Agriculture et énergie

Hinkley Point : EDF, on compte sur vous

29 septembre 2016 • Philippe François

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Le contrat entre le gouvernement britannique et EDF Energy, filiale d'EDF basée à Londres, pour la construction de deux réacteurs nucléaires EPR de troisième génération, a déjà eu une retombée positive : l’usine GE-Alstom de Belfort a reçu une commande de deux milliards d’euros pour les turbines à vapeur de ces réacteurs. Des monstres par la taille, des bijoux pour la précision, et du travail de hautes technicité et valeur-ajoutée, modèle de celui sur lequel les Français doivent se spécialiser. Et cette bonne nouvelle ne provient pas d’un bourrage artificiel de carnet de commandes mais de la réponse à un vrai besoin des clients britanniques. Une formidable  opportunité pour EDF et la France.   

Les réacteurs nucléaires EPR (réacteurs pressurisés européens) sont dits de troisième génération parce qu’ils ont été précédés par deux autres utilisant les mêmes technologies : fission, uranium enrichi, eau pressurisée. Les principes de fonctionnement des EPR sont identiques à ceux de leurs prédécesseurs et ne comportent aucune rupture scientifique majeure. Ils n’ont notamment rien à voir avec les réacteurs à neutrons rapides ou sur-générateurs comme Superphénix, et encore moins avec les réacteurs à fusion nucléaire pour lesquels des recherches internationales sont en cours à Cadarache (ITER).        

Les objectifs assignés aux EPR : renforcer leur sécurité et utiliser les techniques du XXIème siècle. Les ingénieurs sont donc partis d’une feuille blanche et de leurs expériences. Le modèle de 1973 avait d’ailleurs déjà fortement évolué en deux paliers augmentant à chaque fois la puissance passée de 900 à 1500 MW, et en introduisant de nombreuses améliorations et nouvelles technologies. Sans problème majeur.  

58 réacteurs en 24 ans

Une fois la décision prise de construire une série de réacteurs à uranium enrichi sur des plans initiaux Westinghouse, le premier avait été mis en production en 1978. Rapidement, jusqu’à 5 réacteurs par an ont été mis en production. La cadence s’est ensuite ralentie et le dernier a été inauguré en 2002. 

4 EPR  

Le fiasco de l’EPR finlandais construit par AREVA et les retards et surcoûts de celui de Flamanville construit par EDF, jettent un doute, soit sur l’EPR, soit sur EDF, soit sur les deux.  Les problèmes inhérents à tout prototype, la perte d’expérience liée à quinze ans sans construction, la complexité des plans AREVA/Siemens, un management politicien et défaillant, un  personnel déconnecté de la réalité… ont été invoqués pour expliquer ces problèmes. Les deux EPR construits en Chine semblent, eux, mieux progresser. Mais rien dans le projet britannique de très grande taille, très complexe mais nullement révolutionnaire, ne justifierait un échec.

Hinkley Point

EDF Energy, exploite déjà sur ce site, depuis 14 ans, deux réacteurs nucléaires britanniques de seconde génération qui lui ont donné l’expérience de son environnement industriel et du personnel expérimenté. Les plans des deux EPR et des travaux préparatoires importants ont été réalisés depuis cinq ans pour plus d’un milliard d’euros, qui doivent permettre un lancement optimal de ce chantier.

Les prix

Le prix garanti à EDF par le gouvernement britannique, est fixé à 95 euros par MWh, indexé sur l’inflation, pendant 35 ans.  Un prix élevé par rapport au prix actuel du marché de 30 à 60 euros. Mais  si les deux gouvernements britanniques, celui de David Cameron puis celui de Theresa May l’ont accepté, c’est que ce prix est le moins élevé de tous les modes de production d’électricité sans émission de CO₂.

