Société civile

Éducation et culture

Art contemporain : des collections publiques à fonds perdus

N° 134 • 30 avril 2013 • Charlotte Uher

En 2013, les Fonds régionaux d'art contemporain (Frac), créés par Jack Lang, fêtent leurs 30 ans. L'occasion de faire le bilan de cette politique culturelle qui n'est qu'une composante de la politique de constitution de collections publiques. Ce que l'on constate, c'est un amoncellement d'œuvres à tous les niveaux : État, régions, départements, communes, tous se sont créé leurs propres collections d'art contemporain.

La Fondation iFRAP a répertorié près de 146.000 œuvres (dont 27.450 pour les FRAC) [1], hors musées, dans les collections publiques qui ont représenté en 2010 plus de 167 millions d'euros de dépenses publiques d'art contemporain (dont 24 millions pour les FRAC). 146.000 œuvres dont une grande partie s'entassent dans des réserves sans toucher de public.

À l'origine, les Frac avaient pour mission d'irriguer les territoires pour diffuser la création contemporaine au plus près du public. Mais leur fréquentation très modeste, entre 14.000 et 29.000 visiteurs par an selon les Frac, les conduit à vouloir se transformer en musées. Musées qui impliquent des budgets de fonctionnement toujours plus importants et doublonnent ceux déjà existants. Jusqu'où ira cette fuite en avant ? La question se pose de la cession de ces œuvres pour couvrir une partie des coûts et du recentrage de chaque échelon sur ses vraies missions. Il est temps de repenser les missions de ces collections publiques d'art contemporain devenues démesurées et coupées du public.

- L'État, premier mécène de l'art contemporain : près de 100.000 œuvres détenues dans la collection officielle, le Fonds national d'art contemporain ;
- L'État soutient la création mais oublie sa mission de diffusion au public : des dizaines de milliers d'œuvres qui ne sont jamais exposées au public ;
- Des collections qui s'amoncellent : à côté de la collection de l'État, on recense 23 Frac ;
- 21 artothèques, des fonds communaux, départementaux ou d'acquisition de musées qui ne rassemblent parfois que quelques dizaines d'œuvres ;
- La muséification : une solution coûteuse en argent public pour exposer les collections ;
- L'autre solution – la vente des oeuvres – se heurte à l'opposition des conservateurs et présidents de Frac, et surtout à la tradition très française d'inaliénabilité ;
- Les propositions de la Fondation iFRAP : obliger les Frac à un pourcentage minimal de recettes propres (50%) pour les inciter à repenser leur politique de diffusion, de mécénat et même de revente d'œuvres. Recentrer chaque échelon administratif (État, région, commune) sur ses missions.


[1] N'étant pas historiens de l'art, nous ne discutons pas de la valeur artistique des œuvres qui sont dans ces collections.

Commentaires

  • Par PLATFORM, Regroupement des Fonds régionaux d'art contempo... • Posté le 05/12/2013 à 12:44 Les Fonds régionaux d'art contemporain représentés par leur association PLATFORM répondent au dossier que l'IFRAP a publié sur leurs actions et leurs collections (Société civile No 134 - avril 2013).

    Ce dossier appelle plusieurs remarques de la part des FRAC :
    1) La philosophie qui sous tend ce travail est le bon usage des deniers publics et l’idée que le secteur privé serait plus légitime et plus efficace pour agir que le secteur public. Cette approche est appliquée à l’art contemporain.
    S’agissant de la gestion des FRAC, il faut seulement rappeler qu’ils ont une mission de service public et qu’ils la remplissent avec rigueur dans leurs comptes et leurs dépenses. Depuis trente ans, la Cour des Comptes ou des organismes de contrôle ne les a jamais accusés de gestion irrégulière ou de mener des politiques déraisonnables. Rappelons que les FRAC sont tous soumis à des tutelles très exigeantes de l’Etat et des Régions. La plupart des rapports en particulier celui du Sénateur Plancade au Sénat ont montré que le coût de l’action des FRAC comparé aux publics touchés était très raisonnable. Rappelons aussi que la souplesse des structures des FRAC (en grande majorité, des Associations loi 1901, 3 EPCC, des services intégrés à la région, un syndicat mixte et une régie autonome simplifiée) et leur légèreté (en moyenne, un million de budget annuel et des équipes en moyenne d’une dizaine de personnes), comme le caractère novateur de l’association Etat-Régions s’éloignant des solutions lourdes et parfois bureaucratiques de l’administration traditionnelle méritent d’être soulignés.
    S’agissant de la légitimité de l’intervention des FRAC, elle s’inscrit dans une double perspective : celle de structures de mission chargées de favoriser une décentralisation culturelle qui n’existait pas en matière d’art contemporain en créant dans chaque région une vraie diversité. A l’origine, les FRAC ont été une rupture par rapport à l’univers des musées et du corps des conservateurs qui avaient en quelque sorte le monopole des achats. Ils ont « ouvert le jeu » dans le monde de l’art de notre époque, et considérablement internationalisé les collections d’art contemporain en France, ce qui en fait tout sauf des collections régionalistes. Les partenariats que nouent les FRAC avec des grandes institutions internationales en sont la preuve. Les FRAC ont eu également pour but de soutenir la création contemporaine et de la rapprocher des publics. Il y a trente ans, les initiatives publiques mais surtout privées en matière d’art contemporain étaient quasiment inexistantes. Peu de Français collectionnaient de façon importante l’art contemporain au contraire de ce qui pouvait exister chez nos voisins allemands par exemple. Les FRAC ont aussi eu pour mission d’acheter et de soutenir des artistes dont les démarches étaient parfois plus complexes, plus critiques, plus engagées, ce que les collections privées ne souhaitaient pas faire.

    Aujourd’hui, les initiatives privées sont plus nombreuses mais relativement récentes. Les FRAC s’en réjouissent et tiennent naturellement compte de ce phénomène, d’une part en travaillant en complémentarité et très souvent en partenariat avec ces nouvelles structures, d’autre part en continuant à faire ce que ces dernières n’ont pas vocation à mener, en particulier la présence sur tous les territoires des régions, d’actions d’éducation artistique et culturelle. Tel est bien là l’esprit d’un service public de l’art et de la culture. L’action des FRAC se situe donc dans la suite d’une tradition française ancienne, où l’Etat agit, souvent en précurseur là où le privé ne joue pas encore son rôle mais aussi et d’abord, pour soutenir les activités culturelles et les artistes.

    Un article du Financial Time (Gareth Harris) publié en aout 2012 sur les FRAC est intitulé « du flair et de la fraternité », avançant l’idée que les FRAC ont permis de doter la France d’un patrimoine hors du commun et qu’ils constituent un réseau sans équivalent dédié à la transmission et sensibilisation à l’art.
    Accéder à la totalité de la réponse des FRAC en cliquant sur
    http://www.frac-platform.com/fr/ressources/les-textes-fondateurs
  • Par PG • Posté le 16/05/2013 à 15:34 Excellent article de Luc Ferry dans le Figaro d'aujourd'hui sur les inepties de l'investissement administré dans l'art (hum ?) contemporain.

    Il faut y ajouter la disparition totale des créateurs français dans les arts plastiques, eux qui ont compté dans le monde jusquà la guerre,dans le monde.

    Ne nous restent que quelques rares architectes ( je ne compte pas Jean Nouvel parmi eux) et heureusement quelques écrivains.