Agriculture et énergie

COP21 : émotion et fierté, irritation et doute

31 décembre 2015 • Philippe François

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La réunion à Paris de 195 pays, des plus petits aux plus grands, des plus riches aux plus pauvres, de civilisations très diverses, parfois en désaccord voire en guerre entre eux, décidés à parler de l’avenir de l’humanité, aura été un moment très émouvant. Comme les jeux olympiques tous les quatre ans, cet événement mondial a renforcé le sentiment que nous appartenons tous à la même communauté. Mais l’émotion ne suffit pas pour traiter un sujet à cent mille milliards d’euros.  

Sur le plan sentimental, on peut aussi être fier de la réussite technique de ce rassemblement monstre où aucun chef d’État ne semble avoir été égaré, où aucun problème majeur de sécurité ou de protocole ne s’est produit et où un certain consensus a été obtenu par un management à la fois ferme et souple. Mais à côté de ces points très positifs, des aspects fondamentaux n’ont pas été traités.  

Irritation  

Ces dizaines de milliers de personnes venues des quatre coins du monde, dont moins d’une sur cinquante participait effectivement aux négociations, constituaient un véritable contre-exemple de l’économie sobre prônée par ces mêmes participants. Et le matraquage de communication auquel les Français ont été soumis avant et pendant la COP21 tenait plus de la propagande que de la pédagogie. Une attitude inquiétante en démocratie qui laissait penser que, comme pour les ukases de 2011 et 2013 concernant les gaz de schiste, les objectifs de politique intérieure étaient plus présents que ceux de l’avenir de la planète. D’autant plus qu’aucune place n’a été laissée aux idées non conformes ou aux questions dérangeantes.  Comme celle de la baisse inévitable du niveau de vie émise par Jean Tirole, prix Nobel, ou du refus de la repentance occidentale exposée dans « Good COP, Bad COP » de la Fondapol, ou du montant des nouvelles taxes « écologiques » calculées par la Fonsation iFRAP, ou des doutes émis par Philippe Verdier ex-météorologue de France 2, ou de l’appel de quatre célèbres climatologues internationaux en faveur du nucléaire.

Doute

Les quarante pages du protocole final font finalement preuve de modestie. Contrairement à ce qui avait été annoncé par nos responsables, elles ne contiennent pas de prix du carbone (ce n’était pas à l’agenda) et aucun mécanisme contraignant n’a été décidé, mis à part la promesse de refaire le point en 2023. Concrètement, chaque pays a déposé ses objectifs de production de gaz à effet de serre qui aboutiraient au total à un réchauffement de 3 degrés[1]. L’ONU va logiquement proposer des méthodes pour mesurer la quantité de gaz à effet de serre produits ou captés. Chaque pays restera maître d’appliquer ces méthodes et de publier ses propres résultats. Par ailleurs, contrairement à la loi française sur la transition énergétique, l’accord ne fixe pas d’objectif de baisse de la consommation d’énergie. Une position rationnelle puisque Laurence Tubiana, ambassadrice et cheville ouvrière française des négociations sur le changement climatique, a déclaré : "En 2100, l'énergie sera propre et illimitée" .

Sur le plan du financement des pays en développement (au moins 100 milliards d’euros par an à partir de 2020), le flou persiste sur le nom des financeurs et sur la nature des contributions : dons, prêts, investissements privés ? Plus fondamentalement, le « droit au développement » qui a été exigé à juste titre et obtenu par l’Inde et les pays en développement, semble difficilement compatible avec une réduction de la production de gaz à effet de serre. D’autant plus que dans ces pays vivent actuellement 6 des 7 milliards d’êtres humains. Même en Chine, le niveau de vie est encore cinq fois inférieur à celui des occidentaux[2], et un des buts des habitants de ces continents est de se rapprocher du nôtre. Quand il leur faudra choisir entre la nourriture, l’éducation, les loisirs, la santé, le logement et la température de la planète en 2100, on ne peut pas douter du résultat. Ces pays chercheront sans doute à éviter les méthodes les plus polluantes, mais ne renonceront pas à se développer. Et, plus paradoxal, les 100 milliards de dollars annuels du « fond vert » qui seront injectés dans ces pays contribueront à aggraver le problème d’ici 2050-2100 : une centrale photovoltaïque ou une voiture électrique polluent moins que leurs équivalents au pétrole, mais plus que pas de centrale ou de voiture du tout.

Conclusion

Faute d’avoir été clairement évoquées durant la COP21, ces questions jettent un doute sur le niveau de conviction des États et le sérieux des engagements pris. Si le changement climatique est bien dû aux activités humaines et crée les désordres annoncés, l’accord de Paris sera peu efficace. Les deux seules véritables solutions résident, soit dans un vœu de frugalité de l’ensemble des 7 puis 9 milliards d’êtres humains, soit dans des progrès technologiques décisifs. Parier sur cette seconde solution ayant beaucoup plus de chances de s’avérer gagnant, une très grande partie des capitaux consacrés à installer des solutions inefficaces et coûteuses  (ex : éoliennes marines en France, photovoltaïque en Europe du nord) devrait être investie dans la recherche de méthodes rentables d’économie d’énergie, de production d’énergie propre, de « nettoyage » des énergies polluantes, de stockage des gaz à effet de serre et de protection contre les changements climatiques éventuels.

