Éducation et culture

Philharmonie, Pleyel : plus de salles, pas assez de concerts

09 octobre 2014 • Philippe François

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Quatre orchestres symphoniques publics sont installés à Paris ou tout près, et y disposent de six salles de concerts. Mais le week-end précédent comme le prochain, encore aucun concert symphonique n'est donné à Paris par ces ensembles. Dans cette ambiance, l'ouverture prochaine d'une nouvelle salle de concerts à Paris est étonnante. Et encore plus étonnante, l'interdiction qui sera faite à la salle Pleyel d'accueillir à l'avenir des concerts classiques. Même dans le domaine de la culture, l'État français aime la dépense mais pas la concurrence.

L'Orchestre de Paris, l'Orchestre national de France (de Radio France), l'Orchestre philarmonique de Radio France, et l'Orchestre national d'Île-de-France, sont réputés, mais difficiles à entendre pour les provinciaux ou les étrangers de passage à Paris. Jusqu'à présent, ces orchestres se produisaient à la salle Pleyel, au Théâtre des Champs-Élysées, à la salle Gaveau, à la salle de concerts de la cité de la Musique, à l'auditorium Olivier Messiaen de la maison de la radio et au Théâtre du Chatelet [1]. D'après certains experts, ces écrins n'étant pas au niveau de certaines salles étrangères, il a été décidé d'en construire un nouveau.

La Philharmonie de Paris

La Cité de la musique à la Villette dispose déjà d'une salle de concerts de 1.000 places et d'un auditoium de 250 places. Destinée à rivaliser avec l'acoustique de la célèbre Philharmonie de Berlin, et avec l'architecture de l'Opéra de Melbourne, la construction d'une nouvelle salle de 2.400 places (La Philharmonie), signée Jean Nouvel, a commencé en 2009 et ouvrira début 2015. Son coût initial était estimé à 170 millions d'euros. Selon le sénateur Yann Gaillard, rapporteur à la commission des finances, la facture finale (estimation en octobre 2012) serait de 386 millions d'euros. Ses frais de fonctionnement seront très élevés, et la Ville de Paris et l'État discutent encore de la façon de les financer.

Salle Pleyel



Pour des amateurs, mélomanes, et pour de nombreux musiciens, l'idée de se voir interdire la mythique salle Pleyel (1.900 places) pour écouter des concerts classiques, est inimaginable. Ce magnifique monument Art déco, a été entièrement rénové en 2006, et son acoustique perfectionnée par les meilleurs experts mondiaux. Les amateurs y ont passé des moments très forts, y ont souvent découvert les chefs d'œuvre de la musique, et rencontré des solistes et orchestres internationaux. Nos anciens se souviennent peut-être des Premières de Ravel, Honneger, Stravinski, et nous tous des concerts dirigés par Barenboim, Abbado, Karajan, Myung Whun Chung, des récitals de Rubinstein, Rostropovitch, Yo-yo Ma ou Lang lang.

L'Olympia



En 1995, la démolition et la disparition de la salle de l'Olympia, boulevard des Capucines à Paris, avait été envisagée pour restructurer l'ensemble des immeubles dans lesquels elle est enchassée. Les amateurs de variétés ont obtenu que la salle soit reconstruite à l'identique, une dizaine de mètres plus loin, pour préserver son ambiance unique et parce que des monstres sacrés comme Piaf, Trenet, Brel, Bécaud ou Les Beatles s'y étaient produits. D'autres salles (Bercy, Zenith) étaient pourtant construites à cette époque, sans compter l'accueil des variétés à Pleyel. Est-il envisageable que les amateurs de musique classique soient exclus de la salle Pleyel, une salle toujours présente et inchangée à Paris depuis 1927, et en parfait état de fonctionnement ?

Le nouvel auditorium de Radio France

Dès le mois prochain, Radio France va aussi ouvrir à Paris, sous sa Maison ronde, un nouvel auditorium, une magnifique salle de 1.462 places, également réalisée par un grand architecte, Gaspard Joly. Le précédent auditorium, la salle Olivier Messiaen, 856 places, entièrement rénové, sera aussi ré-ouvert. Des salles tout à fait adaptées aux concerts symphoniques.

Conclusion

Les mélomanes se réjouissent de la profusion de ces nouvelles salles, même si les contribuables s'en inquiètent. Mais à quoi bon construire une nouvelle salle si les orchestres ne jouent pas plus souvent ?

Une grève pour l'inauguration de ces deux nouvelles salles ?

La première décision du nouveau directeur de Radio France, souhaitant coordonner les activités de ses deux orchestres (le Philharmonique et le National), a immédiatement provoqué une grève du Philharmonique de Radio France. Dans les pays étrangers, les musiciens des orchestres ont été amenés à renoncer à des façons de travailler inadaptées, mais que la crise économique a rendu inacceptables [2]. La question du statut (ou quasi-statut) de la fonction publique est posée pour toutes les fonctions non régaliennes. Pour les artistes, elle semble encore plus mal adaptée que pour tous les autres secteurs.

