Intervention de Marie-Claude Morice - Colloque Hôpital

"Vous avez devant vous un cardiologue heureux"

31 mai 2005 • l'équipe de la Fondation iFRAP

Le 23 mars 2005, l'iFRAP a réuni autour des professeurs Bernard Debré, député de Paris, Paul-Henri Cugnenc, député de l'Hérault et Philippe Even, plusieurs experts du secteur de la santé pour un colloque à l'Assemblée nationale sur le thème de « Hôpital public : quel Avenir ? ». Voici l'intervention de Marie-Claude Morice, Cardiologue à l'Institut Jacques-Cartier

J'ai fait mes études dans le public et je me suis dirigée très vite vers la cardiologie et la cardiologie interventionnelle dès qu'elle s'est créée. J'ai très vite quitté l'hôpital pour aller vers les cliniques privées et j'avoue ne l'avoir jamais regretté pour de nombreuses raisons.

Il y a d'abord la relation directe avec le patient. J'ai cru pouvoir mieux m'exprimer qu'à l'hôpital où les choses sont toujours plus complexes. Ensuite, la cardiologie interventionnelle était une nouvelle technique qui était incompatible avec l'hôpital qui fonctionne avec un budget global distribué entre les différents services. En cardiologie interventionnelle, nous sommes très souvent face à une technique de substitution, c'est-à-dire que de plus en plus de veines cardiaques vont être dilatées et de moins en moins opérées. Le temps de faire passer les budgets de la chirurgie cardiaque à la cardiologie interventionnelle a pris de nombreuses années dans l'hôpital public et je ne suis même pas sûre que cela soit fini. Dans le privé, nous étions payés à la tarification par malade et cela m'a permis de développer cette activité et de monter successivement les deux plus gros centres de cardiologie interventionnelle de la région parisienne.

L'autre intérêt d'exercer dans le privé, c'est que les médecins participent à la gestion du service : choix des consommables, choix du personnel. J'avais un très mauvais souvenir de l'hôpital où j'étais obligée de gonfler mes commandes de 30 à 40% parce que je savais que l'économe allait les réduire d'autant derrière. Ce petit jeu entre les administratifs et les médecins est délétère, malsain, il n'a aucun sens. J'ai réussi à avoir un partenariat plus simple avec les administratifs du privé, sans être noyée sous les tâches administratives comme le sont mes collègues hospitaliers.

Je pense aussi que le privé a indiscutablement eu une capacité plus grande que l'hôpital à adapter les structures hospitalières aux évolutions de la santé qui sont fulgurantes. Vous le lisez dans les journaux, tous les trois ans, les Français gagnent une année d'espérance de vie. Cela se fait avec des mouvements médicaux extrêmement rapides et l'hôpital est un frein puissant à ces changements.

Bien sûr, on dit que le privé a des inconvénients, notamment que les praticiens ne peuvent pas faire de recherche clinique. Je peux vous dire que ce n'est pas vrai. Nous sommes nombreux dans le privé à participer à la recherche internationale et à avoir une bonne notoriété, il suffit de le vouloir, d'en avoir la volonté et de s'en donner les moyens. Peu d'enseignement dans le secteur privé ! Ce n'est pas complètement vrai. Nous sommes centre formateur du diplôme universitaire de notre spécialité et je reçois surtout énormément d'étudiants étrangers qui viennent bénéficier de notre expérience et repartent dans leur pays après une année passée chez nous.

On dit aussi que les patients lourds sont dans le public et que le privé ne fait que ce qui est facile. Je ne connais pas les autres spécialités mais je peux vous dire que ce n'est pas vrai pour ce qui concerne la mienne. Nous soignons moins d'infarctus que les hôpitaux parce que les SAMU orientent plus facilement vers ces derniers, mais nous prenons néanmoins notre part. Vous avez devant vous un cardiologue heureux mais, si je me suis bien épanouie dans ma vie professionnelle, j'ai de grosses inquiétudes sur l'avenir, d'ailleurs partagées par mes collègues du public : au fur et à mesure des années, les pesanteurs administratives sont de plus en plus lourdes.

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