 

Référence : Texte de l’accord (le texte définitif commence page 23)   

                                                               

 

[1] Les débats pour savoir s’il s’agit de  2,75 ou 3 degrés semblent surréalistes compte tenu des marges d’erreur de ces prévisions.

[2] PIB par habitant : Chine 8.000 $, Brésil : 12.000 $, France 42.000 $. http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.PCAP.CD  

Commentaires

  • Par Bruno Chaumontet • Posté le 08/03/2016 à 00:48 Je regrette que dans la rubrique doutes il ne soit pas fait allusion au mouvement climato-réaliste http://www.skyfall.fr/

    Tout simplement parce que personnellement je doute, sans chercher à convaincre.

    Bruno
  • Par Théophile • Posté le 06/02/2016 à 19:22 Il ne faut pas trop s'affoler sur le surcoût des énergies vertes : l'énergie coûtera de plus en plus cher et de toute façon il s'agit majoritairement de salaires. En économisant ce surcoût vous pourriez en effet combler le déficit de l'Unedic mais n'est-il pas préférable de faire travailler les gens ? Quant à la relation entre le climat et l'activité humaine, elle n'est pas prouvée en effet par contre on est à peu près certain de dégrader les choses avec les émissions de CO2 même si on n'est pas certain d'éviter le réchauffement en arrêtant ces émissions...Alors autant essayer aurait dit Pascal. Quant aux énergies fossiles, ce n'est pas un mal d'éviter d'y recourir. Je suis suffisamment âgé pour avoir eu le privilège de faire un stage ouvrier à la mine comme élève ingénieur et aujourd'hui je m'en souviens encore. Si les nouvelles énergies peuvent nous éviter ce genre de travail ce sera au moins ça de gagné même si on n'est pas certain de l'effet sur le climat.
    REPONSE : Les plans de lutte contre le réchauffement climatique constituent en effet des paris puisque le GIEC parle de probabilité sur le fait et encore plus sur ses conséquences. Le surcoût de certaines énergies renouvelables me semble un problème, ces activités créent très peu d'emplois comparé à ce qui pourrait être fait dans d'autres secteurs où les besoins sont considérables.
  • Par BECQUERELLE • Posté le 11/01/2016 à 19:00 COP 21 pollution et… démographie

    Je suis rassuré la COP 21 dispose d’un thermostat mondial hyper-performant qui va maîtriser le réchauffement de la planète à 1.5 degré, génial !

    La lutte contre la pollution est nécessaire, personne ne le contestera.

    Mais est-elle la seule cause du réchauffement de la planète ? Dans les millénaires précédents nous avons eu des bouleversements climatiques.

    Et la démographie dans tout ça !

    Population mondiale

    En 1960 : 3 milliards

    En 2015 : 7 milliards

    En 2050 : 9 milliards (estimation)

    Nous sommes loin des 700 millions de Chinois et moi et moi que chantait Jacques DUTRONC en 1966 : 1,4 milliard aujourd’hui.

    Toute l’économie mondiale est basée sur la croissance économique qui dépend en grande partie de l’évolution démographique. L’Allemagne s’inquiète de sa baisse de son taux de natalité, la France aussi pour quelques milliers de naissances en moins au dernier recensement, pendant ce temps l’espérance de vie augmente. Eh oui, le financement des retraites, la consommation il faut y penser !

    Les délocalisations vers les pays émergents sont aussi source de pollution (transports, non respect de l’environnement dans les pays en voie de développement)

    Dans les années 60 nous disions, du moins on nous disait que les ressources de la mer étaient inépuisables, et pourtant nous sommes passés à l’élevage intensif dans des « fermes maritimes » qui polluent la faune sauvage.

    D’après ce que l’on nous dit l’élevage bovin est aussi un gros émetteur de gaz à effet de serre (méthane). Va-t-ton, comme le laisse entendre certains documentaires, consommer des insectes ? C’est réjouissant!

    L’Allemagne de réputation écologique supprime le nucléaire pour passer à l’éolien, mais surtout aux centrales à charbon, ils ont gardé leurs mines, eux ! D’autres grandes puissances ne se gênent pas non plus.

    La course en avant à la croissance économique tributaire d’une démographie positive sera, quelles que soient les mesures prises génératrices de pollution.

    Pensons aussi aux pays pauvres qui avec les moyens de communications actuels voient notre mode vie et voudront, ce qui est humain, en profiter aussi. Notre vielle TERRE est-elle capable de nous satisfaire tous?

    Une grande partie de la réponse est :
    QUELLE POPULATION MAXIMALE NOTRE PLANETE EST-ELLE EN MESURE DE SUPPORTER ?
    Patrick BECQUERELLE
  • Par Lac Jean Pierre • Posté le 08/01/2016 à 18:04 L'activité humaine est responsable de 100% de la pollution mais de combien de % du réchauffement climatique?Nul ne le sait exactement!

    Tant que le voile ne sera pas levé par les scientifiques,il faut faire profil bas et privilégier les énergies ne générant pas de CO2 et générant des kW à la demande.

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