Budget et fiscalité

2015, la cascade de mauvais chiffres

Comment la France a trouvé moyen de gâcher une conjoncture pourtant favorable

29 décembre 2015 • Agnès Verdier-Molinié

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Si on veut faire le bilan de 2015 en France, on peut dire que cette année aura été celle du chômage, de la dette et de la croissance faible. La France est encalminée, reléguée à la 6ème place mondiale derrière le Royaume-Uni. Pourtant, certaines données (euro faible, taux d’intérêts plus que bas, prix du baril de pétrole…) faisaient espérer un changement. Il n’en a rien été. Retour sur les mauvais chiffres record de 2015.

  • 42 732 dollars US courants, c’est le mauvais chiffre du PIB par habitant à la fin de 2014 (source Banque mondiale)

Un chiffre d’autant plus mauvais que la France est retombée au PIB par habitant de… 2008. Un gâchis immense, le résultat de presque une décennie perdue pour les réformes.

  • 2 096,9 milliards de dette soit 95,7% du PIB 

Elle atteint 2 089,4 milliards fin mars ce qui représente désormais 97,5% du PIB. Son plus haut niveau jamais constaté par l’INSEE qui anticipe encore une augmentation de souscription de dette de 15,6 milliards d’ici la fin de l’année.

  • 1 243,4 milliards d’euros de dépenses publiques

La France n’a jamais dépensé autant d’argent public en valeur : plus 17,4 milliards d’euros par rapport à 2014. Et 56,8% du PIB quand l’Allemagne est à 43,5% et le Royaume-Uni à 42,8%. Cela doit donner matière à réfléchir.

  • 10,2% de chômage, pire chiffre depuis 1997

En 2015, le taux de chômage a augmenté pour atteindre 10,2%  de la population active en métropole. C’est le plus haut niveau de chômage depuis 1997. Le mois d’octobre a été particulièrement rude sur ce front-là puisque Pôle emploi a recensé 42 000 chômeurs de plus. Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A est désormais, en métropole, de 3,59 millions.

  • 999,3 milliards de prélèvements obligatoires

Jamais les Français et leurs entreprises n’ont payé en valeur autant d’impôts qu’en 2015. En 2007, ce chiffre était de 819 milliards. Une augmentation en valeur de 18,4 % quand le PIB a augmenté de 11,8% sur la même période, avec une croissance spontanée des prélèvements obligatoires estimée à +14,3%. Les mesures discrétionnaires des gouvernements représentent 4,1 points d’augmentation, soit +33,5 milliards d’euros.

  • 5,64 millions d’agents publics, un record, en comptabilisant les bénéficiaires de contrats aidés. Hors contrats aidés, les effectifs s’élèvent à 5,43 millions.

2015 a commencé avec 40 000 emplois publics de plus que début 2014. Gageons que, fin 2015, la France battra un nouveau record d’emploi public. La projection à fin 2015 serait de +25 000 agents supplémentaires  la France aurait donc à fin 2015 5,66 millions d’agents…

  • 1,2 % de faible croissance d'après le gouvernement

On nous avait chanté sur tous les tons une croissance à 1,4% en 2015. Les augures sont en train de se raviser en rétropédalant plutôt vers 1,1% en 2015 selon les dernières prévisions de l’INSEE (l’acquis de croissance restant faible).

Faut-il en conclure que 2015 aura été une année pour rien ?

Marquée par des attentats sanglants à la fois en début d’année et en fin d’année, déboussolée par des annonces permanentes de vraies-fausses réformes (35 heures, droit du travail, suppression des départements, pénibilité…), annoncées avec fracas et souvent remisées, l’opinion publique française aurait bien besoin qu’on lui fixe un cap loin des débats un rien "gnan-gnan" sur la recomposition de la vie politique française dont franchement, on ne comprend pas le potentiel de réforme.

Après la débandade de 2015, c’est pour quand les réformes, les vraies ? Et si nos politiques n’ont pas le courage de les lancer eux-mêmes sur les dépenses publiques, la pression fiscale, l’emploi, le nombre d’agents publics…, qu’ils  posent donc la question en direct aux Français plutôt que de se focaliser sur la hausse du vote FN qui n’est que le résultat de la très mauvaise gestion de la France. 2016 pourrait être une bonne année pour se réveiller plutôt que d’attendre un hypothétique retour (extérieur) de la croissance ; d’autant que la Fed remonte déjà ses taux directeurs de 0,25 point… la question de la soutenabilité de notre dette publique pourrait alors progressivement se poser. 

Cette tribune a été publiée sur le site Atlantico.fr, le 26 décembre 2015. Voir ici.

 

 

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