La concurrence selon la SNCF

La SNCF irrite la Deutsche Bahn

04 novembre 2009 • Philippe François

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En annonçant sa décision de concurrencer les trains rapides de la Deustche Bahn (DB) sur les lignes Berlin-Francfort et Francfort-Hambourg, la SNCF a provoqué la stupeur chez sa consœur. Non pas à cause de la concurrence, la décision d'ouvrir tous les trafics à la concurrence a été prise en Allemagne avant même d'y avoir été contrainte par Bruxelles, mais parce que cette attaque provient du plus farouche défenseur du monopole en Europe.

En France, seul le marché du Fret ferroviaire a été libéré. Dans un an, en décembre 2010, le trafic international sera lui aussi ouvert aux autres transporteurs. Mais avec de sérieuses restrictions : Paris-Lyon-Milan, oui, mais à condition qu'il n'y ait pas trop de « cabotage », c'est-à-dire trop de voyageurs sur le segment Paris-Lyon. Pour les transports régionaux TER, la SNCF argumentait encore cet été contre leur ouverture à la concurrence, en s'abritant derrière une interprétation très personnelle du texte de Bruxelles qui l'exige pour 2010. En septembre, le Sénat et Dominique Bussereau ont proposé d'ouvrir la possibilité de timides « expérimentations » en 2011. En France, ce n'est pas encore voté, mais en Allemagne, la SNCF concurrence déjà la DB sur ce créneau.

Mais le comble dans ce différend SNCF-DB, c'est que la France, sous l'impulsion de la SNCF, a justement obtenu de Bruxelles le droit d'interdire la concurrence sur les trajets inter-régionaux ou nationaux, comme précisément Berlin-Francfort ou Paris-Marseille. Pour ces trajets, aucune date d'ouverture n'a pu être fixée par la Commission Européenne. Le sujet sera rediscuté à Bruxelles « après avoir pu tirer les conclusions des ouvertures précédentes », le moyen de perdre quelques années.

La réaction de la Deutsche Bahn est compréhensible, d'autant plus qu'elle gère avec la SNCF les trains rapides TGV et ICE entre Paris et Francfort. Mais l'intérêt de l'Allemagne est tout autre.

Ulrich Homburg

Responsable du transport passager de la Deutsche Bahn :

Ce sera une bataille sanglante qui laissera des traces profondes dans les bilans. Dans une guerre, il n'y a pas de vainqueur

Source : Financial Times Deutschland

En ouvrant ses trafics à la concurrence, elle a provoqué un développement qualitatif et quantitatif du transport ferroviaire sur son territoire dont toute son économie bénéficie. Au contraire, la France, en surprotégeant la SNCF, outre les 12 milliards de déficit annuel, handicape tous les autres secteurs d'activité. Et au final, puisque la concurrence finira quand même par être généralisée, la SNCF y sera beaucoup moins bien préparée que la Deustche Bahn.

La même semaine, le Directeur Général de « Ferrovie delle stato » italien s'est à nouveau insurgé contre les obstacles mis par la France à son entrée sur le marché français … alors qu'avec un partenaire privé, la SNCF fera rouler des trains rapides dès 2011 entre Rome et Milan.

Passer pour le mauvais joueur de l'équipe Europe n'est pas positif quand on a besoin du soutien de ses partenaires dans de si nombreux domaines : déficits, agriculture, immigration illégale, nucléaire …

Commentaires

  • Par JPD • Posté le 09/11/2009 à 19:07 Votre article est une excellente analyse du comportement de notre

    SNCF nationale qui s'efforce plus que jamais d'échapper à la concurrence jugée malsaine par cette enteprise qui a peur de se confronter à la performance et l'efficacité.

    Cette entreprise publique française devient un boulet de plus en plus pesant pour notre pays lorsque l'on songe aux 10-12 milliards

    que les contribuables sortent de leur poche tous les ans pour lui permettre d'exister et, en plus de polluer notre vie économique et personnelle par des grèves récurrentes incessantes presque quotidiennes!

    Ce n'est pas tout, puisque maintenant il reste le passif gigantesque représenté par les engagements de retraite dont les conditions sont exorbitantes car une étude d'experts avait montré qu'à cotisation identique le retraité SNCF touchait cinq fois plus qu'un retraité du privé!

    En recalculant, les gens qui ne prennent les grandes lignes que trois à quatre fois par an pourraient bénéficier d'un jet privé pour leurs déplacements sans qu'il en

    coûte plus cher à la nation!

    Bref le temps de mettre les choses à plat est venu pour l'Etat dans l'existence même du "modèle SNCF". Il arrive un temps où le statut de la danseuse sociale de l'Etat doit être réinventé. Les pays de l'Europe l'ont fait et notamment la Bundesbahn alors pourquoi pas chez nous où l'Etat va tomber en faillite, notammant du fait de la nuisance de ces organismes d'un autre temps
  • Par romeal • Posté le 06/11/2009 à 10:58 Que n'a-t-on entendu ces derniers jours sur le respect de "jouer collectif" quand on appartient à une équipe, gouvernementale, d'entreprise ou autre...

    La France, une fois de plus, montre que dans l'équipe "Europe" on joue vraiment perso.

    Comment s'étonner ensuite d'être mal vu de nos "partenaires" européens!

    Seulement voilà, la SNCF est ralentie, bridée par des syndicats proches/issus de l'ultra gauche et qui préfèreront casser la baraque plutôt que d'adapter l'outil à la réalité d'aujourd'hui.

    Sans compter, bien sûr, l'argent public, càd le mien, le vôtre enfin ceux qui payent des impôts, clients ou non des services de cette entreprise.

    Donc surtout le moins de vagues possible pour ne pas fâcher des activistes au pouvoir de nuisance ENORME

    Cordialement
  • Par Lupin • Posté le 06/11/2009 à 09:08 Merci pour cet article. Le comportement de cette Société est effarant. Comment médiatiser ces excès? Je suis un utilisateur professionel. J'en ai assez de ce monopole, j'en ai assez de payer 2 fois (la 2ème c'est pour leur retraite ). Entre France et Allemagne, comme par hasard le service TGV est meilleur que sur Paris Marseille!
  • Par PB • Posté le 06/11/2009 à 08:56 Le fait que la SNCF veuille profiter de l'ouverture à la concurrence sur le marché allemand... fragilise sa position sur le marché français. Et les freins qu'elle essaie de placer sont de plus en plus indéfendables devant Bruxelles.
    Franchement, je me demande si elle ne le fait pas exprès...

    Incapable de réformer la société de l'intérieur, je me demande si elle ne fait pas tout pour qu'on lui impose une réforme drastique... contre laquelle elle fera semblant de lutter pied à pied pour ne pas perdre la face vis-à-vis de la CGT.