Retraite

Des exemples réussis de retraite par capitalisation existent

N'opposons pas capitalisation et retraite par répartition

26 mai 2010 • Philippe François

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Des retraités ruinés, des personnes de 75 ans faisant la queue à l'équivalent local de l'ANPE, cela existe aux Etats-Unis après la crise. Certains media français se sont complu à en montrer des exemples dramatiques. Et certains de nos responsables politiques et syndicaux en ont profité pour diaboliser la retraite par capitalisation. Quatre exemples typiques - et réussis -, un aux Etats-Unis, deux en France et un en Suède montrent que cette situation n'est pas du tout générale.

CalPERS (Etats-Unis)

Les fonctionnaires américains ne sont pas très différents des fonctionnaires français : stables et précautionneux. Leur plus important régime de retraite, CalPERS, assure les fonctionnaires de l'Etat de Californie depuis 77 ans. C'est un régime par capitalisation qui gère 1.000.000 de fonctionnaires en activité et 500.000 retraités. Des effectifs importants, correspondant à environ la moitié du nombre de fonctionnaires civils d'Etat en France.

Evolution des capitaux gérés par CalPERS
Valeur au 31/12 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Capitaux en Mds $ 161 183 201 230 253 183 203

Le tableau ci-dessus indique que ce fonds a tiré parti jusqu'en 2007 d'une très forte valorisation de ses placements diversifiés, puis reperdu une partie de ses gains en 2008 pour se retrouver avec une valeur satisfaisante de ses avoirs en 2009/2010. Le dernier rapport annuel publié en 2009 annonçait un taux de rentabilité de 7,75 % sur 20 ans, en baisse par rapport aux années précédentes mais très supérieur au rendement du Livret A ou des retraites françaises par répartition. Ces chiffres sont très voisins de ceux calculés par les Professeurs T. Piketty et A. Bozio pour le marché français sur une période de 50 ans : 9% de 1950 à 2000.

Première leçon de capitalisation

Trois contrevérités sont si souvent présentées comme des évidences et répétées à satiété par les opposants aux régimes par capitalisation, qu'il faut sans arrêt les démentir :

- Les investissements des retraites par capitalisation sont diversifiés, contrairement aux retraites ENRON ou Robert Maxwell investies dans une seule entreprise, et en plus, celle dans laquelle les intéressés travaillaient.

- Les actifs cotisent tout au long de leur vie dans leur fonds de capitalisation et ne risquent donc pas d'y entrer "au plus haut", juste avant une forte baisse.

- Les investissements dans les contrats d'assurance retraite doivent être modulés suivant le cycle de vie des intéressés (ex : 60% d'actions à 30 ans, 10% à 55 ans). Les retraités ne risquent donc pas d'en sortir "au plus bas".

Régime Additionnel de la Fonction Publique (France)

Le RAFP a été mis en place pour prendre en compte les primes des fonctionnaires dans le calcul de leur retraite. Il est récent (2003), de taille encore très faible (6 Mds €) et dans une phase d'accumulation puisqu'il verse encore très peu de retraites alors qu'il reçoit un flux complet de cotisations. Il est géré par la Caisse des Dépôts, et principalement investi en placements à revenus fixes (85%). Dans une période de très faible inflation, il a été peu affecté par la crise financière. En 2007, le rendement de ses placements est d'environ 2,5 %.

Fonds de Réserve des Retraites (France)

Le Fonds de Réserve des Retraites est plus ancien (1999), de taille modeste (33 Mds €) comparé à CalPERS, et, sur une si courte période, ses performances ne sont sans doute pas encore stabilisées. Géré par des banques internationales recrutées sur appel d'offres, contrôlé par un Conseil d'Administration où les syndicats sont largement représentés, ses performances globales ont toujours été positives malgré le choc de 2008 comme le montre ces données extraites de son rapport annuel.

Chronique des performances
2004 2005 2006 2007 2008 2009
Performance annuelle en % +2,9 +12,4 +11,1 +4,9 -24,9 +15,0
Performance cumulée annualisée en % +2,9 +10 +10 +8 +1 +2
source : rapport du FRR

Premium pension (Suède)

Le régime complémentaire suédois par capitalisation (dit "Premium pension") date de 2002 et est aussi en phase de construction. La crise de 2008 a provoqué une chute sévère des capitaux gérés par les différents fonds de capitalisation que peuvent choisir les futurs retraités, sans conduire à leur « disparition » comme certains l'ont prétendu.

