Éducation et culture

Refonder ou réinventer l'école ?

07 septembre 2012 • Agnès Verdier-Molinié

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On ne parle que de cela rue de Grenelle, au ministère de l'Éducation, la grande « refondation » de l'École. Qui pourrait être contre l'idée de refondation de l'École ? De 1980 à 2009, selon les chiffres du ministère, la dépense par élève a été multipliée par 1,75 tandis que les performances des écoliers français ont continûment reculé dans les classements internationaux. Avec 6 % du PIB, La France dépense plus en éducation que la moyenne des pays de l'OCDE (5,7 %).

Au classement PISA 2009, la France a reculé. Elle est désormais 22ème en lecture, distancée par la Corée du Sud, la Finlande, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Suisse, la Suède, l'Allemagne entre autres…

Si on lit l'analyse intitulée « PISA à la loupe » publiée en février dernier par l'OCDE [1] les conclusions sont claires :

- les résultats PISA suggèrent que dans les pays qui ont la meilleure performance l'accent est mis sur la façon dont les ressources sont allouées plutôt que sur le montant des ressources investies ;

- l'importance de l'investissement dans l'éducation ne garantit pas une bonne performance des élèves ;

- les systèmes d'éducation performants tendent à privilégier la qualité des enseignants par rapport à la taille des classes ;

- les systèmes d'éducation performants croient en la réussite de tous les élèves et leur donnent les moyens d'y parvenir.

La méthode qui consiste à mettre toujours plus d'argent dans la machine éducative sans vraiment contrôler les moyens, et à créer des zones d'éducation prioritaire n'est donc vraisemblablement pas la bonne. L'idée encore de réduire le nombre de professeurs pour avoir de très bons professeurs mieux payés quitte à avoir des classes plus remplies serait aussi à étudier.

L'étude que nous avons réalisée à la Fondation iFRAP en juin 2011 comparant les premier et second degrés publics avec les premier et second degrés privés avait conclu que, si l'on appliquait les mêmes coûts par élève aux établissements scolaires publics, nous pourrions collectivement économiser plus de 20 milliards d'euros par an de dépenses publiques d'éducation.

Un chiffre incroyable mais qui s'explique très bien, notamment par les écarts entre les retraites des professeurs du secteur public et du secteur privé (par élève cet écart coûte plus de 500 euros par élève du premier degré et plus de 1 200 euros par élève du second degré) ou encore par des investissements bien plus importants dans le secteur public que dans le privé sous contrat, voire par des dépenses plus importantes dans les personnels techniques (TOS). Pourtant, malgré moins de moyens, les écoles privées sous contrat obtiennent de meilleurs résultats aux examens nationaux. De fait, les lycées privés les mieux notés pour la valeur ajoutée apportée par l'établissement aux élèves sont 62 parmi les 100 premiers de France. En conséquence, les parents se précipitent dans le privé sous contrat.

Lorsqu'un établissement peut concevoir de manière un peu plus libre son projet éducatif, recruter ses professeurs et gérer son budget, il est en mesure d'adapter sa pédagogie aux profils de ses élèves. Certains pays l'ont bien compris. Quand on lit le témoignage de cette jeune professeure de mathématique française partie enseigner en Finlande (au classement PISA 2009, la Finlande est 3ème en lecture, 6ème en mathématiques et 2ème en sciences…) que nous publions cette semaine, cela apparaît clairement : « Le Principal choisit les professeurs travaillant dans son établissement. Il s'agit la plupart du temps de contrats temporaires. Pour ces contrats, le principal décide seul des enseignants avec lesquels il désire travailler. Puis si la collaboration est fructueuse, il peut proposer à l'enseignant un contrat permanent ».

On pourrait penser qu'une des clés serait de rendre les collectivités locales plus responsables des dépenses d'éducation. Aujourd'hui, l'État français participe à hauteur de 60 % de la dépense et les collectivités territoriales à 25 %. Dans les pays de l'OCDE, la moyenne est de 51 % pour les collectivités locales et de 34 % pour l'État. Les collectivités locales, plus proches du terrain (à condition d'être contrôlées et transparentes), s'autoriseraient vraisemblablement plus d'expérimentations qu'aujourd'hui où elles n'interviennent qu'en payeur suppléant de l'État. Elles pourraient par exemple mettre plus en concurrence l'offre d'éducation avec un forfait par élève, permettre aux parents d'élèves d'être plus investis dans l'école et créer du lien avec les entreprises locales.

Réinventer l'école demande d'ouvrir l'horizon de réflexion de l'éducation nationale : décentraliser, expérimenter, rapprocher l'école de l'entreprise pour lier éducation et emploi, évaluer sur la base de données ouvertes à tous. Réinventer l'école demande aussi, comme le souligne l'OCDE, de croire vraiment que chaque élève peut « réussir ». Mais qu'est-ce que réussir sinon être capable, une fois qu'on est sorti de l'école et de l'université de trouver un emploi ou l'énergie pour fonder une entreprise ? « Refonder » l'école demande aussi de se poser la question suivante : pourquoi étudie-t-on ?