[1] Sans compter le double orchestre de l'Opéra de Paris et ses deux salles de l'Opéra Bastille et de l'Opéra Garnier, plus celle de l'Opéra comique

[2] Les seuls concerts symphoniques de ces deux week-ends de début octobre sont donnés par les associations des orchestres Colonne et Pasdeloup qui survivent très difficilement faute de moyens.

Commentaires

  • Par Christian Jacq • Posté le 12/10/2015 à 17:57 Personnellement, je dis que d'avoir fermé cette mythique salle de concert et d'interdire la musique classique est une aberration et du vrai gâchis.

    Déjà pour la qualité ce son acoustique, de son confort, et de sa situation dans l'un des plus beaux endroits de Paris, c'était un réel plaisir d'y venir.

    Fidèle auditeur de cette salle depuis plus de quarante ans, je n'ai pour le moment pas les pieds à la Philharmonie et je pense de ne pas être le seul.

    Certes, l'acoustique et le confort de la nouvelle salle sont certainement de référence, mais quel lieu austère et sans âme !

    Aucun plaisir de s'y rendre pour une agréable sortie avant et surtout après le concert, le contraire de ce que nous proposait cette regrettée Salle Pleyel.
  • Par Philippe François • Posté le 13/10/2014 à 16:14 Certains orchestres sont auto-gérés, comme le London Symphonic Orchestra ou l'Orchestre Philharmonique de Vienne, et les musiciens ont alors toute latitude pour choisir leurs dirigeants. Les musiciens des orchestres qui vivent dans des structures comme en France dépendent naturellement des décisions de leurs dirigeants artistiques et gestionnaires. C'est le cas de ceux de Radio France : un nouveau PDG a été choisi par le CSA de façon tout à fait indépendante (hors politique). Il a choisi à son tour un nouveau directeur de la musique ancien directeur de l'orchestre de Liège. Celui-ci a estimé souhaitable de modifier l'organisation des directions des deux orchestres de Radio France. Je ne sais absolument pas si ces nouveaux responsables ont raison : l'avenir le dira, mais ils sont exactement dans leurs rôles. Dans toutes les organisations, on voit les nouveaux responsables imprimer leur marque en changeant des responsables et parfois des stratégies. C'est normal et sans doute souhaitable. Que les musiciens aient beaucoup d'admiration pour leur ancien dirigeant et le regrettent, c'est flatteur pour lui. Mais si les musiciens des orchestres de Radio France veulent être tout à fait libres, ils devraient se constituer en associations auto-gérées comme le LSO. C'est peut-être la meilleure solution pour des artistes.
  • Par C.Duguet • Posté le 13/10/2014 à 16:13 Bonjour,

    j'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre tribune concernant l'ouverture de nouvelles grandes salles de concert à Paris et la "réorientation", actuellement remise en question, d'autres plus anciennes.

    J'ai été par contre très étonnée de l'encart final sur l'orchestre philharmonique de Radio France, d'une part car il m'a semblé complètement hors sujet, d'autre part car je l'ai trouvé très désobligeant à l'égard de cet orchestre puisque suggérant qu'il était en grêve pour préserver ses "privilèges" en refusant des réformes nécessaires.Je ne sais s'il s'agit d'une mauvaise information- par qui?- ou d'une mauvaise intention,- pouquoi?- mais à ma connaissance cette grêve a été décidée à la suite du départ forcé de Mr Eric Montalbetti (rupture de son contrat par la direction) mettant en danger, selon les musiciens, l'avenir musical de leur orchestre. Cela n'a rien à voir.Il est à noter d'ailleurs que depuis la rentrée, trois concerts ont été annulés par la nouvelle direction musicale de Radio France.

    Etant une mélomane qui suit depuis des années l'ascension du "Philhar", j'avais à coeur d'apporter ces précisions

    C.Duguet
  • Par Aline75 • Posté le 11/10/2014 à 08:14 La prochaine "fermeture" de Pleyel à la musique dite classique mais souvent révolutionnaire est un crèvecoeur pour les mélomanes. De surcroît beaucoup d'entre eux n'ont aucune envie d'aller à la nouvelle Philharmonie de Paris, beaucoup moins centrale. De plus prendre le métro à la Villette à 11h30 est très aventureux. Il est prévu des navettes mais cela obligera à des changements et rendra le retour très long. Rappelons aussi que pour les personnes qui travaillent, il était facile de venir 40 minutes avant à Pleyel pour se restaurer dans l'une des brasseries proches.

    Encore un beau gâchis, alors que deux de ces orchestres avaient atteint un niveau remarquable grâce à leurs chefs.

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