Agriculture et énergie

Prévisions de consommation d’énergie des pays industrialisés

La France audacieuse ou irréaliste ?

08 février 2017 • Philippe François

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Pour atteindre en 2050 l’objectif de réduction de 75% des émissions de CO₂, le gouvernement et le Parlement français ont choisi une hypothèse radicale : diviser par deux la consommation d’énergie d’ici 2050. L’ensemble de la politique énergétique de la France repose sur ce postulat : le prix acceptable de l’énergie dépend du niveau de consommation qui conditionne aussi les investissements nécessaires dans les différentes sources d’énergie, fossile, nucléaire, nouveaux renouvelables. Les pays industrialisés comparables n’ayant pas fait la même hypothèse, la crédibilité de notre politique énergétique est sérieusement remise en cause. 

Objectif ou Prévision d’évolution de la consommation d’énergie d’ici 2050 en %

France

Allemagne

Espagne

Japon

Italie

Suède

Royaume-Uni

Etats-Unis

Pays-Bas

-50%

-25 à -35%

-5 à -28% 

-16 à -27% 

-14 à -23% 

0 à -35%

0% 

+ 10%

+15%

Note : la Fondation iFRAP prévoit pour la France une augmentation de 15% de la consommation finale d’énergie d’ici 2050 avec son objectif de croissance du PIB de 2% par an et par personne. 

Les huit pays analysés ci-dessous se sont fixé des objectifs de réduction de consommation d’énergie très inférieurs au nôtre. Et ces chiffres doivent être étudiés en fonction de la croissance démographique et économique anticipée des différents pays. En Allemagne, Italie, Japon et Espagne, la démographie est nettement en baisse[1]

En France, Royaume-Uni, Suède et États-Unis elle est en hausse. L’objectif français de baisse de 50% de la consommation finale d’énergie est donc encore plus improbable et peu crédible sans une forte décroissance de l’économie et une baisse du niveau de vie. Deux perspectives que la Fondation iFRAP estime inacceptable pour  la France et les Français. 

Malgré la faible croissance économique française, la consommation finale d’énergie ne baisse pratiquement pas depuis cinq ans. L’objectif de 2050 doit donc être fortement révisé pour réaliser les investissements quantitativement suffisants et qualitativement performants, et éviter de sévères pénuries d’énergie à partir de 2020 si la loi de Transition énergétique était appliquée avec la fermeture de nombreuses centrales thermiqies et nucléaires. 
 
Lire aussi :
- Les prévisions énergétiques et leurs aléas, Rodolphe Greggio et Benoît Mafféi, Futuribles 416, Janvier 2017
- Lettre Géopolitique de l'Electricité, N° 71 - 30 janvier 2017

Allemagne

En Allemagne, les objectifs sont focalisés sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre plus que sur la baisse de la consommation d‘énergie. Une baisse de 50% n’est indiquée qu’en ce qui concerne l’énergie primaire (au lieu de finale), un mode de calcul favorable quand on passe du nucléaire ou du charbon aux nouvelles énergies renouvelables. La consommation finale d’électricité ne baisserait que de 25% d’ici 2050, et celle des transports de 40%, indiquant que l’évolution de la consommation finale d’énergie se situerait entre 25 et 35%. 

De 2000 à 2013, le PNB de l’Allemagne a crû de 1,8% par an et la consommation finale d’énergie est restée stable sur la période. Contrairement à la France, la consommation d’énergie dans l’industrie est restée stable depuis 2000. 

Sources

  • Fraunhofer ISI, Energy efficiency trends and policies i Germany, 2015
  • Energy policies of IEA countries, Germany, 2013

Espagne

En Espagne, la chute de la consommation d’énergie à partir de 2008 correspond à la forte crise économique subie par ce pays. Dans l’industrie, la baisse a été de 18%. Les projections à 2050  annoncent une fourchette de 54 à 71 MToe contre 75 MToe en 2000, soit une baisse de la consommation finale d’énergie de 5 à 28%. En France, l’élimination totale du pétrole en 2050 est un objectif jugé totalement inatteignable, donc vraisemblablement aussi en Espagne.

Source Deloitte, mai 2016, A sustainable energy model for Spain en 2050

États-Unis

Aux Etats-Unis, les émissions de CO₂ ont fortement baissé depuis cinq ans grâce au remplacement du charbon et du pétrole par le gaz de schiste. En ce qui concerne le niveau de consommation d’énergie, le scénario de référence de l’U.S. Energy Information Administration (EIA) ne donne des chiffres que jusqu’en 2040 et prévoit une augmentation de 10%. Les quatre autres sources citées par l’EIA (ExxonMobil, BP, IHS Global Insight et International Energy Agency) utilisent des critères et des dates un peu différents et  prévoient, en moyenne,  une augmentation d’environ 7%. 

