Agriculture et énergie

Transition énergétique : quel objectif d'évolution du PIB ?

Améliorer le niveau de vie des Français, ou le réduire

02 octobre 2014 • Philippe François

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La loi sur la transition énergétique soumise le 1er octobre au Parlement fixe des objectifs très ambitieux de réduction de la consommation d'énergie, mais ne répond pas à la question préalable de fond : sur quelle hypothèse d'évolution du PIB et du revenu des Français cette réforme est-elle construite ? Pour atteindre les objectifs de la transition, la méthode la plus simple serait d'aggraver la baisse actuelle du PIB par personne. Est-ce la direction choisie par le gouvernement ?

La loi sur la transition énergétique fixe trois objectifs chiffrés principaux : réduction de moitié de la consommation totale d'énergie en 2050, baisse d'un tiers de la part du nucléaire dans la production d'électricité en 2025, et doublement de la part des énergies renouvelable en 2030. Mais les 100 pages de la loi et des documents qui l'accompagnent ne comportent ni hypothèse ni objectif sur l'évolution du PIB sur les mêmes périodes. Une base de calcul pourtant essentielle pour les Français, et indispensable pour fixer des objectifs crédibles de consommation d'énergie pour les quarante prochaines années. Sans oublier que la population française augmentera de 14% d'ici 2050.

2014 2025 2050
Population française (métropole, en millions) 63 67 72
Annoncer la consommation d'énergie en 2050 sans avoir prévu quel serait le PIB à cette date, c'est comme réserver un salle pour un banquet sans savoir combien de personnes sont invitées.

La nouvelle croissance

C'est vrai, la « nouvelle » croissance est moins énergivore que celle des siècles passés. D'abord parce que les industries classiques améliorent leurs processus [1], et aussi parce qu'une partie de la croissance se produit dans des objets et services « virtuels » : travailler, se former ou se distraire sur Internet consomme moins de pétrole que de le faire en se déplaçant.

Les besoins des Français

Mais la quasi-totalité des Français considèrent que nombre de leurs besoins essentiels ne sont pas ou insuffisamment satisfaits. C'est particulièrement évident pour le logement où un million de ménages n'auraient pas de logement personnel, où trois autres millions seraient très mal logés, et où sans doute dix ou quinze millions souhaitent vivement améliorer leur habitat, et notamment disposer d'un logement plus grand. Dans le domaine des vacances, si la moitié des Français ne partent jamais, il est probable qu'au moins vingt millions d'entre eux souhaiteraient le faire (et n'en seraient pas empêchés par des problèmes autres que financiers). Et ils partiraient volontiers, une ou plusieurs fois par an, et éventuellement dans des pays lointains, comme le font les leaders d'opinion y compris les responsables politiques. En réalité, dans tous les domaines, travail, logement, chauffage et climatisation, nourriture, vêtements, santé, loisirs, éducation et culture, 95% des Français veulent voir leur situation s'améliorer [2]. Les hypothétiques 5% de Français restants étant soit comblés, soit réels acteurs de la décroissance, une attitude respectable mais très minoritaire si on en juge par les demandes quasi générales d'augmentation des salaires et des revenus. Au total, pour satisfaire ces besoins considérables et généralement légitimes, toute croissance, même « nouvelle » entraînera une augmentation de la consommation d'énergie.

Objectif : 2% par an

A tort ou à raison, les experts semblent convaincus que des taux de croissance de 3 à 5% en volume appartiennent au passé pour la France. Un avis discutable, la pénétration des nouvelles technologies (ex : smartphone) étant plus rapide et invasive que celle des progrès précédents. Et la perspective de voir des innovations et des découvertes de la recherche surgir non plus seulement d'Amérique du Nord, d'Europe de l'Ouest, du Japon et de la Corée (soit de moins d'un milliard de personnes) comme au siècle précédent, mais du monde entier (soit de 8 milliards de personnes) devrait nous rendre optimistes sur les probabilités de nouveaux progrès révolutionnaires. Les mêmes experts estiment aussi qu'une croissance de 1 à 1,5% au moins est nécessaire pour réduire le chômage. Et l'expérience semble montrer qu'une croissance de 2% par an du niveau de vie des personnes constitue un niveau socialement et psychologiquement satisfaisant. C'est ce niveau que nous retiendrons pour estimer les besoins en énergie du futur de notre pays. Il est évidemment atteignable en mobilisant les réserves de 5 millions de personnes sans emploi ou en sous-emploi. Et aussi vu les marges d'amélioration de la formation des personnes, d'organisation et de dynamisme des administrations publiques et de certaines entreprises.

