Éducation et culture

Le temps de travail des agrégés

Travaillent-ils assez ?

22 juillet 2011 • François Guizot

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Le statut des agrégés de l'Éducation nationale provoque un débat récurrent au sein de l'institution. Dans les années 1970, le SGEN-CFDT avait même prôné la suppression pure et simple de ce corps de fonctionnaires. Comment justifier en effet qu'il y eût deux catégories d'enseignants dans les collèges et lycées de France alors que rien ne distinguait les fonctions d'un agrégé de celles d'un certifié ?

Aucun autre pays au monde n'a ainsi deux catégories d'enseignants pour une seule et même fonction. Cette anomalie n'est explicable qu'au regard de la fâcheuse tendance de notre pays à multiplier les corporations aux statuts biscornus, dérogatoires, voire exorbitants. Lorsqu'il s'agit en effet de réformer une partie de la Fonction publique, la France crée souvent un nouveau statut tout en maintenant les plus anciens, créant ainsi des groupes aux intérêts irréconciliables, plutôt qu'une saine émulation entre fonctionnaires de même catégorie au service du public et non de leurs seuls avantages catégoriels. Claude Allègre avait, en son temps, estimé pareillement que, si l'on souhaitait maintenir un corps des agrégés, il convenait de lui donner des responsabilités supérieures à celles des certifiés, notamment en concentrant les agrégés dans les classes de terminales, dans les premières années de licence ou dans les classes préparatoires aux Grandes écoles.

On sait ce qu'il advint du bouillonnant ministre, sacrifié par Lionel Jospin sur l'autel des élections présidentielles de 2002 et de la bonne entente du premier ministre avec le Syndicat national des enseignements de second degré (SNES), le plus puissant des syndicats de l'Éducation nationale. N'ayant pas pu achever son projet de remettre à plat les fonctions des professeurs agrégés, il avait laissé derrière lui une situation ubuesque, par exemple en philosophie où le nombre de postes au CAPES était inférieur à celui qu'offrait l'agrégation, aberration qui a perduré en 2011 avec 43 postes offerts à l'agrégation externe de philosophie contre 32 postes au CAPES. Le CAPES de philosophie sera donc une nouvelle fois cette année plus difficile à obtenir que l'agrégation mais donnera à son lauréat 18 heures de cours hebdomadaires contre 15 pour un agrégé et plusieurs centaines d'euros en moins par mois tout au long de sa carrière par rapport à ce même agrégé.

Qu'est-ce qui justifie cette différence de salaire et de temps de travail ? Le décret n° 72-580 du 4 juillet 1972 reprécisait que les agrégés devaient être prioritairement employés dans les classes préparatoires et les lycées. C'est donc le surcroît de travail occasionné par leur affectation en prépas et en lycée qui justifiait leur salaire et leurs horaires. Fort bien, sauf qu'aujourd'hui seul un prof sur quatre de nos lycées est agrégé et ils sont même 18% à exercer en collège où ils ne font également que 15 heures. Alors de deux choses l'une, ou l'on réduit l'horaire des certifiés en lycée à 15 heures ou l'on donne 18 heures de cours aux agrégés.

Or les comparaisons internationales montrent que les certifiés sont déjà largement en-dessous des obligations horaires de leurs collègues européens du Nord avec 639 heures par an contre 758 en Allemagne, 720 en Belgique, 750 aux Pays-Bas et 707 en moyenne pour les pays de l'OCDE. On note également que leurs salaires sont approximativement proportionnels à leur temps de travail avec 34.900 euros bruts par an en moyenne dans l'OCDE contre 30.000 en France, mais 45.000 euros pour nos voisins allemands. [1]

La conclusion qu'on peut en tirer est double : d'abord, comme l'affirmait de manière provocante Claude Allègre, si les enseignants français veulent gagner plus, il faudra qu'ils travaillent plus ; ensuite, il convient au moins d'aligner les obligations hebdomadaires des agrégés sur celles des certifiés. Cette réforme permettrait d'économiser environ 8.000 postes d'enseignants dans les écoles publiques pour un coût initial de 128 millions d'euros (dus à la compensation en heures supplémentaires de l'augmentation des horaires des agrégés) amortis au bout de 20 ans environ, date à laquelle la cohorte d'enseignants non recrutés aurait atteint le milieu de la grille indiciaire d'avancement.

