Emploi et politiques sociales

Livre : La médecine sans médecin ? de Guy Vallancien

Le numérique au service du malade

24 novembre 2015 • Philippe François

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Quand Guy Vallancien a commencé à soigner des malades, la médecine avait déjà fait des progrès décisifs : l’asepsie, la médecine clinique, les vaccinations, l’anesthésie étaient connus depuis presque un siècle, la radiologie depuis cinquante ans et les antibiotiques depuis vingt ans. Loin de ralentir, l’auteur a été témoin (et acteur) d'évolutions extraordinaires au cours de sa carrière de chirurgien, professeur d'université, praticien hospitalier à l'Institut mutualiste Montsouris. Mais dans le monde entier, ces progrès s'accélèrent. Pour que la France reste parmi les pays en pointe et pour que les Français soient encore très bien soignés, de profondes évolutions de notre système de santé sont indispensables et urgentes.   

Loin de poser un regard nostalgique sur le passé et blasé sur l’avenir, Guy Vallancien prévoit de nouvelles évolutions tout aussi remarquables. À condition que les Français ne se replient pas dans des attitudes magiques irrationnelles. C’est la grande colère développée dans les premiers chapitres de son livre. Contre « La panique générale instituée en résistance citoyenne ! », il supplie : « S’il vous plait, n’empêchez pas le progrès ! ». Mais ne se contente pas de cela : « Surtout ne pas courber l’échine, attendant, immobiles, que la tornade passe, ni rester à genoux, tétanisés par le déferlement de mensonges, d’autant mieux crus qu’ils sont plus grossiers.  Le temps est venu de convaincre. » La peur des OGM et des nanotechnologies est citée, mais plus généralement tous les précautionneux qui auraient fait obstacle aux progrès dont ils bénéficient pourtant. 

Efficacité et innovation

En supposant gagnée la lutte contre l’obscurantisme, Guy Vallancien traite de deux vrais problèmes : l’amertume, la rancœur même des médecins libéraux ou hospitaliers et les déficits de l’assurance maladie, et de deux solutions, l’innovation et l’efficacité. L’innovation va coûter de plus en plus cher, on le voit avec de nouveaux traitements individualisés de dizaines de milliers d’euros chacun. Mais l’auteur estime qu’il existe des marges d’économies considérables à l’hôpital et dans la médecine de ville « L’hôpital trop gras ! …  Il ne s’agit pas d’économiser, c’est la gabegie qu’il faut combattre ! ». Les chiffres qu’il cite sont impressionnants : « Dans le système hospitalier, 13.000 praticiens en 1984, 45.000 en 2014. Cherchez l’erreur. Elle tient avant tout à la désorganisation déplorable de la chaîne sanitaire ». Et la désillusion des médecins et des autres professionnels de la santé doit être combattue par une redéfinition des rôles.   

Média-Médecine

Sous ce terme étrange1​ se cache la révolution que l’auteur estime inévitable et appelle de ses vœux. Paradoxalement, il s’agit à la fois de l'industrialisation des soins et de leur personnalisation, d’une montée en puissance de la technologie et d’un renforcement de la proximité. Les imageries médicales et analyses biologiques toujours plus précises remplacent le médecin pour la plupart des diagnostics ; le décryptage du génome permet de prévoir les maladies ; Internet donne accès au savoir scientifique le plus récent, au dossier médical du patient et à l'expertise de confrères en cas de problème particulier ; les robots qui assistent actuellement le chirurgien, pourraient être pilotés par des ingénieurs spécialisés avant d’opérer seuls dans les cas standards. 

La médecine sans médecin ?

À cette question posée par le titre de son  livre, l’auteur répond "non". Déchargé de nombreuses tâches (« Dois-je faire autant d’années d’études[1] pour faire lire ZU à deux mètres, vérifier si l’enfant a les pieds plats ou un petit souffle au cœur ? »), le rôle du médecin, et plus particulièrement du médecin généraliste, est de faire la synthèse de l’ensemble des informations reçues, d’exposer la situation au malade et de décider du traitement avec lui «  Mon vrai rôle de médecin redeviendra celui qu’il aurait  dû être. L’essence de ma vocation est l’écoute, l’attention à l’être en souffrance, sa prise en charge la plus personnelle qui soit, tenant compte de ses particularités propres, familiales, professionnelles, socioculturelles, et religieuses, dans une proximité que la machine ne pourra pas créer ». Au Royaume-Uni les médecins sont déjà entourés par un secrétariat qui prend en charge l’administration et par des nurse practitioners pour réaliser ou faire réaliser les investigations nécessaires. Mais à côté de de la pratique "normale" encadrée par des processus très codifiés, l'auteur considère que "La vraie valeur du médecin : trangresser" est un droit et un devoir essentiels quand des cas particuliers se présentent. Un passage du livre où l'on ressent que lui reviennent en mémoire des cas précis qu'il n'oubliera jamais.    

