Agriculture et énergie

Éoliennes marines : les nouveaux « ateliers nationaux »

29 juillet 2011 • Philippe François

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« 600 éoliennes marines, 10.000 emplois ! » Le slogan utilisé par le gouvernement pour lancer son grand programme d'éoliennes marines est simple. Mais il ne répond pas à 3 questions : pour quel besoin, à quel prix et pour quel avenir ? Des réponses seraient pourtant essentielles avant de lancer une dépense de 10 milliards d'euros dans de nouveaux "ateliers nationaux" ou "emplois aidés" où faire baisser les chiffres du chômage prime sur toute considération économique.

1. La France en a-t-elle besoin ?

En 2010 la France a été exportatrice nette d'électricité de 29,5 Twh soit 5,3 % de sa consommation totale. Sa consommation d'électricité augmente peu, de 0,5% par an dans le scénario de référence des 20 prochaines années. Elle pourrait même diminuer si l'on en croit les projections des plans actuels d'économie d'énergie, mais surtout, grâce aux progrès d'efficacité énergétique des industries et des nouveaux bâtiments.

En 2011, la production d'électricité est assurée à 76% par 58 centrales nucléaires de puissance allant de 900 à 1.500 MWh. La nouvelle centrale, l'EPR de Flamanville de 1.600 MWh entrera en production en 2016. Ce n'est pas la seule bonne nouvelle. Sur la période 2013-2017, le remplacement de l'usine d'enrichissement d'uranium par diffusion au Tricastin par celle utilisant la technique de centrifugation permettra de réduire la consommation d'électricité de l'équivalent de deux réacteurs nucléaires de 1.300 MWh. La construction d'un second EPR, à Penly en Seine-Maritime, est aussi prévue sur la pério de 2015-2020.

Dans le domaine électrique, notre seul problème est relatif aux pics de consommation en été et en hiver. L'amélioration en cours du taux de disponibilité des réacteurs d'EDF devrait permettre de diminuer les quantités d'électricité importées pendant ces périodes. Les centrales au gaz en cours de construction constituent la meilleure solution à ce problème des pics de consommation.

A cause de leur production aléatoire, les éoliennes ne sont pas une solution au problème des pointes, d'autant plus que les vents sont faibles en période de canicule et de grand froid.

2. Les éoliennes marines sont-elles performantes ?

Nous avons la chance de disposer des données chiffrées, officielles et récentes sur ce sujet. Le prix de gros d'un MWh nucléaire est de 35 à 42 €/MWh. L'appel d'offres en cours pour les éoliennes marines a fixé un objectif maximum de prix de 175 €/MWh dans la Manche et de 200 €/MWh dans l'Atlantique. L'électricité produite par les éoliennes marines reviendra donc entre 4,1 et 5,7 fois plus cher que celle produite par le nucléaire.

Les centrales nucléaires ont une grande inertie, leur production ne pouvant pas varier très rapidement. Mais elles sont prévisibles contrairement aux éoliennes qui ne produisent que quand il y a du vent. Une grande partie de la production éolienne est donc inutile, notamment la nuit où baisser la production du nucléaire pour utiliser l'électricité éolienne ne génère pratiquement aucune économie dans les centrales nucléaires. EDF n'a malheureusement jamais été interrogée pour savoir à combien elle valoriserait une énergie intermittente de type éolien : deux fois moins qu'une énergie contrôlable, au mieux, semble-t-il. A ce stade l'électricité éolienne marine revient donc de 8 à 11 fois plus cher que l'électricité d'origine nucléaire.

Ce n'est pas tout. Pour réagir rapidement quand le vent tombe et que la production des éoliennes s'effondre, il est nécessaire de construire des centrales thermiques à démarrage rapide qui ont un coût. Et surtout, la gestion de cette électricité intermittente exige une refonte profonde des réseaux de transport électrique et des systèmes de répartition de la production. Le problème est passionnant (les réseaux intelligents ou "smart grid"), mais la facture considérable, en milliards d'euros. Environ la moitié du prix payé par les consommateurs individuels correspond au coût des réseaux de transport et de distribution. A ce stade, ce sujet est encore du domaine de la recherche donc difficile à chiffrer.

3. Les éoliennes marines, secteur d'avenir pour l'industrie française ?

Les appels d'offres en préparation semblent faits pour favoriser les consortiums français. Des critères sociaux, de proximité, d'implication des PME locales … devraient aboutir à ce résultat, si Bruxelles n'est pas trop regardant sur ce protectionnisme déguisé. Mais une fois ce but atteint, quel sera le plus, l'avantage concurrentiel décisif qui fera que les pays étrangers préfèreront nos éoliennes à celles des concurrents danois, allemands, espagnols, ou portugais déjà bien établis ? Dans ce domaine très mature fait de béton, d'acier et de générateurs électriques, on ne voit pas quelle révolution technologique les entreprises françaises mettent en avant. (On a vu avec le TGV qu'exporter des matériels techniques peu différenciés est très difficile pour la France).

Eoliennes vs. Gaz de Schiste

L'enthousiame des parlementaires pour les éoliennes marines contraste curieusement avec leur rejet catégorique des gaz de schistes. Ces gaz auraient pourtant pu apporter des avantages considérables à notre pays : réduction de notre dépendance énergétique, baisse du prix du gaz de 30% comme aux Etats-Unis, exportation d'une technologie perfectionnnée en France.

D'un côté, la certitude d'un surcoût considérable, de l'autre une forte probabilité de réussite. Quelques suffrages de plus, très incertains, aux prochaines élections justifient-ils ces deux choix contradictoires ?

Un héritage coûteux pour nos enfants

Sans doute pour des raisons politiques, le contrat pour la première série d'éoliennes marines devrait être attribué juste avant les élections présidentielles de 2012. La faisabilité des projets serait confirmée en 2013. Les constructions commenceraient en 2015, leur pleine production en 2020. Mais jusqu'en 2070 les consommateurs paieront cette électricité beaucoup plus cher qu'actuellement. Non seulement nous aurons laissé des montagnes de dettes à nos enfants, mais en plus une surtaxe électricité injustifiée.

Une partie des populations concernées (pêcheurs, écologistes, soldats et historiens du Débarquement de 1944, experts de l'UNESCO, professions touristiques) se mobilisent contre ces constructions de 150 à 200 mètres de haut. La Fondation iFRAP estime que de tels dégâts environnementaux ne sont pas acceptables puisqu'ils se conjuguent à des dégâts économiques considérables.

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