Et ce calcul ne tient évidemment pas compte de la substantielle économie sur le paiement des retraites des 8.000 postes non créés dont profitera à terme un État par ailleurs exagérément généreux avec ses fonctionnaires à la retraite en regard du traitement que notre pays réserve aux salariés du privé. Cependant, un tel calcul laisse ouverte l'épineuse question de l'utilité réelle d'une agrégation du secondaire. Car l'agrégation reste, notamment avec l'agrégation interne ou son attribution sur proposition des inspecteurs de l'Éducation nationale (dite "sur liste d'aptitude"), un des rares instruments de promotion interne pour des enseignants dont les mérites individuels sont par ailleurs peu pris en compte.

[1] (1) Education At A Glance 2007, OCDE.

Commentaires

  • Par Thierry • Posté le 14/09/2011 à 17:44 Bonjour,

    En tant qu'agrégé de Lettres, je dois quinze heures. Pourquoi ne puis-je pas faire dix-huit heures comme les certifiés ? En y ajoutant les trois heures supplémentaires que j'arrive à décrocher les meilleures années, non seulement mon salaire évoluerait très sensiblement, mais cela permettrait d'économiser des postes. L'état et le contribuable seraient gagnants. L'agrégé étant censé être meilleur, pourquoi le fait-on moins travailler lorsqu'il partage les postes de lycées avec les certifiés (qui enseignaient autrefois en collège)?

    Un enseignant qui souhaite travailler un peu plus...
  • Par GK • Posté le 28/07/2011 à 14:48 Votre réflexion sur les agrégés est intéressante. Le plus simple serait d’affecter tous les agrégés en lycée ou en classe préparatoire.

    Concernant la réforme du système, seule la privatisation des

    établissements peut améliorer la situation. L’argent serait versé directement à l’établissement choisi par les parents dont le chef d’établissement serait un vrai chef d’entreprise avec toutes les prérogatives liées à sa fonction.

    Les pédagogies et idéologies éducatives qui donnent des résultats catastrophiques seraient rapidement abandonnées au profit de méthodes et pédagogies éprouvées et efficaces. Il suffit de s’inspirer du fonctionnement des écoles privées hors-contrat actuelles.

    Les autres réformes se heurteront à la lourdeur du système et à la mauvaise volonté de certains acteurs. Changer les mentalités et les habitudes est long. Dans un système privé et concurrentiel les changements s’opèrent plus rapidement.

    GK
  • Par Société des agrégés de l'Université • Posté le 27/07/2011 à 17:52 Monsieur,

    Il a tout à fait été répondu à l'argumentaire sur 2 points :

    1. Sur l'accusation scandaleuse portée contre les professeurs de ne pas travailler assez : les professeurs ne comptent pas leurs heures et l'horaire officiel est bien en deçà de ce qui est réellement effectué. Pourquoi vouloir introduire des comparaisons tendancieuses ?

    2. Sur la distinction entre certifiés et agrégés : elle existe bel et bien puisque la majorité des agrégés est en poste dans les lycées et le supérieur. Quand ils ne le sont pas, c'est contre leur gré : pourquoi les accuser de quoi que ce soit ? Pourquoi vouloir supprimer l'agrégation qui sanctionne un niveau différent de compétences ?

    Enfin je vous répondrai en citant notre ministre lui-même, Luc Chatel qui a récemment rappelé dans une interview à David Abiker "on a besoin d'agrégés".
  • Par Agnès Verdier-Molinié • Posté le 26/07/2011 à 12:07 La Société des Agrégés ne répond pas sur le fond à l'argumentaire cité. En effet, la question soulevée est fort simple. Un professeur certifié a au moins autant d'heures de présence dans son établissement, il a au moins autant de copies à corriger, de parents à rencontrer et de conseils de classe qu'un agrégé et, en fait, il en a même plus en moyenne puisqu'il enseigne trois heures de plus que son collègue agrégé. Qu'est-ce alors qui justifie qu'un agrégé ait moins d'heures de cours s'il enseigne au même niveau qu'un certifié? On pourrait comprendre qu'un agrégé eût moins d'heures s'il enseignait à un niveau supérieur. Mais ce n'est pas majoritairement le cas sauf pour les agrégés affectés en classes préparatoires (CPGE) ou pour ceux qui sont détachés dans le supérieur (PRAG).

    François Guizot

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