Agir

Réforme et raccourcissement des études médicales, redéfinition des rôles des différentes professions médicales et non médicales, existantes ou à créer, diversification des modes de rémunération des médecins, distinction entre faute et erreur médicale, accompagnement de la fin de vie, ouverture des données de santé, désert médicaux, gestion des crises sanitaires, etc. Guy Vallancien couvre la quasi-totalité du domaine de la santé et propose des idées fortes. Comment faire pour les mettre en place ? En quatorze pages, l'épilogue du livre propose un ensemble de mesures concrètes pour y parvenir, mais d’abord remplacer l’État gérant par l’État garant. Une mesure qui, pour l'iFRAP, implique l'ouverture à la concurrence de l'assurance maladie obligatoire comme en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Suisse, le seul levier capable de mettre le système de santé français en mouvement vers les objectifs fixés par Guy Vallancien. 

[1] Ndlr : de 10 à 14 ans

[1] L'auteur précise qu'il ne sagit pas médecine dans les media !

Commentaires

  • Par GillesDerval • Posté le 20/12/2015 à 21:57 chirurgien-dentiste en arrêt à 53 A suite à une greffe bipulmonaire, mais le livre du

    Dr Vallancien est interessant et à lire, mais ce que j' ai lu ici, et ce qu'il faudrait faire est l'inverse que ce que la loi de Me Tournaire, qui comme beaucoup de politiques, veut faire, une médecine administrée, dans laquelle les professions médicales ne seront que les ouvriers d'une sorte de sécurité sociale, donc ils ne pourront plus faire leur métier libéralement ; ce sera une médecine étatisée, qui coûtera encore plus cher, mais avec moins de moyens, de matériels médicaux, plus d'administration créant une baisse de la valeur de notre medecine, un peu la même chose que ce qui s' est passée dans l'éducation nationale
  • Par reiller • Posté le 02/12/2015 à 08:39 Le commentateur précédent parait oublier qu'un espace de concurrence existe: celui des coûts internes, ou de gestion. Et il y a bien sûr la qualité du service médical rendu, comme vous le faites remarquer, ainsi que la diffusion des informations de performances.
  • Par Gérard Arcega • Posté le 27/11/2015 à 09:49 De propos instructifs. Mais pour la mise en concurrence on se heurte à un obstacle majeur : un bon assureur proportionne les cotisations aux risques (bonus malus), ce qui en matière de santé revient à sanctionner les grands malades potentiels, les handicapés, les personnes âgées, les familles avec beaucoup d'enfants. Par ailleurs les cotisations maladies sont obligatoires, c'est la garantie de la solidarité.
    Si on ne proportionne pas les cotisations au risque, on se met en concurrence sur quoi? l'épaisseur de la moquette de la salle d'attente, la prévention, les services divers et variés, bref sur des prestations périphériques qui ne font pas une vraie concurrence?

    Si les assureurs privés peuvent choisir leurs clientèles en fonction de leurs risques (plutôt jeunes et en bonne santé) et pas les assurances publiques, on en revient à des solutions technocratiques de versements compensatoires de cotisations, autre usine à gaz bureaucratique que ne satisfait jamais personne.

    REPONSE : En Allemagne et au Pays-Bas par exemple, les assureurs ne doivent pas sélectionner leurs clients et un mécanisme de compensation est mis en place pour corriger les écarts inévitables de recrutement. La concurrence se fait sur le service fourni aux assurés. Cela permet par exemple des suivis différenciés suivant ce que souhaitent les assurés et des expérimentations d'innovations beaucoup plus dynamiques qu'en France par exemple de dossier médical électronique, de suivi des diabétiques, de partage des taches entre médecins et autres professions médicales, de modes de consultations etc.La santé et les soins sont des sujets très complexes, l'idée actuelle de la CNAM et du gouvernement du "tous pareils" et "On va vous dire comment faire" est ridicule. Ailleurs cette méthode a produit la Traban.
  • Par Antoine Giraud • Posté le 26/11/2015 à 19:28 Qui aura le courage?

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