Prévision d’évolution de consommation d’énergie en 2040 par rapport à 2013-2015

Energy Information Administration

ExxonMobil

BP

IHS Global

International Energy Agency

+10 %

-4%

+2 %

+13 %

+8 %

Source :   EIA Annual Energy Oulook 2016      http://www.eia.gov/outlooks/aeo/

Italie

L’Italie est l'un des pays développés dont l’efficacité énergétique est la meilleure, mais dont les émissions de CO₂ sont relativement élevées. Ses objectifs pour 2020 vont au-delà de ceux fixés par l’Europe. Ceux pour 2050 sont prudents, mettant en avant la nécessité de respecter la performance économique du pays et les nombreuses incertitudes qui entourent le sujet de l’énergie. L’Italie a préparé trois scénarios entraînant une baisse de la consommation d’énergie primaire de 14 à 23% en 2050 par apport à 2010.

Japon

Le scénario de référence du Japon anticipe une évolution de la consommation d’énergie finale primaire de 382 MToe en 2010 à 322 en 2050, soit une baisse de 16%. Dans ce pays de 107 millions d’habitants, la population diminue de 200.000 par an (taux de fécondité 1,4 par femme) soit une réduction totale de 7% d’ici 2050. 

Le rapport de IEEEJ considère un autre scénario prenant en compte des progrès technologiques et le nombre de centrales nucléaires en production. Ces scénarios ramènent la consommation d’énergie finale de 382 à 279 en 2050 (soit -27%).

Source : Japan’s Long-term Energy Demand and Supply Scenario to 2050, IEEEJ, 2009

Pays-Bas

Les Pays-Bas ont défini trois scénarios pour 2050 allant du maintien des techniques actuelles à une forte utilisation des nouvelles. Selon les cas la consommation augmente de 50% ou baisse de 25%. Le scénario retenu est une hausse de 15%.

Royaume-Uni

Avec une population, un niveau de vie et une consommation d’énergie voisins de ceux de la France, le Royaume-Uni est une référence pertinente. En 2010, le ministre de l’Energie et du changement climatique a fait réaliser l’étude 2050 Pathway analysis devant explorer des scénarios possibles jusqu’en 2050. Son rapport propose cinq choix, avec plus ou moins de nucléaire, bioénergies, électricité renouvelable, capacité de stockage de l’énergie et changement de mode de vie, un choix moyen combinant ces diverses options et enfin un choix dit « de référence » où aucun changement ne serait introduit.

Les deux diagrammes ci-dessous correspondent aux deux scenarios extrêmes en termes de niveau de consommation. A droite le scenario de référence, à gauche le scénario dit Epsilon.

Comme le montrent ces diagrammes, dans le scénario de gauche, le plus souhaitable pour certains mais qui suppose un effondrement de la consommation de l’industrie, le niveau de consommation, baisse de 1.900 à 1.400 TWh soit de 26%.

Dans le scénario de droite dit Alpha celui qui « reflète des efforts répartis sur tous les secteurs », et donc sans doute le plus vraisemblable, la consommation en 2050 est identique à celle de 2010.  Une prévision qui explique le vigoureux soutien des gouvernements britanniques aux projets de centrales nucléaires.  

Confortant cette prévision, la consommation finale d’énergie du Royaume-Uni, corrigée des variations climatiques n’a pas baissé en 2015 par rapport à 2014 mais a légèrement augmenté de 0,1%[2].

Source : 2050 pathways analysis, 2010, HM Government

Suède

Les Suédois sont depuis longtemps très motivés par la préservation de la planète. Grâce à son hydrologie très favorable, ses immenses forêts et ses centrales nucléaires, la Suède est peu émettrice de gaz à effet de serre mais veut poursuivre leur réduction d’ici 2050. Les données fournies par la Suède à l’International Energy Agency indiquent que la consommation d’énergie primaire continuera à augmenter jusqu’en 2030 date à partir de laquelle elle pourrait se stabiliser ou légèrement diminuer.    

Source : IEA Energy policies of IEA Countries, Sweden, 2013 review

En parallèle, quatre scenarios ont été construits par la Swedish Energy Agency pour le système suédois d’énergie au-delà de 2020. Leurs noms ont été choisis en référence à la musique, en fonction des caractéristiques des politiques menées.  

Dans tous ces scenarios les objectifs de réduction d’émissions de CO2 sont atteints, mais même le plus agressif (LEGATO) ne réduit la consommation d’énergie que de 35% par rapport à 2014. Dans les quatre autres la baisse va de 0% à 14%.  


[2] Energy consumption in the UK, Department for Business, Energy & Industrial Strategy, November 2016 

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