Intervention de Bernard Debré - Colloque Hôpital

"La médecine évolue, et l'hôpital ? Non, l'hôpital n'évolue pas !"

31 mai 2005 • l'équipe de la Fondation iFRAP

Le 23 mars 2005, l'iFRAP a réuni autour des professeurs Bernard Debré, député de Paris, Paul-Henri Cugnenc, député de l'Hérault et Philippe Even, plusieurs experts du secteur de la santé pour un colloque à l'Assemblée nationale sur le thème de « Hôpital public : quel Avenir ? ». Voici l'intervention de Bernard Debré, Député de Paris, chef du service d'urologie, hôpital Cochin

Si nous nous plaçons du côté des malades, nous sommes dans un système qui va bien puisqu'ils sont accueillis. Le seul problème, c'est que, depuis très longtemps d'ailleurs, on voit ce système s'effondrer de l'intérieur. La carcasse est encore belle, les malades peuvent se faire soigner mais peut-être beaucoup moins bien qu'ils ne le pensent.

Encore une fois, ce n'est pas une question de partis politiques, nous savons parfaitement bien quelles sont les solutions qu'il faudrait utiliser. Je vais prendre une seule hypothèse, une seule solution. Nous avons aujourd'hui trop d'hôpitaux publics en France, tout le monde le sait, tout le monde le reconnaît. L'hôpital public dans une petite ville de province devient extrêmement dangereux. Mais pouvons-nous dire en France qu'il y a trop d'hôpitaux publics ? C'est un sujet tabou que l'on n'a pas le droit de dire, surtout quand on est élu.

C'est vrai, il faudrait revoir la carte hospitalière, transformer un certain nombre d'hôpitaux en moyen séjour et long séjour, en hébergement de soins de suite et concentrer les plateaux techniques. Oui, nous avons besoin d'un hôpital public fort mais pas d'un hôpital qui est en train de mourir. Il faudra véritablement avoir beaucoup de courage pour le réformer si tant est que nous ayons, nous les hommes politiques, le courage
nécessaire. Malheureusement, nous avons des élections qui priment souvent sur le courage.

La médecine évolue, bien évidemment ! Elle est devenue de plus en plus technicienne, même si nous avons l'ardente obligation d'avoir cette médecine humaine qui nous est encore enseignée aujourd'hui, qui comprend le contact avec le malade, le discours et l'examen.

Les malades comme les maladies, évoluent, mais l'hôpital reste figé dans une ère de glaciation extraordinaire, avec des structures identiques dans quasiment tous les hôpitaux, avec une inflation administrative. Le pouvoir médical est en train de céder la place à un pouvoir administratif. Dans tout cela, le malade est un peu perdu de vue. Il y a une connivence entre les politiques de Droite comme de Gauche qui ne veulent rien changer, et les malades eux-mêmes qui disent « nous sommes un pays tellement conservateur que nous ne voulons pas trop changer ». Les médecins eux-mêmes ne savent plus très bien à quel saint se vouer. Ils ont subi des dizaines et des dizaines de réformes.

Finalement, c'est sur ce thème de la mobilité, de la capacité d'inventer, que nous devons faire cette table ronde. Y a-t-il une possibilité, pour l'hôpital, d'évoluer ?

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