Philippe Marini

« La CDC et son groupe sont encore une monarchie absolue »

31 mars 2007 • Agnès Verdier-Molinié

Entretien avec Philippe Marini, Rapporteur général du budget de l'Etat

Agnès Verdier-Molinié : Monsieur le Rapporteur général, que pensez-vous de l'organisation de l'exécutif de la Caisse des Dépôts et Consignations ?

Philippe Marini : Rappelons que la Caisse des Dépôts et Consignations est un établissement public sui generis. On peut d'ailleurs considérer que la CDC et son groupe sont encore une monarchie absolue. Le système de gouvernance de la Caisse est caractérisé par deux pôles : le directeur général en premier lieu qui exerce un très large pouvoir et, en second lieu, la commission de surveillance dans laquelle siègent 3 députés et un sénateur. Cette commission est présidée par un député. Les autres personnalités qui en font partie sont toutes, à une exception près – celle du président de la CCIP –, des membres des grands corps juridictionnels de l'Etat : Conseil d'état et Cour des Comptes. Toutes sont très investies dans leur mission mais ont rarement une grande expérience du management d'entreprise.

AVM : Vous siégez à la commission de surveillance de la Caisse des Dépôts et Consignations, que pensez-vous du contrôle exercé par le Parlement sur la CDC ?

PM : La CDC est un établissement financier très complexe, très technique, dont le contrôle me semble être assez nominal. Les ordres du jour sont pléthoriques. Je ne crois pas que la présence du Parlement dans l'organe de surveillance soit aussi efficace qu'on le dit. La commission de surveillance émet des avis mais ne prend pas de décisions. Lors des réunions de la commission, nous sommes seulement informés des principaux enjeux. J'ai siégé dans plusieurs conseils d'administration et aucun n'était comparable aux réunions de la commission de surveillance de la CDC. Elles sont interminables (entre 4 et 5 heures auxquelles je ne peux consacrer qu'une à deux heures maximum), les exposés longs et descriptifs et rien de tout cela ne débouche sur des décisions. A la Caisse, c'est la stratégie de l'étouffement qui domine : les dossiers sont très épais et on nous donne rarement de problématique avec choix. Cela montre le niveau de l'influence du Parlement sur la Caisse. Ce système est largement obsolète.

AVM : Quelles sont, selon vous, les relations de la Caisse avec Bercy ?

PM : La CDC est protégée par son statut et elle cultive des relations ambiguës avec l'Etat-Bercy. La CDC en tant que corps permanent veille à la défense de ses intérêts. Il m'est souvent arrivé de trouver que la CDC était trop indépendante par rapport à la stratégie de l'Etat. Certes le refus brutal est exceptionnel. Une anomalie existe : la CDC n'est pas soumise, ni pour son compte ni pour ses filiales, à l'agence des participations de l'Etat comme cela devrait être le cas. De surcroît, la présence de la caisse dans le secteur concurrentiel n'est pas forcément légitime. L'Etat actionnaire devrait s'exprimer et non pas seulement la CDC actionnaire.

En ce qui concerne le patriotisme économique, la Caisse est sollicitée comme un trust public et la CDC prend des positions stratégiques pour accompagner l'Etat. Pour Alstom, la caisse était la seule à pouvoir intervenir en garantie à hauteur de 2 milliards d'euros et le résultat de son intervention a été très positif sur le plan stratégique aussi bien que sur le plan financier. Il faut bien distinguer les interventions sur ses fonds propres et au titre des fonds qu'elle gère pour des tiers.

AVM : Comment voyez-vous l'avenir de la Caisse ?

PM : Je me pose toujours beaucoup de questions sur la place de la CDC et sa légitimité… Notre CDC est une sorte de grand fonds de pension public. Elle a fait d'utiles démarches pour obtenir la gestion des différents régimes de retraite car elle sait bien que dans l'épargne retraite, elle a des parts de marché à prendre et à développer. Francis Mayer s'est battu pour obtenir la gestion du Fonds de Réserve des Retraites et du régime annexe des retraites de la fonction publique. Pour ce qui est d'entrer plus tard en compétition avec le secteur privé, les choses ne sont pas si simples : il n'est pas évident que la CDC sache très bien définir son coût compte tenu des différentes charges qu'elle a. Il n'est pas certain non plus que ses offres puissent toujours être compétitives. C'est certainement ce qui freinera le développement de la branche retraites.