Éolien terrestre

Éolien marin

Photovoltaïque

90

120 - 200

105-300

 

Ces trois prix, beaucoup plus élevés que ce qui est garanti à Hinkley Point, correspondent à des productions intermittentes et aléatoires, moins utiles qu’une production modulable à la demande comme celle des centrales à gaz ou nucléaires.  Pour bien prendre conscience de cet écart, il suffit d’imaginer que son contrat personnel d’achat d’électricité garantirait un prix et un nombre de kilowatt heures par an, mais fournis, non pas quand on en a besoin, mais quand cela convient au fournisseur. Très désagréable.    

Investissement

L’investissement dans un réacteur nucléaire représente un capital très important, évalué à 8 milliards d’euros en France. C’est beaucoup plus que celui qui est nécessaire pour une centrale éolienne ou photo-voltaïque, mais c’est beaucoup moins par MWh produit sur toute la durée de vie des équipements :

Investissement en euros par MWh produits sur la durée de fonctionnement de la centrale

Nucléaire

Eolien terrestre

Eolien marin

Photo-voltaïque

13

37

86

44

Conclusion

La plupart des personnes préféreraient une production d’électricité verte compétitive et sans nucléaire. Ce n’est pas possible actuellement, et sans doute pas avant des dizaines d’années.  Le projet Hinkley Point comporte naturellement des risques. Mais si le principe de précaution doit interdire de prendre des risques, alors, inutile d’espérer mettre un terme à la glissade de la France vers le fond des classements. Pour EDF en France qui va devoir renouveler son parc nucléaire, pour EDF à l’étranger qui doit exporter son savoir-faire, et pour l’image de notre pays, la réussite d’Hinkley Point est vitale. Les salariés d’EDF et de ses sous-traitants ont, à leur tour, la chance d’avoir à relever le même formidable challenge que leurs prédécesseurs des années 1967-1987 entraînés par Marcel Boiteux.  

Marcel Boiteux a été Direcetur général d'EDF de 1967 à 1977, puis Président du conseil d'administration de 1978 à 1987. 

Commentaires

  • Par Bruno Lalouette • Posté le 12/10/2016 à 11:31 Comment peut-on se prétendre libéral est être pronucléaire ?
    Il faut dix ans pour construire un EPR, et sa rentabilité est calculé sur 30 ans, avec des variables majeurs, prix de l'uranium, prix de l'indispensable graphite, et prix de l'électricité des modes de productions différents...
    Question à 100 balles pour un libéral, le prix de l'électricité photovoltaïque a baissé de 80% en dix ans ! De combien va-t-il baisser sur 40 ans ?
    Vous êtes de droite et contre l'impôt, vraiment ? Combien de subventions cachées allouées au secteur du nucléaire, combien coûte une guerre au Mali pour sécuriser l'uranium du Niger, et qu'elle le nombre réel de gens malades, ainsi que leurs coûts pour le système de santé et pour l'économie du pays ?
    Pour finir, puisque M. Boiteux est un professeur émérite du système qui l'a produit, je lui soumet un petit problème de logique...
    Sachant que le secteur tertiaire avec l'habitat consomment 44% de l'énergie finale du pays, sachant que l'électricité atomique ne représente que 75 pour cent de l'électricité produite, sur une production totale qui représente 24% de l'énergie finale consommée par le pays, sachant que les appareils électriques et l'éclairage des ménages ne représentent qu'à 15% de la consommation des bâtiments, les 85 autres pourcents correspondants aux besoins en chaleur et en froid, besoins pouvant être assurés à 100% par le solaire thermique et l'énergie bois, ma question est donc, à quoi peut bien servir le secteur du nucléaire civil, à part ratisser le contribuable consommateur victime d'un monopole énergétique, juste pour que les cadres de la république qui décident de nos vies en se prenant pour des dieux, puissent encore et toujours se gaver sur le dos et avec la sueur de la nation !
    Enfin, gros mensonge à démonter, l'électricité la plus propre et la moins cher, est l'hydroélectricité au fil de l'eau, encore plus si elle distribuée localement, les coûts de transports d'une énergie centralisée comme le nucléaire, représentant un tiers de notre facture EDF !
    Or, cette électricité au fil de l'eau, petits barrages, microturbines et roues à aubes en milieu rural, et totalement délaissée par les pouvoirs publics, alors qu'en plus, une part importante des 800000 km de conduites d'eau en France, peuvent être turbinés !
    A noter aussi, que le bois et la terre, peuvent remplacer l'acier et le béton des bâtiments, les deux plus gros secteurs électro-intensifs de notre économie !
  • Par Labat • Posté le 07/10/2016 à 11:33 Je suis contre l'énergie nucléaire. J'ai entendu que ce chantier en Angleterre était problématique : EDF est déjà gravement endetté, le précédent PDG n'a-t-il pas démissionné car il n'était pas en accord avec cet investissement? Le chantier de Flamanville et celui en Finlande sont des gouffres !

