Retraite

Retraite par capitalisation - Avantages et risques

Attention à la caricature !

08 février 2010 • Philippe François

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Les retraites par répartition des Français ne sont pas financées, mais au moins le problème n'est plus nié. Plusieurs solutions sont envisagées, sauf une qui est rejetée avant même d'être examinée : une dose de capitalisation. L'exemple suédois des retraites et un autre cas bien français prouvent que cette solution est loin d'être coupable de tous les maux dont on l'accuse.

" Voyez par exemple les fameuses retraites par capitalisation ! Des millions de gens ont d'ores et déjà perdu des années de travail, d'économie et d'efforts. Ils seront pauvres jusqu'à leur dernier souffle. "

Blog Jean-Luc Mélenchon septembre 2008

Pour des raisons idéologiques, les syndicats et la grande majorité des responsables politiques sont farouchement opposés aux retraites par capitalisation au nom d'une solidarité souvent teintée de collectivisme. Mais avec la crise de 2008, cette opposition s'est transformée en hystérie : « Des millions d'Anglais qui n'ont plus de retraites », « Les Américains vont devoir travailler jusqu'à 80 ans », « Les Chiliens vont abandonner la retraite par capitalisation ».

Suède : la capitalisation résiste

Ces affirmations sont heureusement fausses, mais le but de ces cris alarmistes est de déconsidérer le système de retraite suédois qui est proposé pour notre pays. En Suède, depuis 1995, les retraites sont financées à 90% par la répartition et à 10% par la capitalisation individuelle. Pour investir ces 10%, les Suédois ont le choix entre des dizaines de fonds homologués par le gouvernement. Fin 2008, au moment où la bourse était à peu près à son minimum, ces fonds avaient baissé, mais n'étaient pas du tout en faillite. Et depuis leur création, leur rendement est positif, même si c'est trop faiblement après cette crise. Le rapport de 2009 n'est pas encore publié, mais d'après notre estimation leur valeur aura remonté de 10 à 15%.

"En Suède, il y a une dose de capitalisation obligatoire. C'est une
énorme bêtise. Après la crise financière, les Suédois s'en sont rendu
compte.
"

Professeur Thomas Piketty, France Inter, 27 janvier 2010

Comme on le voit ci-dessous, ces investissements en actions, obligations et indirectement en immobilier ont subi de fortes variations négatives et positives depuis leur création.

Rendement annuel des comptes capitalisés en Suède en %
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
+5 +3,7 +0,7 -8,6 -31 +17,7 +7,9 +30,5 +12,2 +5,6 -25 +13
Source Rapport du COR

La gauche et la droite qui ont été au pouvoir depuis 1998 n'ont jamais proposé de remettre en cause ce pan de la réforme.

Un premier classique de la désinformation

Pour effrayer les Français, les opposants à la capitalisation utilisent souvent l'argument :
« Malheur aux personnes qui partent en retraite juste au moment d'une crise boursière comme celle de fin 2008 ».

Les assureurs ont depuis longtemps résolu ce problème en proposant des investissements de moins en moins risqués et volatiles au fur et à mesure que les assurés s'approchent de leur date de départ à la retraite.

France : la capitalisation existe

Dans notre pays, au moins trois systèmes de retraite fonctionnent déjà de façon satisfaisante par capitalisation dont celui des Sénateurs et celui qui gère les cotisations sur les heures supplémentaires des Fonctionnaires (RAFP). Mais le cas le plus significatif est celui du Fonds de Réserve des Retraites (FRR), d'autant plus qu'il est géré par les syndicats. Cette Caisse n'a été créée qu'en 2004 et son rendement qui était de +8,8 fin 2007 était encore légèrement positif (+0,3 %) au pire de la crise fin 2008. Le rapport concernant 2009 va être publié et annoncera des résultats positifs et un rendement annuel moyen nettement positif sur la période 2004-2009.

Un second classique de la désinformation

Une autre méthode est d'évoquer la faillite d'« ENRON » ou de "Maxwell" où les salariés avaient effectivement perdu leur job et leur retraite qui était entièrement investie en actions de leur entreprise. Tout investissement, et encore plus celui pour sa retraite, doit être diversifié dans plusieurs catégories de valeurs et d'actifs. C'est évidemment ce qui est fait en Suède ou pour le FRR.

(Il est à noter que les salariés et retraités des Mines, de la RATP et de la SNCF, d'EDF et GDF en partie, qui avaient choisi des retraites entièrement « maison » ne se sont pas retrouvés dans la même situation que ceux d'ENRON, mais uniquement grâce à la solidarité nationale.)

Pour une dose de capitalisation

Contrairement à ce qui est souvent affirmé, les régimes par capitalisation ne se sont pas effondrés malgré la crise de 2008. Le système suédois, avec sa dose obligatoire de capitalisation (10% des cotisations) présente plusieurs avantages. Les variations de leur valeur reflètent l'évolution de l'économie de leur pays, et il est utile que les intéressés en soient conscients au moins pour une partie de leurs retraites et futures retraites. Les régimes qui, comme celui de la fonction publique française, sont totalement insensibles à l'évolution de leur environnement, sont à la fois peu solidaires et peu instructifs pour les intéressés. Le second avantage de la capitalisation est de disposer en France de capitaux à investir dans les entreprises ou l'immobilier, sans avoir à créer des fonds souverains comme le FSI ou la Caisse des Dépôts, à la fois faibles par la taille et très exposés aux interférences politiques.

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