Une augmentation de 2% du PIB, soit un doublement du PIB d'ici 2050, se traduira inévitablement par une augmentation de la consommation d'énergie. Actuellement, cette augmentation est très faible, mais surtout en raison de la crise financière et de désindustrialisation.

Estimation des besoins par domaine d'utilisation

Pourcentage dans la consommation totale d'énergie en 2014 Pourcentage
d'évolution par an (2014- 2050)
Transport 32 % 0 %
Résidentiel 30 % +1,5 %
Industrie 21 % + 0 %
Tertiaire 14 % +1 %
Agriculture 3 % + 0,5 %
Total 100 %

Estimation des besoins d'énergie finale en millions de tonnes équivalent pétrole

2014 2025 2050
MTep 156 170 190

Face à un doublement du PIB d'ici 2050, cette croissance de seulement 20% des besoins en énergie constitue déjà un objectif très ambitieux. La réduction de moitié annoncée par la loi sur la transition énergétique ne serait réalisable que par une forte baisse du PIB, dans une société de pénurie imposée par la coercition. « Suspendre la démocratie » comme le souhaitent certains. Ce n'est pas ce que les Français veulent.

[1] Malheureusement aussi parce que les industries lourdes quittent la France. Chaque fermeture de raffinerie de pétrole ou de hauts fourneaux peut difficilement être considérée comme un succès.

[2] L'obligation d'une "pièce rafraîchie" dans toutes les maisons de retraite et de "long séjour" a constitué un modeste progrès, mais ce sont toutes les chambres de ces établissements qui devraient être climatisées dans la 5ème puissance économique mondiale

Commentaires

  • Par Alphée • Posté le 09/11/2015 à 21:56 D'un côté, l'indicateur PIB dont les défauts ne font plus beaucoup débat. De l'autre, une dépendance chère à une énergie appelée à se raréfier et dont la consommation met en péril les conditions de la vie sur Terre (par réchauffement de la planète causé par les émissions de gaz à effet de serre).

    Après longue étude des différents éléments du dossier, mon choix est vite fait : pour tenter de préserver les conditions de la vie humaine sur Terre, travaillons à améliorer l'efficacité énergétique du PIB, et organisons la diminution du PIB mondial par habitant.
    D'après mes calculs, si on veut tenir les objectifs de la transition énergétique France (qui sont même peut-être tièdes) et si ont veut maintenir un taux de croissance annuel du PIB de 2% (ce qui semble être l'objectif de l'auteur de l'article), il faut que l'intensité énergétique diminue en moyenne de 5.4%. Ceci parait hors d'atteinte. A titre de comparaison, l'intensité énergétique française a diminué de 1.53% en moyenne par an entre 1973 et 2010 (ou de 1.1% entre 1990 et 2012).
    http://petitprogramme2012.blogspot.fr/2015/11/7-energie-pib-intensite-en...
  • Par Gépé • Posté le 10/10/2014 à 08:00 Supposons le problème résolu par une taxe sur l'énergie pour financer les retraites. On règle le problème du climat et si on n'y croit pas, celui de la dette; on règle celui des retraites, celui du chomage avec la baisse du cout du travail; on favorise la transition énergétique et d'autres choses encore. L'équité serait préservée par une allocation universelle regroupant d'autres objectifs. C'est à étudier en urgence.
  • Par Philippe François • Posté le 05/10/2014 à 10:50 Comme vous le dites : comment on fait ? Tout le monde souhaiterait maintenir le niveau de vie des Français (l'améliorer même) tout en se passant du nucléaire et des énergies fossiles. Mais personne ne dispose de la baguette magique qui le permettrait. Trop de responsables politiques confondent le monde virtuel d'internet avec celui du réel. En 5 ans, des jeux ou des outils comme Twitter peuvent avoir des centaines de millions d'utilisateurs dans le monde ; mais l'énergie, ce sont des investissements lourds dans du matériel lourd comme des centrales et des tuyaux de distribution. Quinze ans dans ces domaines c'est une période très courte. Le cas de la voiture électrique devrait leur rappeler cette réalité. Elle finira sans doute par réussir, mais pas du tout dans les délais invraisemblables annoncés il y 5 ans, et déjà il y a 15 ans, et aussi il y a 25 ans. Les projections de baisse de consommation d'énergie en 2030, 2040 et 2050 sont invraisemblables.
  • Par vallet • Posté le 05/10/2014 à 10:50 Loi pour la transition énergétique pour la croissance verte.

