Emploi et politiques sociales

Le marché mondial des talents existe

25 juillet 2012 • Philippe François

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« Il n'existe pas de marché mondial des hauts dirigeants ». A l'abri de cette pétition catégorique, ISF, taxation à 45 et 75%, plafonnement des revenus pourraient être mis en place dans notre pays sans risque de fuite des talents. A vérifier.

Sir Lindsay Owen-Jones, Christophe A. Viehbacher, Lars Oloffson, Carlos Ghosn, Ben Verwaayen ne sont pas des patronymes vraiment franchouillards. Pourtant, ils sont, ou ont été récemment à la tête de L'Oréal, Sanofi-Avantis, Carrefour, Renault et Alcatel. Avec des succès divers, mais, incontestablement, les conseils d'administration ou les actionnaires de ces entreprises les plus prestigieuses de France ont estimé devoir aller chercher leurs plus hauts dirigeants sur le marché mondial.

Il est vrai que de nombreuses autres entreprises sont dirigées exclusivement par les élites bien françaises. C'est notamment le cas des établissements financiers, domaine réservé des hauts fonctionnaires (AXA, AMF, BNP, Société Générale, CDC, BPCE, …). Et aussi pour les entreprises industrielles historiques (EDF, GDF, SNCF, RATP, Air France, EADS) réservées aux ingénieurs des Grands Corps.

La tragi-comédie actuelle de la recherche du nouveau DG de la CNP Assurances donne une idée de cette parfaite consanguinité. Pourvoir ce poste ne constituait pourtant pas une surprise, son prédécesseur étant parti parce qu'il avait atteint la limite d'âge règlementaire. Trois candidats sont actuellement sur les rangs : Augustin de Romanet, Antoine Lissowski, Jean-Pierre Menanteau, tous les trois étant des Sciences Po/ENA typiques. Le tout nouveau président de la CNP est Jean-Paul Faugère qui a suivi la même filière, avec en plus Polytechnique, et le nouveau président de la CDC, organisme qui chapeaute la CNP, est Jean-Pierre Jouyet, tout aussi Sciences Po/ ENA.

Pour ces entreprises, le problème ne vient pas du risque de voir trop de leurs hauts dirigeants débauchés sur le marché mondial, mais de celui de ne pas en voir assez, et donc de ne pas offrir de places à des dirigeants atypiques. On imagine le choc salutaire que pourrait constituer l'arrivée d'un Allemand, d'un Australien ou d'un Japonais à la tête de la SNCF ou de la CNP.

La difficulté d'attirer en France des sommités mondiales actuelles (entrepreneurs, dirigeants, chercheurs, artistes, athlète, etc.), ou de retenir ceux qui vivent en France, constitue un problème réel pour notre pays.

Commentaires

  • Par Philippe François • Posté le 24/08/2012 à 19:36 Cette affirmation me semble tout à fait gratuite, notamment pour les professeurs de médecine dont les revenus dépassent rarement 200.000 euros par an. Seuls de très rares chirurgiens peuvent peut être atteindre le million ... et ce n'est pas le copinage qui pourrait convaincre les malades de se faire opérer par des incompétents.

    Pour les propriétaires de PME, la vitesse avec laquelle un héritier incompétent met généralement son entreprise en faillite est un gage très sain de récompenses des mérites. Il est possible qu'il existe encore des créneaux protégés de la concurrence, mais avec la mondialisation et l'évolution les technologies, ils sont très rares dans le secteur privé. Il est naturellement nécessaire de pousuirvre leur élimination.

    Quant au marché international des talents, je vous suggère de lire ma réponse au lecteur précédent qui vous convaincra que ce marché existe: les entreprises françaises recrutent des PDG étrangers et les entreprises étrangères des PDG français.
  • Par jboss • Posté le 24/08/2012 à 19:36 La grande majorité des hauts revenus (> 1 million d'€) ne doivent pas leur revenu à leur talent mais à leurs relations et leur entregent. L'héritier d'une grosse PME, le professeur de médecine, le gestionnaire de fortune, l'huissier propriétaire d'un gros cabinet, le gros franchisé... Tous ces gens se peuvent pas partir. Cela a été démontré dans la revue "Actes de la recherche en sciences sociales", n° de février. La plupart des postes bien payés sont obtenus par cooptation ou héritage et il n'y a pas de marché mondial structuré des talents.
  • Par Philippe François • Posté le 24/08/2012 à 17:09 Cette note ne cite que des dirigeants étrangers à la tête d'entreprises françaises. Le marché est évidemment à double sens. Des exemples :
    Cette semaine, on apprend que le Français Hubert Joly, HEC, a été recruté comme Directeur Général de Best Buy, une entreprise américaine de vente de produits électroniques grand public qui compte 167.000 salariés.
    Oui, le marché mondial des talents existe.
    Nouveau complément : A l'occasion de la nomination du Français Pascal Soriot à la tête du groupe pharmaceutique anglo-suédois Astra Zeneca, le quotidien Les Echos du 29 août fournit une liste impressionnante de Français recrutés comme PDG d'entreprises étrangères prestigieuses. Répéter que ce marché n'existe pas n'y changera rien.
    http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/grande-consommation/actu/020...

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