Agriculture et énergie

Énergies renouvelables : coup de frein en Europe

19 septembre 2013 • Philippe François

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Les promesses des énergies renouvelables sont formidables : supprimer les émissions de gaz nocives pour l'environnement, réduire le déficit de la balance commerciale, cesser de financer des régimes totalitaires ou hostiles, créer des emplois dans son pays, mettre un terme à la production de déchets nucléaires, éviter les accidents nucléaires, se protéger contre les ruptures d'approvisionnement. Mais, à la veille du discours que François Hollande va prononcer vendredi 20 septembre 2013 pour lancer la seconde Conférence environnementale, la France doit se demander pourquoi les pays européens les plus engagés dans cette voie sont-ils en train de reconsidérer leur position ?

Allemagne

Le message le plus fort est venu d'Allemagne. La santé économique de ce pays est excellente, le taux de chômage faible, les comptes en équilibre et le gouvernement a décidé l'arrêt de toutes ses centrales nucléaires d'ici 2022. Mais pour que Peter Altmaier, ministre du gouvernement fédéral, et de l'écologie de surcroît, se déclare très inquiet de l'impact de la transition écologique sur le pouvoir d'achat des ménages et sur l'économie, il faut que la situation soit grave : il évalue à 1.340 milliards d'euros le coût de la transition énergétique d'ici 2030.

Évaluation du coût
En 2001, le coût de la transition énergétique était estimé par Norbert Rottgen, ministre de l'énergie allemand, à 1 à 2 milliards d'euros par an, soit une trentaine de milliards d'ici 2030. L'électricien allemand RWE l'estime de 250 à 300 milliards. Siemens à 1.700 milliards. Avec 1.340 milliards, le ministre allemand se rapproche des chiffrages les plus élevés.

Philipp Rösler lui-même, ministre de l'Économie, est intervenu pour tenter de maîtriser la situation : « Les paiements excessifs pour l'électricité éolienne doivent être réduits considérablement ». Une forte baisse des prix d'achat garantis pour les producteurs d'énergie solaire et éolienne a donc été décidée, et bientôt même, la fin de ces prix garantis. Les nouveaux producteurs seraient responsables de vendre directement leur électricité sur le marché libre, et la production des éoliennes que le réseau ne peut pas transporter ne serait plus payée. Il est vrai que les subventions à ces énergies représentent en 2012 une surcharge de 5,277 centimes d'euro par kWh consommé en Allemagne par les particuliers, qui devrait passer à 7 centimes d'euros par kWh en 2014 : un montant qui revient à multiplier par deux le coût de production de l'électricité produite par les centrales nucléaires actuellement de 4 à 5 centimes d'euro par kWh. Jusqu'à présent, en Allemagne, les prix de l'électricité étaient fortement biaisés en faveur de l'industrie, et aux dépens des particuliers. Avec le coût des énergies renouvelables, cette situation devient intolérable et l'industrie devra aussi être mise à contribution.

Pourquoi les prix de l'électricité augmentent

- Coût de l'électricité éolienne, photovoltaïque et autres renouvelables

- Construction de centrales complémentaires peu utilisées (gaz, charbon et lignite)
- Création de nouveaux réseaux de transport haute tension à travers le pays.

Les industriels allemands (Siemens, Bosch) ont renoncé au photovoltaïque et fermé des usines, y compris en France, après avoir perdu chacun 1 à 2 milliards d'euros en quelques années. Et des groupes de communes qui avaient parié sur le miracle du photovoltaïque n'ont plus que des friches industrielles. Siemens demeure le troisième fabricant mondial de turbines éoliennes et prévoit que le marché va se déplacer d'Europe en Asie, suite à la baisse des subventions en Europe.

Espagne

Avec 20% d'électricité produite par ses centrales nucléaires, la situation de l'Espagne était similaire à celle de l'Allemagne, mais ce pays n'a pas décidé d'abandonner le nucléaire mais seulement un moratoire sur la construction de nouvelles centrales depuis 1983. Mis à part 8 à 15% (suivant les années) d'électricité produite par ses barrages, l'Espagne utilisait des centrales à combustibles fossiles (gaz et charbon). À partir de 2005, les avantages annoncés pour les énergies renouvelables ont poussé les responsables politiques à lancer des plans massifs de développement éolien et solaire dans une ambiance de croissance générale de l'économie euphorique. En 2012, environ 17% de l'électricité était produite par des centrales éoliennes et 4% par des solaires. Soit un total incluant l'hydraulique de 30% de renouvelable, pulvérisant les objectifs de la Commission européenne (20% en 2020).