Evolution des capitaux du Premium pension en Mds de Couronnes suédoises
Valeur au 31/12 2002 2003 2004 2006 2006 2007 2008 2009
Capitaux en Mds 59 94 125 192 269 309 232 215
Source "Orange report" , publié chaque année par le régime de retraite suédois

Pour un régime complémentaire par capitalisation

Un régime de base par répartition est incontournable dans la France de 2010. Les données ci-dessus montent qu'il est raisonnable de le compléter comme en Suède ou aux Pays-Bas par un régime obligatoire par capitalisation. Loin des caricatures propagées par les opposants à ce système, les régimes par capitalisation sont tout à fait résilients quand ils sont correctement gérés. Aux particuliers, ils fourniraient en plus une formation à l'économie et une responsabilisation très souhaitables. A l'économie française, ils apporteraient les capacités d'investissement qui lui font actuellement défaut. A titre de comparaison, le seul fonds CalPERS a 60 Mds $ investis dans l'économie californienne contre 20 Mds € pour le FSI dans l'économie française.

Commentaires

  • Par anca • Posté le 29/09/2010 à 18:02 Quid de la répartition, qui n'a de répartition que le nom.

    Une répartition en démocratie se doit d'être équitable.

    La répartition existe pour les fonctionnaires uniquement ainsi que pour les actuels retraités qui veulent toucher les folles retraites qu'on leur a promis avec moins de cotisations que toutes les générations futures.

    Nous voulons sortir d'un système qui n'est pas égalitaire et qui est déficitaire.

    Laissez nous préparer nos retraites cela ne sera que mieux.

    Trop de fonctionnaires qui cotisent moins que le salarié du privé et touchent plus et partent plu tôt en retraite, trop de personnes retraités qui touchent des retraites a faire pâlir les jeunes cadres supèrieurs.

    Assez de l'hypocrisie des politiques qui ne peuvent couper la branche sur laquelle ils sont confortablement installés.
    Parler c'est bien, réagir serait mieux... Si les français avaient le courage de leurs opinions!
  • Par gele • Posté le 28/05/2010 à 10:51 Retraites, une réforme à venir ! Non une réformette.
    Le rapport du COR "oublie" courageusement, tous comme nos politiques, les régimes "spéciaux" ! Les régimes des fonctions publiques! Régimes qui cotisent peu et touchent plus 50 % des retraites pour 20 % de bénéficiaires. 60 % des déficits c'est eux ! Egalité équité ……..
    Un combat pour l'équité que les syndicats oublient eux aussi ! Pas question d’y toucher, à leurs acquis, cela fâcherait … Le passage à un régime unique pour tous les Français est la condition indispensable d’un retour à l’équilibre pour un système qui est plombé par les privilèges des uns, les bonifications des autres.
    La solution c'est égalité totale : Assiettes de cotisations, employeurs-salariés! Taux de cotisations ! Durée de carrière! Et bien sûr prestations finales.
    La vérité, au fond, chacun la connaît. Les syndicats et le patronat, la gauche et la droite. Les débats à la télévision et dans les médias sont affligeants. Les responsables qui gouvernent sont tétanisés par la peur, ne disent pas la vérité aux français, notamment à la sphère publique. Les gauches ne vénèrent que le veau d'or de la taxation des "riches" . Hélas ce n'est pas seulement dans la poche des « riches », ni dans la taxation des capitaux, que l'on trouvera les 30/50 milliards qui manqueront en 2015/2025.
    Enfin, qu'il est absurde de continuer, par pure idéologie, à fermer la porte à un % libre de capitalisation.
    La solution c'est bien l'égalité totale public/ privé, Cela a l'horizon de 2015/2025. un calcul des droits par point cotisé, La retraite à 64/65 ans, la baisse lente et mécanique des pensions, l'augmentation modérée des cotisations, et 41/42 ans de cotisation pour une retraite à taux plein. Avec un système de sur-côte et de décote unique.
    En France on ne dit pas "privilèges" mais "régimes spéciaux"
    .
  • Par Sceptique • Posté le 28/05/2010 à 10:49 Si la France a abandonné la capitalisation après la guerre de 1939/45, c'est que tant la rente monétaire, que l'immobilière (destruction, blocage des loyers, loi de 1948), étaient ruinées. La répartition, malgré ses défauts , met à l'abri des spoliations, ou des crises (vos exemples montrent que 2008 s'est accompagné de fortes baisses des actifs, et probablement aussi, de baisses de revenus, qui ne sont pas finies).

    Les deux systèmes ont besoin d'une bonne et stable gestion. La capitalisation plus que la répartition. En France, le patrimoine, dont toute capitalisation fait partie, est trop menacé.

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