[1] « Argent rime-t-il avec bonne performance dans l'enquête PISA ? »

Commentaires

  • Par PaulA • Posté le 12/09/2012 à 18:20 Même si l'école du secteur public gagnerait à s'inspirer des méthodes de celle du secteur privé, il ne me semble pas rigoureux de comparer les résultats respectifs de ces deux secteurs ; car nous savons bien que leurs "publics" respectifs ne sont pas comparables ...
  • Par Olivier • Posté le 09/09/2012 à 14:09 Ingénieur de formation, j'enseigne dans un collège privé sous contrat depuis bientôt dix ans. Je constat que de moins en moins d'élèves ne comprennent le français.. La pauvreté du vocabulaire est affligeante et je ne parle pas de l'orthographe ou de la grammaire...

    C'est surtout le "pédagogisme" qu'il faut combattre. Le système actuel considère que les professeurs doivent s'adapter aux élèves qui ne sauraient plus se concentrer plus de 5mn à cause de l'usage d'internet et autres écrans.... A l'école primaire on ne veut plus leur faire faire de dictée, d'apprentissage du 'par cœur' pour ne pas les fatiguer...l'objectif est que les enfants s'amusent bien... Alors on installe des tas de jouets électroniques, tableau interactif etc ... mais cela ne dispense pas d'apprendre!!! Je ne parle pas des programmes d'histoire où l'on dénigre la France qui n'existerait d'ailleurs que depuis 1789!

    Les collègues se battent pour avoir des classes à effectifs réduits, mais ce n'est que parce que la discipline a disparue. Sinon il serait possible de faire cours à des classes de 40 élèves comme je l'ai vécu dans mon enfance!

    Ce n'est en effet pas un question d'effectifs, mais de volonté politique!

    Bravo pour le travail accompli par la fondation!
  • Par Thierry Foucart • Posté le 08/09/2012 à 13:17 Je suis l'auteur de l'essai Reconstruire l'école publié aux éditions Nuvis en janvier dernier.
    L'échec du système éducatif français n'est effectivement pas une question d'argent, mais de gestion de personnel, du rôle que l'on donne à l'école et de la politique éducative menée depuis des décennies par le ministère de l'éducation.

    L'argumentation chiffrée n'est malheureusement pas suffisante pour critiquer ces politiques, fondées elles aussi sur des chiffres. La quantification systématique de facteuirs sociaux et humains aboutit souvent à des conclusions erronées, inversant parfois les prémisses et les conclusions. Par exemple, on dit que le redoublement ne sert à rien puisque les élèves qui ont redoublé restent en échec : bien sûr, mais n'est-ce pas accuser la jambe de bois d'être responsable d'une difficulter à courir ? Et que fait-on des élèves en difficulté ?

    Les publics scolaires ne sont les mêmes d'un pays à l'autre, et la comparaison des dépenses publiques ne tient pas compte évidemment des dépenses privées. Le problème des transports scolaires dépend aussi de la répartition géographique des populations.

    En bref, les problèmes éducatifs sont toujours des problèmes particuliers, même à l'intérieur d'un pays. C'est leur traitement collectif, identique pour tous les établissements et imposé par le pouvoir central soumis à l'opinion publique qui est responsable de l'échec actuel. L'école est devenue en France un enjeu idéologique soumis aux pressions des idéologies, alors que son rôle devrait être d'en préserver les élèves comme l'expliquait déjà Condorcet.

    La solution réside surtout dans la liberté et la responsabilité des établissements et des enseignants et le choix parental des établissements, parce qu'aucune politique collective ne peut résoudre des problèmes individuels.
  • Par heraclite • Posté le 08/09/2012 à 10:36 Comme le dit le proverbe, le mieux est l'ennemi du bien.

    L'école est d'abord la victime de l'idéologie des enseignants français mais aussi de cette manie de vouloir "améliorer" en permanence ce qui demande à être stabilisé, validé dans la durée.

    Au point où nous en sommes, il faudrait effectivement refonder l'école car les fondations sur lesquelles l'école d'aujourd'hui repose sont tellement branlantes que l'édifice menace de s'écrouler.

    Les recettes sont pourtant simples : restaurer l'autorité, abolir la culture de l'excuse, rétablir la vertu du travail, du bachotage (oui, car à moins d'être Gauss, le savoir ne s'acquiert pour la très grande majorité que comme cela), de l'appris par coeur, bref, une révolution culturelle à l'envers. Retour à l'instruction publique de Jules Ferry, c'est peut-être réactionnaire mais c'est pourtant ce qu'il faut faire, au moins dans l'esprit.

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