Emploi et politiques sociales

La Correspondance économique
Création d'entreprises

06 janvier 2011 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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La Correspondance économique du 23 décembre 2010 consacre un article à notre étude comparative sur les créations d'entreprises.

« En 10 ans, la France a créé deux fois moins d'entreprises et trois fois moins d'emplois que l'Allemagne, selon une étude de l'iFRAP.

Et si la France, en dépit de chiffres de création d'entreprises en apparence très encourageants, était en réalité dans une situation critique de manque de création par rapport à ses grands concurrents ? C'est en tous les cas la thèse de la Fondation iFRAP (Fondation pour la Recherche sur les Administrations et les Politiques Publiques) qui dans son dernier dossier publié dans sa revue Société Civile, présente une étude comparative sur le déficit de création d'entreprises dans notre pays : moyenne 2004-2008 pour la France ; 38 600 entreprises et 104 000 emplois/an créés, contre 70 200 et 314 000 en Allemagne. 200 000 emplois de moins par an en défaveur de notre pays. En 10 ans, note l'iFRAP, notre pays a créé deux fois moins d'entreprises et trois fois moins d'emplois
que les Allemands. Et un décrochage parallèle avec les entreprises et les emplois créés en Grande-Bretagne, peut être constaté. Nous présentons ci-dessous le commentaire de M. Bernard Zimmern, président de la Fondation iFRAP, sur ce sujet. Pour lui, ce n'est pas le développement de l'emploi des entreprises existantes qui fait la différence en termes d'emploi global, mais la
qualité en emploi des entreprises créées.

Un "succès" en trompe-l'oeil

"Les chiffres évoqués plus haut sont introuvables pour qui va sur Eurostat, qui reprend les chiffres fournis par l'INSEE, où les créations d'entreprises et d'emplois apparaissent comparables. Il faut une enquête en profondeur, interroger l'institut de statistiques allemand Destatis, trouver les créations d'entreprises publiées par l'APCE (Agence pour la création d'entreprise), et se concentrer en
priorité sur les entreprises qui naissent avec au moins un salarié, en se disant, comme le savent les spécialistes, que les entreprises créées avec zéro salarié, sont très souvent des coquilles vides, dont il est pratiquement impossible de mesurer l'impact sur l'emploi. Ce sont pourtant elles qui, pour l'essentiel, depuis 2004 remplissent les communiqués de succès des gouvernements successifs
même si le chômage reste obstinément autour de 10 % de la population active (et beaucoup plus si l'on tient compte des Français qui voudraient travailler plus ou ne sont même pas inscrits au chômage).

Pour répondre aux objections des organismes officiels qui pourraient soulever l'argument des différences de critères dans l'évaluation de la création d'entreprises, l'iFRAP a pris soin d'évaluer à
critères comparables en comptant en termes d'entreprises et non d'établissements et en distinguant bien la création d'une entité nouvelle (le critère retenu), du rachat et du changement de nom. Nous
avons donc écarté ce type d'arguments invoqué parfois par nos responsables statistiques pour ne pas participer aux enquêtes européennes tant qu'un standard n'aura pas été établi.

Il est urgent d'agir au stade de la création d'entreprises

Ainsi, si la situation est bien celle que nous décrivons, il est urgent de réagir. 200 000 emplois de moins par an de retard sur l'Allemagne qui bénéficie déjà de 33 millions d'emplois marchands pour 4,5 millions d'emplois publics contre 20 millions et 5,2 en France, d'un taux d'emploi des 15-65 ans de 70,7 % en 2008 contre 65,2 % (et 71,5 % en Grande-Bretagne) cela ne laisse aucun espoir de rattrapage à la France si des mesures correctives ne sont pas prises d'urgence.

Certes, la Fondation iFRAP peut se tromper. Mais avant d'avancer des chiffres aussi inquiétants, elle a multiplié les recoupements. Elle a notamment repris une étude de l'OCDE de 2006 de 144 pages
destinée précisément à identifier les chausse-trappes de l'évaluation de la création d'entreprises et qui montrait, toutes corrections faites, que le taux de création en France était déjà autour de 6 % du parc contre environ 12 % pour l'Allemagne ou la Grande-Bretagne. Par ailleurs, ce déficit de création se vérifiait quelque soit la taille de l'entreprise : celles naissant avec un salarié, avec au
moins 5 salariés, ou au moins 10. Le critère de comptage n'était donc pas un piège qui pouvait fausser les perspectives. Notons également que la création d'emplois moyenne par entreprise créée est, en France, de 2,8 salariés, contre 4,3 en Allemagne et 6,60 aux Etats-Unis.

Les ETI ne créent pas d'emplois

Mais pourquoi se focaliser sur les créations d'entreprises et pas sur la croissance des entreprises existantes ? La croissance des PME ou des ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire, entre 250 et 2000 salariés) sur laquelle s'est concentré le gouvernement n'est-elle pas plus importante, puisque ce sont sur ces entreprises que notre retard sur le Mittelstand allemand est le plus grand ? L'iFRAP relève cependant que les études d'Ernst & Young comme ses propres chiffrages à partir des bases Amadeus ou Expérian montrent que le handicap en entreprises de plus de 5000 salariés est encore plus grand et qu'il n'y a pas un problème d'ETI mais un problème de création d'entreprises naissant rachitiques et ne dépassant pas le stade de la PME. Que, comme vient de le montrer une étude fondamentale américaine (Kauffman Foundation : "The importance of startups in job creation and job destruction"- juillet 2010), les entreprises existantes – dont les ETI — n'ont aucun effet positif sur les emplois car, en moyenne, elles en perdent (et d'après les dernières études de l'iFRAP, plus, proportionnellement, en France qu'aux USA) ; que seules comptent les créations d'entreprises naissant avec salariés.

Ce qui a poussé le Président OBAMA à signer récemment une nouvelle loi fédérale, le "Small Business Jobs Act" exemptant les Business Angels de toute taxation sur les plus-values pour les investissements effectués dans les prochains mois dans des entreprises de moins de 50 millions de $ de capital, de façon à accélérer ces créations.

Une initiative à mettre en parallèle avec la dernière loi de finances qui met à mal les quelques mesures prises depuis 10 ans pour orienter l'épargne des français vers la création d'entreprises, le plus souvent d'ailleurs sans grand effet en raison de leurs plafonds bien trop modestes. Ou le refus du gouvernement de laisser passer un amendement Forissier voté par l'Assemblée nationale haussant le le plafond du Madelin de 100 000 à 400 000 euros, par peur d'avoir l'air de favoriser les riches". »

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