Retraite

Retraites EDF : les retraités du privé et les familles mis à contribution

20 décembre 2004 • Philippe François

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Ce que Société Civile redoutait en mai 2004 dans "Retraites EDF : un transfert inquiétant, mais pour les salariés du secteur privé" est arrivé.

L'artifice d'adosser des retraites EDF aux caisses de retraite du régime général fait courir de grands risques aux salariés et retraités du secteur privé. Pour que ce transfert soit neutre pour les salariés du privé, EDF aurait dû verser en 2005 au moins 9 milliards € à la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse du secteur privé (CNAV) et surtout prévoir une clause de revoyure périodique protégeant contre les nombreuses inconnues qui entourent l'avenir d'EDF (nombre de salariés, évolution des salaires, inflation).

EDF a d'abord essayé de ne payer que 6,9 milliards €. EDF refusait par exemple de prendre en compte le surcoût au-delà de 20 années, ou les avantages familiaux supérieurs à ceux du régime général. La présidente (FO) de la CNAV, Danièle Karniewicz, a courageusement refusé, qualifiant ce montant d'inadmissible. La CGT était plus ambiguë, surtout soucieuse de protéger les privilèges de ses syndiqués d'EDF. EDF a ensuite proposé 7,7 milliards €, les 1,3 milliard restant étant mis à la charge de la Caisse des Allocations Familiales (CAF) et du Fond de Solidarité Vieillesse par l'Etat. Alors que la CNAV semblait se résigner à ce compromis, EDF a commencé à vouloir jouer sur les dates de versement de cette soulte, proposant de l'étaler sur 25 ans. La différence est considérable, un Euro de 2030 n'ayant pas du tout la même valeur qu'un Euro placé en 2005 et rapportant des intérêts.

A ce stade, la négociation s'était transformée en un marchandage de foire alors que les intérêts de millions de retraités du privé sont en jeu. La CNAV a fini par accepter un mauvais compromis, sous la pression du gouvernement qui a le pouvoir de l'y contraindre. EDF versera finalement 40% des 9 milliards € en 2005, le reste étant étalé sur 15 ans, toujours sans révision possible en cas de dépassement.

Le rapport de la commission Roulet, commandée par le nouveau président d'EDF, n'a été habilement publié que la semaine suivant la signature de cet accord. Il révèle que la situation financière d'EDF en France est mauvaise : "une structure financière fragilisée par la dégradation continue de sa rentabilité opérationnelle en France". Il va falloir faire des économies de façon urgente. Le principal gisement réside dans la suppression des sureffectifs, afin de ramener les charges de personnel au niveau des concurrents et de ce qu'EDF applique dans ses filiales étrangères. Cette éventualité n'a pas été prise en compte dans les négociations avec la CNAV. Résultat : moins d'actifs EDF, moins de cotisations et le transfert du déficit du régime de retraites EDF aux retraités du secteur privé. Si le relevé automatique des compteurs "à distance" évoquée depuis 20 ans était finalement mis en œuvre, cela se traduirait par une réduction de dizaines de milliers de personnes à EDF et GDF.

L'Etat, effrayé par le montant des dettes d'EDF, a soutenu la position de son entreprise. La solution n'est pas d'adosser les retraites EDF au détriment des retraités du privé ou des familles, mais d'aligner les prestations EDF sur celles du privé. Il est inacceptable de demander aux Français de payer pour les salariés d'entreprises publiques qui ont refusé toute réforme des retraites en 1993 et 2003 et dont les avantages sont maintenant très supérieurs même à ceux des fonctionnaires.

Les négociations avec les Caisses Complémentaires (AGIRC, ARRCO) qui se déroulent dans la même confusion, vont entrer maintenant dans une phase active. Quelle autre astuce vont-ils trouver ?

Commentaires

  • Par ga • Posté le 09/06/2014 à 18:00 J'ai vecu avec un agent.d'EDF, il ne.se.plaignait de ce problème. EDF a des centres de vacances où nous sommes partis. Alors, qu'ils ne se plaignent pas, il y a plus malheureux qu'eux. S'ils ont des problèmes de trésorie, qu'ils vendent quelques centres. Et baissent les tarifs, quand je.vois le.gaspillage des agents EDF chez eux, je sais ce que je dis, je l ai vecu .
  • Par allinoneman • Posté le 14/01/2009 à 10:57 Lorsque l'on sait que les défenseurs de la CNAV sont des quasi "fonctionnaires" qui ne défendent que leur poste et leurs avantages, on comprend qu'ils cèdent immédiatement aux pressions des autres "fonctionnaires" qui défendent aussi leurs propres intérêt... et pas les intérêts de ceux qui font "bouillir la marmite" de la Nation.
    Qui permet à tous ces irresponsables de percevoir leur salaire et ensuite leur retraite ?
    Les forçats du privé... bien entendu
    Et qui discute de toutes ces réformes face aux autres irresponsables que sont les politiques qui n'ont d'autre but, eux aussi que leurs propres intérêts ?
    Les "fonctionnaires" cités ci-dessus...
    Comment voulez vous appliquer des réformes dans ces conditions ?
    Quand la CNAV à force d'être pillée ne sera plus en mesure d'honorer ses engagements, les choses devraient commencer à changer.
    Mais personne ne réfléchit plus loin que le bout de ses intérêts à court terme.
    Et comme il n'y a plus de GRAND HOMME désintéressé... il n'y a plus de possibilité d'espoir que les choses changent.
  • Par hubert.jean • Posté le 13/01/2009 à 22:38 La Présidente de la CNAM est du syndicat CFE-CGC.

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