Ces investissements se sont révélés aussi peu rentables que ceux des centaines de milliers de logements vides, des autoroutes et des aéroports inutiles construits en Espagne. Comme en Allemagne, le coût de ces nouvelles énergies est supérieur aux anciennes ; mais comme en France, le gouvernement a reculé devant l'idée de faire payer ce surcoût aux utilisateurs et s'est engagé à le rembourser aux divers fournisseurs (Iberdrola, Endosa, …). En France cette dette de l'État envers EDF est de 5,2 milliards d'euros. En Espagne, la dette est de 26 milliards d'euros et en croissance de 4,5 milliards d'euros pas an. Cette situation étant devenue intenable, le gouvernement espagnol a dû prendre chaque année depuis 2009 des décisions de plus en plus drastiques et cependant inévitables. Au total : suppression des tarifs d'achat obligatoires pour les nouvelles centrales éoliennes et photovoltaïques et, plus sévère encore, réduction des prix d'achat aux centrales déjà en production, et évidemment, hausse du prix de l'électricité de 8% pour les consommateurs. Conséquence : le développement de ces énergies a été brutalement freiné. La construction de centrales photovoltaïques qui s'était emballée en 2008 avec près de 2.685 MW installés en une seule année, a dû être limitée par un quota annuel de 400 MW pour les nouvelles installations éligibles aux tarifs d'achat.

L'Espagne s'étant lancée dans ces secteurs de façon très précoce dispose d'une entreprise importante dans le domaine éolien : Gamesa qui compense en partie le gel du marché espagnol par des commandes en Amérique du sud.

Royaume-Uni

Grâce à sa production d'hydrocarbures en mer du Nord, le Royaume-Uni avait suivi une politique similaire à celle de l'Allemagne avec son charbon : en 2012, production d'électricité principalement (67%) par des centrales à gaz et au charbon et faible utilisation de l'énergie nucléaire (18%). Confronté à la baisse rapide de sa production de gaz et à l'obsolescence de ses centrales nucléaires, le Royaume-Uni a fait le choix en 2006 d'une relance du nucléaire, choix confirmé malgré la catastrophe de Fukushima, et le développement des énergies renouvelables (11% en 2012). Le solaire est peu développé (0,35 % de la production d'électricité), et l'effort a porté sur les éoliennes (5,3 % de la consommation d'électricité en 2012), terrestres et surtout marines, dont une dizaine de centrales sont déjà opérationnelles. Le total des subventions aux diverses énergies renouvelables était de 3,1 milliards d'euros en 2012 et pourrait atteindre 8,5 milliards par an en 2020. En 2012, John Hayes, alors ministre de l'énergie avait provoqué un esclandre [1] en affirmant « Les éoliennes sont très inefficaces et coûteuses », «  Les éoliennes ne remplaceront pas le gaz et le nucléaire » pour conclure «  Job done » voulant signifier qu'avec les éoliennes déjà construites et autorisées, le Royaume-Uni disposerait d'assez d'éoliennes et ne devrait plus en prévoir d'autres. Quatre à six projets de réacteurs nucléaires vont probablement se concrétiser, un choix d'autant plus fort que les entreprises, chefs de file de ces projets, ne sont pas anglaises (ex : EDF). Le gouvernement a aussi autorisé la recherche de gaz de schiste, de façon à compenser la baisse de production de la mer du Nord.

Fidèle à sa politique d'ouverture de son marché et de recherche de la meilleure performance, les centrales éoliennes anglaises existantes sont équipées de générateurs étrangers (Vesta, Siemens, GE, REpower, …) construits ou non au Royaume-Uni.

Condamnés pour 20 ans

La France a la chance de pouvoir profiter des leçons apprises à leurs dépens par l'Allemagne, l'Espagne et le Royaume-Uni. C'est pendant 20 ans au moins que les gouvernements de ces pays se sont engagés à subventionner les centrales éoliennes et photovoltaïques une fois construites. Des montants qui varient en moyenne de 5 à 10 milliards d'euros par an pour 5 à 15% de la production totale d'électricité. Le calcul pour arriver à 50% est simple : de 30 à 100 milliards d'euros par an selon les cas. Pour une fois, notre retard est bénéfique : profitons-en et arrêtons notamment les projets ruineux d'éoliennes marines. La production de chacune d'elles est bien le double de celle d'une éolienne terrestre. Mais le coût du MWh produit est 2 fois plus élevé que celui de leurs homologues terrestres, et 4 fois plus élevé que celui de la production actuelle d'EDF, tout en produisant de façon intermittente. Et en arrivant 15 ans après les industriels étrangers sans apporter de révolution technologique, on voit mal comment nos entreprises pourraient conquérir des marchés extérieurs de façon rentable.

La position du ministre de l'Économie allemand est la seule raisonnable. Les promesses des énergies renouvelables, éoliennes, solaires ou autres sont fascinantes. Mais elles ne les tiendront que quand leurs performances économiques seront acceptables. Seules la recherche et l'expérimentation permettront d'y parvenir, pas la construction massive de centrales inefficaces.

[1] Monsieur Hayes a été rapidement muté à un autre poste après cette crise, tout en étant plus ou moins soutenu par David Cameron en ce qui concerne les éoliennes terrestres.

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