Agriculture et énergie

À contre courant sur mer et sur terre

Livre : Les raisons d’y croire, de Maud Fontenoy

26 juin 2015 • Philippe François

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Des nappes de pétrole, des zones d’accumulation de déchets plastiques, des mers vides sans poissons, Maud Fontenoy en a croisées ayant traversé seule les océans à la rame et fait le tour du monde à contre-courant. Elle avait donc toutes les dispositions pour devenir une écologiste fanatique... et pourtant, sa vision de l'écologie détaillée dans son livre, Les raisons d'y croire, conserve comme fil conducteur, le pragmatisme.

C’est naturellement par la mer et ses ressources immenses que le livre commence. D’autant plus que la France dispose d’un domaine maritime gigantesque (11 millions de kilomètres carrés, soit vingt fois la surface de la métropole). Énergies, nourritures et matières premières y seraient disponibles en abondance. Et grâce à la recherche, l’auteur estime qu’il est ou sera possible d’y accéder « proprement », afin de passer progressivement des énergies carbonées aux énergies renouvelables. Mais c’est une certitude pour elle, en 2015, les êtres humains ne peuvent pas se passer du pétrole. Il faut donc continuer à l’exploiter. Pour en diminuer la consommation, Maud Fontenoy recense la liste des techniques et comportements qui peuvent contribuer à économiser ce fameux pétrole : moteurs plus performants, télétravail, écoconduite, autopartage, covoiturage, fret ferroviaire, ferroutage… De nombreuses solutions qui doivent être toutes essayées, mais que la Fondation iFRAP estime ne pas devoir être imposées par la contrainte ou par des subventions déraisonnables alors qu’elles sont encore peu performantes.

Du pétrole, l’auteur passe aux trois tabous majeurs : gaz de schiste, diesel et nucléaire. Conduire des recherches et des évaluations sur le potentiel du gaz de schiste est tellement évident qu’on a du mal à comprendre comment la France en est arrivée à ce blocage. Comme le dit l’auteur « De quoi parlons-nous au juste ? Nous n’en savons rien. La recherche est, par précaution, arrêtée dans ce domaine ». Une situation d’autant plus étrange que « les turbines à  gaz sont les parfaites alliées du renouvelable intermittent (éolien et solaire) », et que la combustion du gaz produit moins de CO2 que le pétrole. "À mort le diesel ?" est le titre du chapitre suivant, où on nous rappelle que, si les moteurs diesel produisent plus de particules fines que l’essence, ils consomment 20% de pétrole en moins et émettent donc moins de CO2. Une des raisons qui l’ont fait préférer, notamment en France. 

Ce sujet est exemplaire de la longue marche de la société vers des produits de plus en plus écologiques : les émissions de multiples polluants ayant été considérablement réduites grâce à des carburants plus performants et aux pots catalytiques, les particules fines sont devenues, à juste titre, la nouvelle frontière. Nouveau défi, nouvelle solution avec des filtres à particules. Encore insuffisants ? Au lieu d’abandonner le combat, les chercheurs et les ingénieurs se préparent déjà pour le suivant. En résumé c’est le chemin que propose Maud Fontenoy : bien identifier les problèmes qui se posent à notre société, travailler à les résoudre progressivement mais sans grand soir révolutionnaire qui réduirait le niveau de vie des sociétés développées et cantonnerait les autres à demeurer dans leur misère.    

Sur le nucléaire, l’auteur ne manifeste aucun enthousiasme mais constate que cette technique produit chaque année beaucoup moins de morts que les centrales au charbon. Pour se limiter à la France, Maud Fontenoy constate les dégâts de la confusion des responsabilités « Quant à la question de Fessenheim, pardon, mais c’est une hérésie. L’État veut se substituer à l’Autorité de sûreté nucléaire ». Une autorité pourtant supposée indépendante. 

