Éducation et culture

Education : Nicolas Sarkozy peut-il intéresser les enseignants ?

08 mars 2012 • François Guizot

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Partons d'abord de constats réels et non des déclarations idéologiques habituelles des syndicats enseignants. Comme le rappelait Claude Allègre il y a déjà une quinzaine d'années, les enseignants français du secondaire sont mal payés parce qu'ils ne travaillent pas assez. Ils effectuent en moyenne 644 heures de cours par an au collège et 630 au lycée, contre respectivement 703 et 661 pour les enseignants de l'ensemble des pays de l'OCDE (source : Education At A Glance 2010, OCDE, p. 416).

La proposition de Nicolas Sarkozy reviendrait à leur faire effectuer 8 heures de plus par semaine, dont 3 heures de cours, et à les augmenter de 25%. Elle impliquerait donc 5 heures de présence effective dans leur établissement en plus des cours. Cette présence-là ne serait pas inacceptable pour des enseignants volontaires -ceux que cible l'idée du Président- car, à l'heure actuelle, de nombreux professeurs, notamment les plus motivés, passent bien plus de 5 heures dans leur établissement en plus de leurs cours et n'en sont que faiblement récompensés par les ISOE (Indemnités de Suivi et d'Orientation des Élèves).

Le cœur de la question est donc dans les 3 heures de cours supplémentaires qu'induirait la proposition. Si des enseignants acceptent de les effectuer, leur nombre d'heures annuelles s'élèverait désormais à 752 heures au collège et 738 heures au lycée, soit bien au-delà de la moyenne des enseignants de l'OCDE. Mais en les augmentant de 25% seulement, le gouvernement porterait leur salaire à 32.863 euros annuels en moyenne, autrement dit un salaire plus bas que ceux des autres enseignants de l'OCDE qui s'établit à 34.846 euros (ibidem, p. 402). Le compte n'y est donc pas puisqu'ils travailleraient bien plus que nos voisins pour un salaire toujours inférieur.

L'avantage qu'on peut voir à cette proposition, si elle était massivement acceptée par les enseignants du secondaire, viendrait du fait que leurs revendications salariales seraient dorénavant légitimes, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle.

Or en période de tension sur les finances publiques, il est fort peu probable que le gouvernement disposera d'une marge de négociation suffisante pour compenser proportionnellement le surplus de travail qu'il demandera aux enseignants. Il y a donc peu de chances actuellement pour que les enseignants acceptent le marché que le Président leur propose. Cela dit, la piste est intéressante car elle suggère qu'une augmentation plus généreuse des salaires des enseignants volontaires, autour de 33% du net annuel, pourrait les convaincre de suivre le Président de la République.

Allons, M. Sarkozy, encore un effort pour vous attirer enfin les faveurs des enseignants car les plus bruyants d'entre eux sont certes de fervents supporteurs de vos adversaires politiques, mais ce ne sont pas forcément les plus investis dans leur travail ni les plus pragmatiques.

Commentaires

  • Par mathieu • Posté le 10/03/2012 à 10:18 Vous ne vous intéressez qu'aux heures de cours.

    Dans la plupart des pays étrangers, les heures de présence à l'école des enseignants sont aussi comptées. Présents à plein temps à l'école, ils peuvent être employés à des tâches variées, y compris de la surveillance, ce qui explique la différence considérable de coût des salaires entre la France et l'Allemagne, alors que les salaires sont supérieurs en Allemagne, car les écoles allemandes ont besoin de moins de personnel non enseignant. Dans ce pays, un enseignant est à plein temps à l'école. En France c'est un job à temps partiel, même si certains (pas tous) travaillent beaucoup chez eux.
  • Par marsouin • Posté le 09/03/2012 à 23:54 Qu'on instaure le chèque scolaire que les familles choisiront de remettre aux écoles et aux enseignants d'excellence. Qu'on laisse les directeurs recruter leurs enseignants.

    Quand les parents auront les moyens de leur choix, l'école reviendra au service des Français et non l'inverse. Et elle coûtera moins cher au contribuable.

    N'est-ce pas étonnant que de soi-disant libéraux n'en soient pas convaincus ?
  • Par PaulVonMuadDib • Posté le 09/03/2012 à 19:30 Bonjour.

    Je pense que la proposition du candidat Sarkozy d'étendre le volume horaire hebdomadaire des enseignants du secondaire de 18 heures à 26 heures ne trouvera pas assez de volontaires pour être véritablement efficace (in fine: augmenter l'encadrement des élèves par les adultes)... que c'est une fausse bonne idée. Même s'il ne s'agit pas de 8 heures supplémentaires devant des classes entières, mais plutôt dans l'idée d'un soutien ciblé pour de petits groupes d'élèves en difficulté, d'un tutorat pour certains d'entre eux, etc... L'erreur de cette proposition vient de ce qu'elle part du principe que les professeurs ne travaillent pas assez, que l'on peut étendre leur temps de service de presque 50 % (pour une augmentation de salaire qui n'est pas en proportion, loin s'en faut: 25 %).

    J'ai été ingénieur avant d'être professeur, et je débute comme professeur (ce qui accroit ma charge de travail puisque je dois réaliser une bonne partie de mes ressources: leçons, activités, TP info et activités sur logiciels, évaluations, devoirs maison, etc...), et je peux vous dire que malgré mes 18,5 heures de temps de service (suivies d'un temps de préparation, correction des activités/évaluations/TP/devoirs maison, remplissage cahier de texte électronique/bases de données notes, gestion cas particuliers et relation avec les familles, gestion des sanctions/punitions, réunions diverses, etc...), je termine la semaine dans un état d'usure/fatigue qui me fait regretter mon ancien job (ingénieur, même si je travaillais bien plus de 35 ou 38 heures, même s'il m'arrivait d'avoir aussi du travail à la maison, des "coups de bourre", des déplacements, etc...). Je fais 1 heure d'aide aux devoirs en plus et j'aide des petits groupes d'élèves entre 12:00 et 13:30 (2x30 min=1 h par semaine, hors DGH/bénévolement) soit un peu plus de 20 h hebdo. En pratique je pense que mon temps de travail effectif dépasse sans problème les 40 heures hebdo.

    Je ne suis qu'un cas parmi bien d'autres, mais il m'étonnerait que les collègues se bousculent pour prendre ce pack de 8 heures supplémentaires: on peut tenter d'assouplir ce système et proposer aussi 4 heures supplémentaires ? Sinon les collègues se tourneront vers le volant d'heures supplémentaires, bien plus flexible pour eux.

    J'observe que je nourrissais bien des idées fausses moi aussi sur le faible temps effectif d'enseignement (les 18 heures): j'ai mieux compris après certaines heures devant une classe de 4èmes ou de 3èmes dans un collège difficile: devant certains publics, certaines heures pèsent bien plus lourd qu'une heure passée dans un bureau derrière un ordinateur (même pour faire des choses très sérieuses).

    Si on veut augmenter le temps d'enseignement par an, ou par semaine, il faut peut être mieux répartir l'effort dans l'année, quitte pourquoi pas à réduire un peu les vacances d'été, pour relâcher le rythme moyen sur l'année... et soulager légèrement l'emploi du temps des élèves. Ca laisserait la place pour l'aide individualisée ou en tout petits effectifs d'élèves en difficulté. Et dans ces conditions, les enseignants seraient peut être plus mobilisables pour effectuer 26 heures hebdo ?

    Un enseignant du secondaire

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