    D'autre part, je lis actuellement "La supplication" de Svetlana Alexievitch prix Nobel de littérature.

    Votre propagande me fait froid dans le dos.
    REPONSE : Votre refus du nucléaire est tout à fait admissible et la Fondation iFRAP se bat sur un autre terrain. Nous souhaitons que le choix soit clairement mis devant les Français : soit le nucléaire, soit des coûts de production de l'électricité de 2 à 8 fois plus chers.Et une situation qui ne va pas changer avant des décennies.

    Les Français ont tout à fait le droit d'opter pour le second choix (énergies renouvelables coûteuses) avec les conséquences prévisibles (chômage, baisse du niveau de vie), mais ce qui est insupportable c'est d'entendre régulièrement des experts et des politiques prétendre que les énergies vertes sont à la fois écologiques ET pas plus coûteuses que le nucléaire ou le gaz. Les chiffres que nous publions montrent que c'est faux.
  • Par student • Posté le 03/10/2016 à 11:12 ... pourquoi le PDG d'Alstom maintient sa volonté de fermer l'usine de Belfort et de déplacer voire licencier ses 400 salariés avec une telle commande de 2 Ma€ pour fabriquer les turbines d'HPC ; c'est probablement parce que cela ne suffira pas sur le long terme, ou que le regroupement de ses usines est de toutes façons plus rentable. La logique industrielle en somme, davantage capable que l'idéologie et l'incantation de garantir l'activité donc l'emploi.

    Cette logique tranche avec la volonté réitérée et totalement absurde d'un gouvernement à la dérive qui souhaite obliger EDF, malheureusement sous sa tutelle, à arrêter la centrale de Fessenheim, sûre et rentable, et à supprimer ainsi plus de 2000 emplois. C'est criminel.

    Et l'interdiction (!) faite à EDF de licencier ses salariés est ridicule : ceux-ci seront en surnombre dès l'arrêt des installations, et leur masse salariale improductive pèsera sur le coût du kWh produit par ailleurs. Ce personnel expérimenté sera probablement progressivement réemployé dans d'autres centrales au fur et à mesure des départs à la retraite, mais ce sera au détriment d'autant de jeunes qui ne seront pas embauchés : l'impact sur la courbe du chômage sera la même que si on avait purement et simplement licencié les salariés !

    L'idéologie (antinucléaire) est décidément la pire des conseillères...
    REPONSE : l'usine qui fabrique les turbines est sur le même site de Belfort que celle qui fabrique des trains mais be fait plus partie d'Alstom mais de GE.
  • Par reiller • Posté le 01/10/2016 à 14:39 Votre réponse à Théophile m'étonne: et si on laissait simplement les centrales nucléaires actuelles aller à 60 ans, que faudrait-il mettre en chantier??
    A entendre les ennuis d'EDF avec des pieces de fonderie qui ne sortent pas toutes du CEA Creusot, je me demande si notre autorité de sureté n'est pas aussi auteur de la réglementation qu'elle fait appliquer..
    REPONSE : Aux Etats-Unis des centrales nucléaires qui ont servi de modèle (brevets Westinghouse) vont en effet être prolongées à 40 ans. Je respecte les décisions actuelles de l'autorité de sûreté.

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