    Horizon 2030 vu avec les chiffres publiés par le Commissariat général au développement durable dans son document l'énergie/Edition2011«l'énergie/Edition2011«

    Consommation d'énergie en 2010 en millions de tep :

    Source Volume %

    Charbon 11 4,2

    Pétrole 82 30,9

    Gaz 40 15,1

    Electricité 115 43,3

    EnR 17 6,5

    Total 266 100

    Production brute d'électricité en TW/h : (maxi possible

    Sources 2010 2030 2030 / 2010

    variation %

    TW/h % % TW/h

    Hydro-éolien-photo. 78 13,6 32 274,6 ++ 252

    Thermique 63 11,1 18 154,4 ++ 145

    Nucléaire 429 75,3 50 429

    Total 569 100 100 858 ++ 50,8

    D'où consommation d'énergie en 2030 en millions de tep : ( maxi possible)

    Source Calcul Volume %

    Charbon

    Pétrole

    Gaz (11+82+40) x 0,60

    79,8
    31,3

    Electricité nucléaire 115 45,2

    EnR (17 : 78) x 274,6 59,8 23,5

    Total 253,8 100

    L'augmentation de production électrique en Energie Renouvelable ( EnR) de 252% est égale à 45,8 % de la capacité de production du parc des centrales électriques nucléaires existantes, voit 29 GW !!! ; réaliser un tel investissement en 16 ans est irréalisable matériellement.

    En cours d'attribution, il n'y a que 5 zones de 600 MW soit 3 GW à l'horizon de 10 à 12 ans, le parc nucléaire est de 63,3 GW et la centrale EPR de Flamanville en cours d'achéve- ment, (horizon 2016, démarrée en 2007) est de 1,6 GW.
    Selon la Cour des Comptes, l'électricité nucléaire est de l'ordre de 54,2 € / Mwh et celle offshore de 230 € / Mwh (Rapport de 2012). La facture énergétique de la France en 2011 était de 61,4 Md€, soit 3,1 % du PIB. Le coût de l'énergie électrique « nucléaire + EnR » en 2010 était : (429 + 78) x 54,2 = 27479,4 x 106 = 27,5 x 109 € = 27,5 Md€ Le coût des énergies fossiles étaient donc :61,4 – 27,5 = 33,9 Md€ L'économie de 40% prévue serait donc de :33,9 x 0,40 = 13,6 Md€ Le coût des 30 % d'EnR supplémentaires dans la production d'électricité serait de : 274,6 x 230 x 106 = 63158 x 106 € = 63,1 x 109 € = 63,1 Md€ Le surcoût pour la France serait donc de : 63,1 – 13,6 = 49,5 Md€ soit + 80,6 % sur la facture énergetique, ou 3,1 x 0,806 = 2,5 points de PIB .

    L'énergie en France coûterait 5,6 % du PIB !

    Mais on peut faire mieux, c'est à dire ne pas avoir de surcoût :

    IL FAUT ET IL SUFFIT DE BAISSER DE 20 %

    NOTRE CONSOMMATION GLOBALE D'ENERGIE !

    En effet :

     la consommation globale serait de 266 x 0,80 = 212,8 Gtep,

     le besoin en EnR serait de 212,8 – (79,8 + 115) = 18 Gtep

     nous en étions déjà à 17 Gtep en 2010 !!!!

    SIMPLEMENT ,

    COMME PREVU DANS CETTE LOI ,

    EN BAISSANT DE 40 %
    NOTRE CONSOMMATION D'ENERGIES FOSSILES
    D'ICI 2030 !!!
    CQFD....

    MAIS COMMENT ?

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