Éducation et culture

Bilan des fermetures de classes en primaire

23 juin 2011 • Agnès Verdier-Molinié

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Le président Nicolas Sarkozy vient d'annoncer le gel des fermetures de classes de primaire. C'est en tout cas cette information-là qui a été reprise partout. En réalité, le président a déclaré que, pour la rentrée 2012 « le nombre de fermetures de classes n'excède[rait] pas le nombre d'ouvertures . Il est toutefois spécifié qu'aucun changement n'interviendra à la rentrée 2011. Selon nos chiffrages, 2011 est de fait la seule année où le solde de fermeture/ouverture de classes sera négatif. Ces dernières années, en moyenne, le nombre total de classes a augmenté en France. Avec le gel annoncé par le président Sarkozy, les fermetures de classes et les fusions d'écoles devraient donc continuer, mais le solde sera nul. En termes d'économies à réaliser, cela n'est pas neutre car il reste à ce jour en métropole encore plus de 5.000 écoles primaires d'une seule classe.

L'annonce du président Sarkozy semble être un revirement [1] dans la politique de rationalisation des établissements scolaires et d'effectifs enseignants. Un changement souhaité par des organisations syndicales d'enseignants et de parents d'élèves qui se plaignent de voir des classes fermer. A les entendre on croirait que depuis des années, les fermetures de classes (nettes) sont très importantes. En réalité,2011 sera la première, et probablement la seule année, avec des fermetures de classes nettes. (Et on a fermé beaucoup plus de classes entre 1980 et 1999, quand le nombre d'élève chutait.)

Ces dernières années, le nombre de classes n'a pas cessé d'augmenter et, en 2012, il y aura encore des classes fermées mais aussi des classes ouvertes comme en 2009 et 2010... Cette évolution des fermetures et ouvertures de classes est confirmée par le Snuipp-FSU qui déclarait en avril dernier à l'AFP : "Pour la première fois, ce solde est négatif, on va fermer plus de classes [en 2011], qu'on ne va en ouvrir, c'est une rupture sans précédent avec les années passées". En 2009 et 2010, ce solde était positif, avec respectivement 126 et 373 ouvertures de classes, ajoutait Sébastien Sihr, secrétaire général du syndicat.


Evolution du nombre de classes et du nombre d'élèves

Légende : entre 2001 et 2004, données non disponibles. *Les effectifs sont donnés à la rentrée scolaire de l'année indiquée en bas du graphique.

Si l'on affine les statistiques, c'est surtout le nombre d'écoles avec une classe qui a diminué, tandis que les écoles regroupant un plus grand nombre de classes (6 à 10 par exemple) a augmenté. Mais il reste toujours en 2009 plus de 5.000 écoles d'une seule classe.


Evolution du nombre d'écoles en fonction du nombre de classes


Tableau : évolution du nombre d'élèves, d'écoles et de classes par écoles entre 2005 et 2009

Les fermetures de classes, accompagnées parfois de fermetures d'écoles quand celles-ci ne comptaient pas beaucoup de classes ni d'élèves, ont donc permis des regroupements. Par exemple, dans la Somme, la communauté de communes du Haut-Clocher a regroupé 13 écoles dont une classe unique qui comprenaient en tout 32 classes et 5 cantines pour 750 élèves en 3 écoles environnementales et numériques. Sur le court terme, c'est un investissement, sur le long terme, des économies d'échelle certaines.

Une récente comparaison France/Allemagne publiée par l'Institut Thomas More montre que la France compte, par rapport à l'Allemagne, une multiplicité d'établissements scolaires dans le premier degré : « la France compte près de 800.000 élèves de plus dans le primaire (soit 24%) mais elle compte aussi 21.500 établissements scolaires additionnels (soit 2,3 fois plus) !... Les écoles primaires françaises comptent ainsi en moyenne près de deux fois moins d'enfants qu'en Allemagne : 108 élèves contre 202 en Allemagne. » Un surnombre d'écoles primaires qui s'explique surtout, selon Thomas More, par le syndrome bien connu de la « France des 36.000 communes » et qui générerait un surcoût de plus de 3 milliards d'euros par an. On ne peut évidemment pas fermer tous les établissements, notamment ruraux en montagne par exemple, ou dans certaines vallées, sauf à développer le télé-enseignement, par exemple (mais c'est un autre débat).

Conclusion

Même si c'est parfois un peu douloureux pour les familles et les professeurs attachés à leur école, il faudra absolument continuer les regroupements d'écoles primaires et continuer à fermer des classes à la fois pour des raisons économiques évidentes mais aussi pour permettre d'avoir des écoles du XXIème siècle mieux équipées, comme dans la Somme, et non des écoles du XIXème siècle comme il en reste beaucoup. Encore un sujet sur lequel il semble que l'Allemagne ait déjà œuvré avec plus de pragmatisme que la France. Peut-être parce que la gestion de ses écoles est beaucoup plus déconcentrée et donc que les collectivités ont tout intérêt à ce qu'elles leur coûtent moins cher.

[1] Mme Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, a jugé que Nicolas Sarkozy avait "reculé", en annonçant mardi l'arrêt des fermetures de classes à la rentrée 2012 dans le primaire (dépêche AFP).

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