et une augmentation de l'emploi." ?

Gilles KOLEDA. Oui, tout à fait. Les ajustements spontanés et négociés de la durée du travail s'avèrent plus efficaces que la baisse réglementaire de la durée légale. L'Allemagne est un exemple réussi de « partage du travail ». Le pays a encouragé la négociation d'entreprise, le développement du temps partiel et une baisse limitée de la durée effective de travail. Cela a permis une augmentation du taux d'emploi et des gains de pouvoir d'achat supérieurs à ceux que la France a connus.

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