Agriculture et énergie

Les enjeux de l'énergie nucléaire

01 juin 2011 • Jean-François Bauer

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L'accident de Fukushima, même si le nombre de victimes et les conséquences devraient être moindres que ceux de Tchernobyl, aura probablement un impact plus fort sur l'opinion car il s'est produit dans un pays de haute technologie ; il en résulte un fort réveil de la peur nucléaire dans les pays développés et la toute récente décision allemande en est une conséquence. Faut-il sortir du nucléaire, ou sécuriser le nucléaire ?

Arrêter des centrales nucléaires existantes aura pour conséquence pendant au moins 10 ou 20 ans une augmentation de la consommation d'énergies fossiles car les énergies nouvelles seront incapables de prendre la relève à court terme ; ainsi les grands parcs éoliens en projet auront (quand il y a du vent) une production de quelques pour cent de celle d'une tranche de centrale nucléaire.

Cette demande supplémentaire provenant de pays développés aura trois conséquences principales :

- une augmentation des prix des énergies fossiles car les pays développés ont les moyens de payer et leur consommation est peu sensible aux prix ; les cours des actions des sociétés charbonnières ont monté dans les heures qui ont suivi l'annonce allemande !

- une augmentation des émissions de gaz à effet de serre ; l'Agence Internationale pour l'Énergie vient d'annoncer que les émissions de 2010 sont évaluées à 30,6 gigatonnes de CO2 alors que pour limiter à 2 degrés le réchauffement climatique au 21ème siècle, un plafond de 32 gigatonnes a été fixé pour 2020. L'AIE craint que ce plafond ne soit atteint dès 2012 !

- une forte augmentation du prix de l'électricité dans les pays qui auront abandonné le nucléaire ; avec les technologies actuelles, éoliennes, biomasse ou solaire, les coûts de production au Kwh sont de 3 à 6 fois supérieurs à celui du nucléaire.

Les victimes de la hausse des prix de l'énergie seront d'abord les pays pauvres qui auront du mal à payer le combustible pour la production d'électricité, production indispensable pour améliorer leur situation sanitaire (les hôpitaux et les réseaux d'eau potable fonctionnent principalement à l'électricité).

D'après certains experts, les victimes du réchauffement climatique seraient d'abord les pays des zones tropicales qui subiraient à la fois la désertification dans les zones continentales et la montée du niveau des océans ; les pays développés, eux, pourraient se payer de l'irrigation et des digues !

Les deux accidents de Tchernobyl et de Fukushima ont stérilisé pour de longues années des milliers de Km² dans les pays développés, mais ces surfaces sont inférieures à celles qui sont stérilisées par l'avancée du désert dans le Sahel depuis 30 ans en raison principalement, d'après les militants écologiques, du réchauffement climatique.

Ils ont aussi fait des victimes immédiates ou à terme ; les victimes à terme font peur car la radioactivité est une menace invisible et il existe peu de statistiques fiables en dehors du suivi des conséquences des bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki ; ces études ont montré pourtant que, parmi les habitants ayant survécu à l'explosion et aux conséquences à court terme de l'irradiation, au bout de 65 ans un peu plus des deux tiers sont décédés dont environ 1% des décès seraient dus à des maux considérés comme pouvant résulter de l'irradiation. Objectivement, si l'on s'en tenait aux nombres des victimes, il serait plus urgent de sortir de l'automobile ou de l'aviation que de sortir du nucléaire !

Sécuriser plus le nucléaire sera coûteux car il faudra multiplier les systèmes de sécurité, durcir les centrales contre tous les accidents envisageables, augmenter le coût de démantèlement des installations en fin de vie et multiplier les procédures de contrôle et les effectifs de surveillance ; cela fait dire à certains que le KWh nucléaire pourrait devenir plus coûteux que le KWh thermique classique. Cependant, pour faire une comparaison valable, il faudrait ajouter le coût environnemental du CO2 émis par les centrales thermiques.

Ainsi, la sortie du nucléaire pour les pays riches aura un coût à court terme qu'ils pourront se payer et un coût environnemental induit qui pèsera longuement sur les pays du tiers monde. Si l'on se plaçait sur un plan moral on pourrait dire qu'il est du devoir des pays développés, dans l'intérêt de notre planète, d'utiliser le nucléaire qu'ils sont les mieux à même de sécuriser, tant qu'il n'est pas possible de le remplacer par des énergies de substitution sans conséquence sur le réchauffement climatique.

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