Un chapitre entier est consacré à la santé, à l’alimentation en général, et aux OGM en particulier, autre domaine où la recherche est interdite en France. Sur chacun des sujets, mortalité des abeilles, vaccination, hypersensibilité aux ondes électromagnétiques (WIFI, Antennes relais, lignes haute tension), Maud Fontenoy tente de porter un regard équilibré, ce qui n’est pas facile face aux affirmations comme « Oui, les OGM sont des poisons ! » parue sur la couverture d’un grand hebdomadaire français en se basant sur une étude très contestée. Maud Fontenoy admet que sur de nombreux sujets, il est très difficile, même à un « honnête homme » ayant sérieusement travaillé ces sujets, de se faire sa propre idée. C’est sans doute pour cela que son livre préfère les points d’interrogations aux affirmations tonitruantes.  

Avec les deux titres de son dernier chapitre, « Le changement passera par l’éducation » et  « L’éducation au changement » Maud Fontenoy nous livre sa conviction. Il n’existe aucune certitude sur de nombreux sujets souvent très polémiques. Seule l’éducation permettra à l’humanité de progresser, de sortir de la nostalgie du passé d’un âge d’or qui n’a jamais existé et de regarder avec courage et optimisme le monde futur que nous allons construire.   

Dans ce livre, Maud Fontenoy présente ses convictions mais aussi, avec beaucoup de franchise, ses hésitations et finalement son engagement pour concilier un avenir meilleur pour la planète, sans sacrifier les générations d’êtres humains qui y vivent actuellement. Et en prenant en compte les intérêts des habitants des pays développés et de ceux des pays sous-développés très pauvres. À l’approche de la grande réunion climat COP 21 en décembre à Paris, il lui a fallu un certain courage pour ne pas simplement pousser un cri de catastrophisme de plus. 

Commentaires

  • Par Bernard Elisabeth • Posté le 09/07/2015 à 10:56 Maud Fontenoy est une personne extraordinaire par ses opinions pleines de bon sens, celles que l'on souhaiterait entendre chez ceux qui nous gouvernent; c'est une personne honnête et positive; ses idées sont saines et j'espère que nous aurons la chance un jour en France de laisser ces français qui sont dans le vrai, qui sont proches de la réalité décider ce qui est bon pour nous ; la France ira beaucoup mieux
  • Par Egal • Posté le 03/07/2015 à 16:56 Autour de Tchernobyl, la nature est florissante, car le principal ennemi de la nature est l'homme. On a évacué les hommes, les animaux reviennent. Et les babouchkas (vieilles femmes des maisons isolées avec évidemment leur famille) aussi qui s'en portent très bien en faisant attention de ne pas manger les plantes les plus contaminées sur les zones décrites par les autorités. Car l'air n'était plus contaminé du tout quelques jours après l'explosion. A Fukushima, rien n'est suffisamment contaminé pour être dangereux, mais par une précaution peureuse (+ le lobby des radiologues et la peur des antinucléaires) la CIPR (Commission internationale pour la protection radiologique) a institué des normes ridiculement faibles, qu'il conviendrait de revoir franchement : on limite à 1mSv/an de radioactivité artificielle là où la moyenne mondiale est à plus de 1 mSv/an et alors qu'il existe des endroits à plus de 100 (Ramsar en Iran, Guaripari au Brésil) où on n'observe aucune morbidité. Fukushima a nettement montré que l'accident nucléaire n'était pas très dangereux.
  • Par jeandin annie • Posté le 03/07/2015 à 11:04 Certes, le nucléaire produit moins de morts que le charbon. Le problème, c'est qu'un accident nucléaire grave, qui n'est jamais exclu, provoque la stérilisation d'immenses territoires pour des centaines d'années. Notre petite planète peut-elle supporter ce risque alors qu'elle peine déjà à nourrir ses habitants et à préserver l'environnement ?
  • Par Dany (anonyme) • Posté le 03/07/2015 à 11:04 Pour répondre à SCHMIDLIN, il y a des problèmes plus importants que cela, et Maud les aborde convenablement. A propos des énergies renouvelables, il faut rappeler qu'il n'y a à l'heure actuelle très peu de choses vraiment viables économiquement, à part l'hydroélectricité.

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