Une politique désastreuse de l'emploi

Partie II. Dossier "Pour en finir avec l'Etat destructeur"

L'emploi, ou plutôt le problème du sous-emploi est au centre des préoccupations des différents gouvernements depuis maintenant 30 ans. Pourtant, depuis la création de l'ANPE par Jacques Chirac, le 13 juillet 1967, alors que le taux de chômage venait de franchir pour la première fois 2% de la population active, il n'a jamais réussi à baisser durablement et semble ne pas vouloir descendre au dessous des 8%.

L'emploi ne progresse pas, malgré les recettes classiques : baisse artificielle du nombre de chômeurs, créations d'emplois aidés, baisses ciblées des charges sur les emplois précaires, création du contrat CNE… Seulement 155 000 emplois marchands auront été créés sous le dernier mandat de Jacques Chirac, quand pendant le même temps, les entreprises anglaises en créaient près de 700 000. En parallèle chaque année, le nombre d'emplois aidés dans le secteur marchand représente environ un volume de plus d'un million d'emplois !

Ces tristes résultats s'accompagnent d'un fonctionnement toujours aussi peu efficace de l'ANPE, incapable de dynamiser le marché du travail. Elle place en effet, chaque année, à peine 300.000 chômeurs, avec pourtant des moyens humains et financiers en augmentation constante. La mise en concurrence par des organismes privés est une bonne chose, puisqu'elle permet d'avoir de meilleurs résultats sur des populations à risque comme l'ont montré les dernières expérimentations de l'Unedic. Malheureusement, même la concurrence ne permettra pas de diminuer le chômage structurel.

Ce n'est pas une politique ciblée vers la gestion du chômage que nos politiques doivent mener, comme ils le font depuis 20 ans avec les résultats que l'on sait, mais avant tout favoriser une réelle croissance de l'emploi dans le secteur privé. Comme les études de l'iFRAP l'ont montré, il manque, en France, de l'ordre de 5 à 7 millions d'emplois dans le secteur marchand. Comment créer ces emplois ? Une des principales actions serait de favoriser l'essor des entreprises à forte croissance, ces PME que l'on appelle les gazelles.

La politique de Dutreil : voler au secours de la victoire

Si l'on en croit la fréquence des communiqués de presse en provenance du ministère des PME (*), Renaud Dutreil fait tout son possible pour favoriser la création d'entreprises. Création d'un label "gazelle", mise en place de mesures pour favoriser l'essor des Business Angels, ces investisseurs individuels à même de financer les entreprises pendant leur phase de démarrage. Les yeux rivés sur les statistiques de la création d'entreprises, notre ministre ne peut s'empêcher de s'attribuer ces résultats qui semblent encourageants.

Ainsi, les entrepreneurs français ont créé, depuis mai 2002, plus d'un million d'entreprises. Mais alors comment expliquer que ces entreprises n'aient pas généré au moins 1 million d'emplois ? Tout d'abord, le ministre omet de mentionner la disparition naturelle des entreprises existantes. On peut donc évaluer les créations nettes d'entreprises à environ 300 000, une fois les cessations déduites. Le bilan en termes d'emploi est donc assez médiocre, puisque ces nouvelles créations n'auront apporté sur cinq années qu'un emploi pour deux créations d'entreprises. Nous sommes donc bien loin des gazelles créatrices d'emplois !

L'explication est pourtant assez simple. La politique du gouvernement repose sur une mauvaise analyse de la problématique : en effet, nos dirigeants considèrent la création d'entreprise individuelle comme une solution au chômage. La politique d'aide à la création de micro-entreprises est donc une des clefs de voûte du système mis en place par Renaud Dutreil à partir de 2003. Son mécanisme de soutien à la création d'entreprise est majoritairement dirigée vers les micro-entreprises (86,5% des créations, en hausse chaque année), n'employant que leur créateur au départ, et qui, dans leur majorité, ne sont pas destinées à croître. Il est vrai qu'il vaut mieux remplacer un chômeur par un dirigeant d'entreprise, mais cette solution parvient tout au plus à créer quelques emplois supplémentaires. On reste loin des 5 à 7 millions de créations nécessaires !

Mais la politique de Renaud Dutreil ne s'est pas arrêtée en si bon chemin. Il a donc construit un mécanisme d'encouragement au développement des gazelles. Là encore, le problème est mal cerné. Les labels Gazelles, décernés par le gouvernement, reviennent à venir au secours de la victoire. En effet, la récompense intervient quand ces entreprises ont prouvé leur potentiel et sont sur les rails de la croissance. C'est bien avant qu'il faut intervenir. Or détecter le talent et la réussite est une chose compliquée et risquée. Les investisseurs qui s'engagent dans de telles aventures le font dans l'espoir de gains élevés en cas de réussite, mais assument les échecs, souvent nombreux, sur leurs capitaux. Liberté d'investir, prise de risque et responsabilité individuelle sont les pivots de l'investissement dans la création d'entreprise. Or, ces trois fondamentaux ne peuvent être réalisés par des administrations publiques telles que Oséo BDPME, spécialisée notamment dans l'aide à la création.

Les exemples internationaux nous ont montré que depuis des années, c'est en faisant confiance aux investisseurs providentiels, capables d'investir seuls ou à plusieurs de 100 000 à 1 million d'euros dans la création d'une entreprise que l'on pourra passer à la vitesse supérieure. Multiplier par 10 le nombre d'investisseurs providentiels français devrait être au centre d'une véritable politique de l'emploi. La politique du chômage française montre chaque année ses limites, et la multiplication des emplois aidés et labels en tout genre n'a jamais pu résoudre le problème récurrent du sous emploi français. Que nos hommes politiques prennent enfin conscience que l'Etat n'est pas la solution au chômage mais que se sont les entreprises et les entrepreneurs qui créent l'emploi et la richesse et nous retrouverons le chemin de la croissance.

Ce dossier est structuré en plusieurs parties :

-1. Un système éducatif sous perfusion

- 2. Une politique désastreuse de l'emploi

- 3. Un système de santé étouffé

- 4. La proposition de loi sur la création d'un organisme de contrôle de la dépense publique